Ensemble
pour vaincre !
Il y a quelques
semaines, en compagnie d'une assistante sociale, Margaret Okolo,
je suis allée à Kibera, un des bidonvilles les plus
étendus de toute l'Afrique. Margaret s'occupe de fournir
des prêts à divers groupes de personnes et d'en vérifier
l'utilisation. Une des femmes concernées était malade
le mois dernier, donc incapable d'ouvrir son kiosque et sans doute
aussi de rembourser le prêt. Nous faisons des prouesses
d'équilibre pour enjamber les égouts et les ruisseaux
de boue qui brillent au soleil et nous arrivons à la maison
dont la porte est fermée. Dehors, quelques femmes font
la lessive. Nous leur demandons si Paulina est absente. "
Elle est décédée hier après-midi ",
dit l'une d'elles. C'est la 20ème à mourir ce mois-ci
parmi celles qui sont aidées par l'Assistante sociale.
Nous poursuivons
notre recherche un peu plus loin par un labyrinthe d'étroits
sentiers entre les maisons, les égouts et les monceaux
d'ordures ménagères. Nous frappons à une
autre porte. Joyce est alitée et très faible. Inutile
de lui demander si elle s'alimente, quand elle n'a sûrement
pas d'argent pour acheter quoi que ce soit ! Elle ne parle que
de ses enfants. Que leur arrivera-t-il quand elle sera partie
? Pourront-ils continuer à l'école ? Qui s'occupera
d'eux ? Elle n'a pas de famille en ville.
Deux exemples
de situations dramatiques, qu'on peut multiplier tant de fois.
Le SIDA/IVH
frappe l'Afrique inexorablement. Personne n'est épargné,
personnes âgées ou jeunes, hommes et femmes, riches
et pauvres. Le SIDA non seulement façonne le présent,
mais il compromet l'avenir même de l'Afrique et des Africains.
Depuis de
nombreuses années, nous les SMNDA, avec bien d'autres religieux,
religieuses, organismes caritatifs, sociétés civiles,
agents de la santé et personnes de bonne volonté,
nous avons pris soin des malades et accompagné les mourants,
formé les jeunes à un changement de comportement,
veillé à ce que les orphelins soient pris en charge
et nous avons participé à des campagnes pour l'obtention
de médicaments à des prix abordables. C'était
notre façon de combattre le SIDA et d'être solidaires
des victimes et de leurs familles. Mais aujourd'hui, l'extension
du mal est telle que nos gestes de miséricorde, si nécessaires
soient-ils, ne suffisent plus ; nous sommes appelées à
aller plus loin et à envisager d'urgence une autre politique.
Ce n'est pas
tout de faire du bon travail. Il faut prendre le temps de réfléchir
à partir de notre expérience et de celle des autres,
noter ce qui réussit et être capables de l'organiser
pour le proposer à d'autres. Le temps consacré à
la recherche n'est pas du temps perdu, comme on le pense trop
souvent. Servir les gens, c'est aussi consacrer du temps et des
ressources et participer à ces recherches à notre
niveau.
Le drame
actuel de l'Afrique causé par le SIDA/VIH devient un appel
pressant adressé à toutes personnes et organismes,
pour unir leurs forces afin de vaincre cette calamité.
Les efforts isolés sont condamnés à l'échec,
même chez les grandes puissances. Il est impératif
d'agir en solidarité : les pays riches partageant leurs
ressources, leurs techniques et le fruit de leurs recherches ;
les grandes compagnies pharmaceutiques découvrant de nouveaux
médicaments et les offrant à des prix raisonnables
; les Nations Unies étant le lien entre les pays et les
Organismes ; les Organisations internationales faisant des arrangements
qui facilitent l'accès aux médicaments, à
la nourriture, et créant un environnement avec des conditions
favorables ; les Églises et les Organisations inspirées
par la foi, usant de leur influence, appuyées sur la confiance
des gens et sur leurs communautés répandues dans
le monde...
Imaginons
un instant quel serait l'impact formidable si tous ces "
acteurs " travaillaient ensemble avec désintéressement,
au service d'une cause commune : l'éradication du SIDA/VIH
et l'espoir d'un mieux-être chez les victimes de cette terrible
maladie. Ne serait-ce pas la seule façon d'espérer
réussir un jour ?
Oui, le temps
est venu de travailler ensemble. C'est un moment favorable, un
temps de détresse et de souffrance qui réclame de
nouvelles attitudes pour la vie et pour le travail. C'est un appel
à vivre de nouvelles formes de partenariat, même
avec ceux que nous critiquons parfois ou avec qui nous n'avons
pas l'habitude de collaborer. Travailler avec d'autres différents
a toujours fait partie de notre charisme. Agir en solidarité,
c'est aussi agir avec lucidité, afin que nos démarches
et les partenariats que nous créerons soient au service
des pauvres et des malades, au service des personnes et non pas
au bénéfice personnel de quelques privilégiés.
Begoña
Iñarra
Editeur
MWANZA
! Entrez ! Ici la MAISON DE LA PAIX
Missionnaire
à Mwanza (Tanzania) depuis longtemps, Cornelia (Corrie)
Vork connaît bien la population et ses besoins. Ainsi, il
y a plusieurs années, alors qu'elle rendait visite aux
malades à l'hôpital et à domicile, elle s'est
rendu compte de la détresse des victimes du SIDA qui étaient
souvent rejetées à cause de la crainte que la maladie
inspirait à leurs familles. Elle s'est sentie appelée
à leur accorder une attention particulière. Puis
ce qu'elle a commencé humblement comme attention aux malades
et aide aux familles s'est développé (tout comme
la maladie !) et est devenu le " Shalom Care Home "
(Maison de soins de la paix), une des initiatives de l'Église
catholique en faveur des malades du SIDA/VIH.
En 1990,
avec une compagne, Sr Corrie commence des soins à domicile.
Ensemble, elles vont d'abord au Centre Médical Bugando,
afin de faire connaissance avec les malades hospitalisés.
Puis quand ceux-ci retournent à la maison, elles leur rendent
visite chez eux. La paroisse de Bugando met alors une petite salle
à la disposition des malades qui peuvent y venir pour conseils
et traitement. A mesure que la maladie se répandait et
que le service des bénévoles était connu,
plusieurs nouveaux noms s'ajoutaient à la liste du début.
Corrie aide les victimes du SIDA à " vivre "
et, en d'autres cas, elle les aide à mourir avec dignité.
L'accompagnement
des malades dans les débuts de la maladie, quand ils découvrent
qu'ils sont touchés est très important pour eux,
mais aussi pour ceux qui les entourent : la famille, les enfants,
les gardiens ou parents adoptifs, les employeurs. Ceux-là
aussi sont affectés d'une façon ou d'une autre et
ont besoin d'aide. La situation économique se détériore
rapidement, parce que les malades ne peuvent travailler et ne
jouissent d'aucun système de sécurité sociale.
Le Shalom Care Home aide régulièrement environ 200
familles avec un surplus de nourriture.
En 1994,
les patients ont mis sur pied un groupe de soutien qui se réunit
une fois par mois pour un encouragement mutuel et la mise en commun
de leurs problèmes et des solutions qu'ils ont trouvées.
Un an plus tard, en 1995, est né le " Club des Orphelins
du Sida " pour répondre aux besoins des enfants qui,
ayant le sentiment d'être abandonnés, sont traumatisés
après la mort de leurs parents et même d'autres membres
de leurs familles. Les gardiens ou parents adoptifs, dont la tâche
n'est pas facile, se rencontrent aussi régulièrement
afin de s'entraider à traverser des périodes plus
dures et recevoir le soutien du " counselling ".
De nouveaux
besoins appellent de nouveaux services. La petite salle mise,
par la paroisse, à la disposition des malades et de ceux
qui les aident est devenue un Centre de soins, avec un dispensaire
et une équipe comprenant un médecin, une infirmière,
des conseillers et des bénévoles. Les activités
du Centre sont orientées vers les soins à domicile,
le " counselling ", la prévention, l'accompagnement
pastoral pour les patients, les gardiens, les orphelins et l'équipe
de service. Sr Corrie s'est aussi impliquée dans la recherche
de ressources pour soutenir les différentes activités.
Le SHALOM
CARE HOME/ MAISON DE LA PAIX a maintenant développé
trois sections:
- des activités à partir des trois principaux hôpitaux
: Bukumbi, Sumve et Butimba ;
S des programmes au niveau des paroisses avec une nouvelle approche
de la santé et une réponse dans la foi ;
S les visites et soins des malades et des orphelins et l'orientation
des jeunes vers le mouvement " Youth Alive " (Jeunesse
debout).
Sr Cornelia
(Corrie) Vork, Mwanza, Tanzania
"P
A S A D A" VISE LE POSITIF
PASADA est
une agence de service social qui a été mise sur
pied en août 1992 par l'archidiocèse de Dar es Salaam
pour venir en aide aux personnes touchées par le SIDA.
PASADA s'est
développé rapidement en réponse à
l'explosion des demandes d'aide. L'organisme s'efforce d'atteindre
les plus pauvres parmi les pauvres, leur offrant une assistance
médicale et sociale, matérielle et spirituelle selon
leurs besoins, sans aucune distinction de croyances religieuses
ou d'ethnies.
Dans sa lutte
contre le SIDA, PASADA présente une approche holistique,
grâce surtout à son principal Centre de Soins : Chang'ombe-Upendano.
S Après
une session de counselling, on offre des tests pour détecter
la présence du virus. De 1.000 tests environ effectués
chaque mois, 26% révèlent que les personnes sont
séropositives. Ces dernières peuvent alors compter
sur une aide appropriée sous forme de counselling, soutien
social et spirituel, traitement et même hospitalisation
à domicile, si nécessaire. De plus, dans toutes
les cliniques pré-natales de l'archidiocèse, des
conseils et tests sont offerts gratuitement aux mamans ; celles
qui se révèlent séropositives reçoivent
un traitement au moment de l'accouchement, afin d'empêcher
la transmission du virus à leur enfant.
S Un programme
d'éducation communautaire " Stepping Stones "
orienté vers un changement de comportement, offre des variétés
de séminaires, dans tous les coins de la ville et dans
les 5ème, 6ème et 7ème années d'une
quarantaine d'Écoles primaires. Tous les enseignants bénévoles
ont bénéficié d'une formation de seize semaines.
Le programme tend à rendre les communautés locales
capables de discuter ouvertement et honnêtement des questions
liées au comportement sexuel et des obstacles à
la communication et au changement de conduite.
Savez-vous
que 16.000 personnes sont atteintes chaque année du virus
du SIDA et de ce nombre, 50% sont des femmes. En Afrique subsaharienne,
55% des adultes sont des femmes, et, chez les adolescents, les
filles ont 5 ou 6 fois plus de risque d'être contaminées
que les garçons.
S PASADA offre aussi une aide matérielle et un soutien
moral aux 'familles élargies' qui se chargent des enfants
dont les parents ou gardiens sont morts du SIDA. 1.300 orphelins
sont aidés actuellement. Un fort pourcentage des personnes
qui demandent un traitement à la Clinique sont des enfants
de moins de 10 ans : 500 sont actuellement suivis pour VIH.
- Les personnes
qui ont besoin d'aide, mais sont trop malades pour se rendre à
la clinique, peuvent compter sur des soins à domicile de
la part du personnel de la clinique ou des éducateurs de
santé bénévoles, plus ou moins 90. Tout en
répondant aux demandes croissantes pour des visites à
domicile, - environ 1.000 patients sont visités chaque
mois, - PASADA travaille à rendre les communautés
locales capables d'assurer elles-mêmes régulièrement
des soins de qualité à leurs malades.
Quels sont
les résultats de tous ces efforts ?
Grâce
à l'aide qui leur est apportée, de plus en plus
de personnes séropositives ou victimes du SIDA se révèlent
capables de réagir positivement. Ainsi par exemple, un
homme, père de cinq enfants, avait été reconnu
séropositif, alors que sa femme n'était pas contaminée.
" Au moins, tu seras là pour les enfants ", lui
dit-il, alors qu'elle songeait avec tristesse à sa mort
prochaine.
Une rencontre
mensuelle d'un groupe de soutien est ouverte à tous, et
préparée par les participants eux mêmes, dans
le respect des croyances personnelles de chacun. Une variété
de sujets est au programme. De plus, afin de rendre ses services
davantage accessibles à ceux qui en ont besoin, PASADA
les offre également par l'intermédiaire des autres
dispensaires de l'archidiocèse.
C'est ainsi
que PASADA remplit un rôle unique à Dar es Salaam
en aidant les personnes touchées par le SIDA/VIH à
intégrer l'expérience de la maladie avec leurs croyances
religieuses et spirituelles. L'équipe se compose actuellement
de 62 membres tanzaniens avec 5 missionnaires étrangers.
Depuis mars 1996, je travaille au Centre trois jours par semaine,
pour l'administration financière et la gérance du
personnel.
Francine
Maas, Dar es Salaam
Ça
bouge à KALILO !
Quand les
femmes sont conscientisées, les choses commencent à
bouger. Personnellement, je ne suis pas directement engagée
dans l'un ou l'autre des programmes concernant le SIDA. Cependant,
à la paroisse, je rencontre divers groupes de femmes pour
une variété d'activités. Ces rencontres nous
donnent l'occasion d'échanger sur des questions qui touchent
plus ou moins le problème du SIDA.
Ainsi, il
y a quelque temps, les femmes ont été invitées
à participer à une session de trois jours organisée
par le diocèse sur le thème de changement de comportement.
Deux femmes d'un groupe ont été choisies pour représenter
leurs compagnes et je me suis jointe à elles. Les non-participantes
attendaient avec impatience le retour de leurs déléguées
et le compte rendu qu'elles feraient de leurs activités.
Après la session, nous avons donc organisé un atelier
d'une journée pour tout le groupe. La rencontre a été
très animée. Une saynète illustrant la façon
dont le VIH se répand, a contribué à mettre
en lumière un bon nombre de points.
Pour la première
fois, les femmes ont elles-mêmes pris conscience de la nécessité
de remettre en question certains aspects de leur culture. Par
exemple, elles ont réclamé que de telles sessions
soient organisées plus souvent et que maris et femmes y
participent ensemble. Selon leurs traditions, jusqu'à présent,
ceci n'était pas admis. Elles ont compris que le fait de
venir ensemble, hommes et femmes, leur donnerait l'occasion de
commencer à échanger sur des sujets d'une brûlante
actualité. Elles ont ensuite ajouté que la coutume
pour les femmes " d'avoir de l'eau dans la bouche "
(ce qui signifie qu'elles ne peuvent parler) entraîne la
désunion plutôt que la vie au sein du couple.
J'ai réalisé
alors combien il était important pour les femmes d'apprendre
à échanger entre elles sur des problèmes
dont elles n'ont pas l'habitude de parler, et ainsi de partager
tout aussi bien leurs craintes que les initiatives qu'elles osent
prendre. C'est un bon point de départ. La majorité
de ces femmes viennent de régions plutôt déshéritées
et là où certaines traditions culturelles ont encore
une forte influence sur la population.
A partir
de cette session, nous avons pu constater une plus grande ouverture
chez un bon nombre des participantes et certaines ont demandé
d'avoir un test VIH. Elles veulent s'assurer de leur état
de santé.
Mon rôle
consiste simplement à les mettre en relation avec l'équipe
qui répond aux demandes pour les " Tests volontaires
".
Juliana
Karomba - Kalilo, Zambia
Savez-vous que :
* EATG
est une excellente revue traitant du SIDA. Elle est distribuée
gratuitement et est publiée en anglais, espagnol, français,
italien et portugais.
Si l'on désire s'abonner, donner son nom et son adresse
au complet , en ajoutant les numéros de téléphone,
FAX et E-mail et mentionnant la langue que l'on préfère.
EATG : FAX : 49.211.788.5914 - E-mail : office@eatg.org - Site
Internet : www.eatg.org
Frappons
la pierrejusqu'à ce qu'elle éclate !
POUR LES
ENFANTS EN DÉTRESSE de KITWE
Depuis
1996, je travaille à Kitwe avec CINDI (Children in Distress),
une ONG zambienne. La branche de Kitwe est la plus importante
puisqu'elle est chargée de 14 000 orphelins réunis
dans 11 " villages ". Dans l'ensemble de la ville il
y aurait, dit-on, 60 000 orphelins. Selon CINDI, qui n'a pas confiance
dans la formule des orphelinats, les enfants ont plus de chance
de faire des progrès s'ils sont laissés dans leur
environnement naturel.
Pour ma part,
je suis chargée de l'éducation des 14 000 orphelins
et dois m'assurer que chacun ait une place à l'école.
Ce n'est pas une sinécure. Actuellement, il s'agit de coordonner
le programme d'éducation pour 7 000 orphelins, répartis
en 60 écoles primaires et secondaires. Tenir compte de
la nouvelle politique du Gouvernement pour l'enseignement gratuit,
est un réel défi dans ce temps de crise économique.
Jusqu'à présent, nous avons réussi à
placer 57% des enfants à l'école, ce qui nous a
demandé beaucoup de démarches auprès des
autorités scolaires et du Ministère de l'Education.
Sans augmenter le nombre des 14.000 orphelins dont nous avons
la charge, notre organisation s'est merveilleusement développée
ces dernières années, grâce au soutien de
nos bienfaiteurs. Elle a un sérieux impact dans la région
du Copperbelt, en Zambie, et même au-delà.
La protection
des jeunes contre VIH/SIDA est une de nos priorités. Aussi
luttons-nous pour le droit des enfants à l'éducation
en essayant de susciter des prises de conscience face à
la corruption et à l'injustice. Mon rôle consiste
principalement dans cette conscientisation, et dans le lien à
maintenir entre les pays occidentaux et nous. Le fait que notre
ONG zambienne soit dépendante d'autres ONGs hors d'Afrique
nous cause quelques problèmes. Certains de ceux qui désirent
nous venir en aide semblent vouloir nous ramener au temps de la
colonisation, avec toutes ses contraintes. Serait-ce une nouvelle
forme de colonialisme ? Nous avons l'impression qu'étant
à l'extérieur, certains sont aveugles face à
nos problèmes et craignent que leur argent soit gaspillé.
C'est pourquoi nous accueillons de nombreux visiteurs et les conduisons
sur le terrain pour leur ouvrir les yeux.
Nos objectifs
:
- Par une
information sérieuse concernant la maladie et une éducation
sexuelle des adolescents, veiller à ce que les orphelins
ne soient pas contaminés.
- Assurer
aux orphelins, surtout aux malades chroniques, les soins de
santé essentiels et une nourriture suffisante.
- Collaborer
avec d'autres organisations engagées dans la lutte contre
le VIH/SIDA.
- Rendre
les membres de la communauté locale capables de s'attaquer
au problème de façon continue.
- A long
terme, augmenter les services de santé, d'éducation,
dans la famille et la société, afin de soutenir
les enfants, adolescents et parents qui sont touchés
par VIH/SIDA. Aider les parents, les enseignants, les infirmiers
à comprendre les besoins des enfants victimes de la maladie
et savoir répondre à ces besoins.
- A moyen
terme, intensifier les efforts en travaillant avec les jeunes
adultes et en les impliquant dans les prises de décision
et les activités, y compris la prévention de VIH
et l'attention portée aux enfants.
- A court
terme, réduire le nombre des nouvelles victimes en s'assurant
que les enfants, adolescents, jeunes adultes et tous ceux qui
en sont chargés soient bien informés touchant
la maladie et qu'ils aient toutes les possibilités d'apprendre
comment s'en préserver. Aider d'une façon spéciale
les jeunes à 'haut risque', sans oublier les adolescentes.
- Assurer
le nécessaire comme nourriture et habillement aux groupes
les plus vulnérables.
Impact
du VIH/SIDA sur l'Education
Diminution
du nombre d'enfants capables de compléter leur formation
scolaire.
Diminution du nombre d'enseignants diplômés, à
cause des nombreux décès.
Contraintes
Propagation
du fléau du VIH/SIDA.
Élévation du niveau de pauvreté.
Afflux d'orphelins étrangers.
Manque d'un minimum de ressources.
Manque de moyens de transport.
Apathie des jeunes adultes.
Comme le
remarque ironiquement le Dr Barko, délégué
des Nations Unis pour le Sida : "
nous allons continuer
à frapper la pierre à coups de marteau cent fois
ou plus jusqu'à ce qu'elle éclate. Même si
nous ne voyons pas ce résultat, nous nous redirons que
nous étions engagés dans le processus. "
Françoise
de Traversay, Kitwe, Zambia
Ne pas
oublier que :
- Les personnes
porteuses du virus VIH trouvent une consolation et un soutien
dans une communauté où règne une estime
mutuelle, sans doigt accusateur. Elles sont souvent elles-mêmes
victimes avant d'être responsables.
Au lieu de les juger, retroussons nos manches et passons à
l'action en recherchant les moyens de les aider.
- On dit
souvent que la parole est d'argent, mais que le silence est
d'or. Dans nos relations avec les malades du SIDA et leurs familles,
ne cherchons pas à nous mêler de tout, demeurons
discrets. Ayons un cur compatissant.
Donnons l'information, si elle est nécessaire, mais sans
préjugés. Ne vivons pas avec le souci constant
de répondre aux attentes des autres, soyons nous-mêmes.
Solidarité
et Heure de Grâce
Sur
Rosalia a passé la plus grande partie de sa vie missionnaire
en Zambie. De retour dans son pays d'origine, les Pays-Bas, elle
demeure en relations avec les Zambiens et des coopérants
qui ont travaillé en Zambie et vivent désormais
en Europe. A cause de son expérience en Afrique, elle est
souvent invitée, comme observatrice ou participante, à
des conférences ou ateliers sur le SIDA. En certains cas,
comme lors de la Conférence Internationale de 1997, elle
a l'occasion de rencontrer des participants venant d'Afrique.
Elle nous fait part ici de quelques-unes de ses activités.
Pendant 15
ans, j'ai été aumônier à l'Hôpital
général et à la prison de Mansa, en Zambie,
et membre de l'Équipe de " counselling ". A cette
époque, l'hôpital comptait 390 lits occupés
en majorité par des malades de la tuberculose ou du SIDA/VIH.
En 1991,
je revenais aux Pays-Bas. L'année suivante, en 1992, j'étais
invitée à participer au Congrès international
sur le SIDA qui se tenait à Amsterdam. Le congrès
aurait dû se tenir aux USA, mais à cause de la difficulté
d'obtenir les visas pour les participants des pays du Sud, il
fallut changer au dernier moment. À Amsterdam, le Conseil
des Églises, la municipalité, les hôtels et
les médecins, tous se sont montrés très disponibles.
En 1993,
je fus invitée à Groningen pour l'anniversaire de
l'Indépendance de la Zambie. Cet anniversaire est célébré
tous les ans, le 23 octobre, dans un endroit différent,
par les Zambiens qui vivent aux Pays-Bas. Cette fois, nous étions
appelés à nous réunir à la résidence
d'un médecin hollandais, Dr. Jaap v.d. Boom, dont l'épouse
zambienne est également médecin, Dr. Apakombwela
Chisuse. En plus de leurs deux enfants, ce couple a pris à
sa charge trois orphelins de la famille de leurs frères
et surs, et a ensuite organisé l'hospice Funsani
à Kitwe pour d'autres orphelins, dont certains déjà
touchés par le SIDA (voir ci-après). Je reste en
relation avec cette famille et ils sont reconnaissants du soutien,
moral surtout, que je leur apporte. A l'occasion, j'essaie de
les mettre en contact avec des personnes ou organismes susceptibles
de les aider dans leur engagement.
Faire connaître
la vérité
Il y a quelque temps une association nationale ayant pour
but de venir en aide aux malades du SIDA préparait une
exposition de photos qui devait faire le tour du pays. En plus
des photos, il y avait peu de paroles écrites, mais on
pouvait y lire le message suivant : " Les Évêques
catholiques encouragent le SIDA en ne permettant pas l'usage des
condoms ".
Des personnes
impliquées dans la lutte contre le SIDA m'en ont informée
et à leur demande j'ai pris contact avec l'association
en question. J'ai reçu une réponse très bienveillante
et nous avons pu organiser une rencontre avec le Ministre de la
Santé, des délégués de Memisa (organisme
d'aide) et le Directeur de l'Exposition. On m'a assurée
que le texte serait modifié puisque nous avions pu faire
reconnaître le travail positif de l'Église catholique
et des Évêques en faveur des personnes touchées
par le SIDA/VIH. En définitive, l'exposition mobile n'a
pas été organisée et j'ai reçu une
lettre de remerciement pour avoir attiré l'attention des
responsables sur le fait que des Zambiens présents en Hollande
avaient été peinés en reconnaissant certaines
personnes sur les photos.
A partir de cet incident, une nouvelle relation s'est établie
entre nous et, cette année, la revue " Stop Aids Now
" (Fin au SIDA maintenant) a publié un excellent article
sur la contribution des Églises face au problème
du SIDA, mentionnant le rôle joué par les Églises
chrétiennes et exposant une large photo de Mgr De Jong,
évêque de Ndola (Zambia).
La réalité
du SIDA
Le nouveau Président de la Société Internationale
du SIDA, Joep Lange, dont le dévouement à la cause
et l'intégrité ne font pas de doute, disait dans
une interview : " La situation est terrible. Le SIDA ravage
les individus, les communautés et les populations dans
une mesure telle qu'on doit parler de tragédie humaine.
La souffrance, la misère et l'absence totale d'espérance
dont je suis témoin quand je voyage à travers l'Afrique
sont au-delà de toute description. Le message que j'adresse
à tous ceux qui cherchent des solutions à ce problème,
c'est de créer des réseaux de solidarité
entre le nord et le sud, de partager les expériences des
uns et des autres et de former des alliances qui interpellent
et qui soutiennent. " Même si beaucoup reste à
faire, il faut admettre que beaucoup d'efforts sont actuellement
consacrés à affronter ce drame du SIDA, tant dans
le sud que dans le nord, en vue d'une mise en commun des ressources
et des connaissances.
De même
on a de plus en plus le souci de voir les victimes du VIH/SIDA
traitées avec respect. Ainsi le groupe européen
s'est-il plaint à la Société Internationale
du fait qu'à la Conférence de 2002 à Barcelone,
les personnes touchées par VIH/SIDA avaient été
exclues de prises de décision importantes à tous
les niveaux, tout particulièrement dans des domaines concernant
leur propre bien-être.
Aux jeunes,
nous pouvons dire que la vie n'est pas un événement,
mais un processus, et la pensée de la mort est difficile
à affronter quand on a vingt ou même trente ans.
Pour les personnes touchées par le VIH, le processus est
accéléré et elles sont confrontées
à des questions qui habituellement se posent plus tard.
Dans la phase ultime de la vie, Dieu se profile discrètement
à l'horizon, mais la priorité revient aux gestes
de tendresse à donner et à recevoir. La réconciliation
avec l'environnement le plus proche semble parfois plus importante
que la réconciliation avec un Dieu lointain. Bienheureux
ceux qui sont appelés à accompagner leurs frères
et surs à cette étape difficile de leur vie.
Je suis souvent
stimulée moi-même par le courage de ceux qui sont
marqués par la maladie, c'est pourquoi je tiens à
participer chaque année à la rencontre d'Amsterdam
qui est un service de prière et de partage appelé
l'HEURE DE GRÂCE.
Deux questions
Prière
et Vie
* Dans la
langue hébraïque, on ne trouve pas de traduction spéciale
pour le mot " prière ", parce que prière
et vie sont une seule et même chose. Un pasteur bien connu
et apôtre auprès des sidéens, Fr. van Kilsdonk,
me dit un jour : " Dans mes conversations, je ne mentionne
pas toujours Dieu et ses saints anges, -vous comprenez ce que
je veux dire- mais à travers des contacts humains chaleureux,
j'espère tout de même rayonner quelque chose du Seigneur
qui vit en moi. " (communication de Sr Rosalia)
FUNSANI à
Kitwe
Extraits
de l'allocution du Docteur Apakombwela Chisuse, lors de l'ouverture
de l'Hospice Funsani à Kitwe, Zambie - 8 décembre
2002
L'Hospice
Funsani est un Foyer où nous voulons accueillir les enfants
demeurés orphelins, comme conséquence directe de
la pandémie du SIDA.
Quand ma
mère est décédée en 1994, à
l'âge de 61 ans, je me suis dit qu'au moins elle avait eu
une bonne vie, et vu les enfants de ses enfants.
Quand mon jeune frère Kanga est décédé
en 1996, 6 jours avant son 29ème anniversaire, il nous
laissait au moins le petit Kwilole pour nous rappeler son souvenir.
Quand ma jeune sur est décédée en 2001,
à l'âge de 35 ans, j'étais désespérée.
Heureusement je pouvais me dire que j'étais privilégiée
d'avoir un mari comme Jaap. Il arrive que les mots soient impuissants
à exprimer le chagrin que nous ressentons, ou la gratitude
qui nous habite. Mais nous espérons que nos actions pourront
parler.
En conséquence
de ce qui précède, j'ai développé
une nouvelle passion. Mes énergies sont maintenant orientées
vers les enfants. Il faut à tout prix les retirer de l'environnement
du SIDA. Et, selon moi, l'ADOPTION est la réponse. J'ai
partagé mes pensées avec un ami qui est aussi un
avocat. Je voulais adopter tous les enfants de ma famille, de
moins de 15 ans, et il y en avait 10.
" Non, ce n'est pas possible, au moins pas selon la loi,
me dit-il.
" Combien alors ?
" 3 à la fois.
" C'est bien, disons 3. "
Pendant toute une année il y eut un échange de lettres
et documents entre le Royaume Uni et la Zambie. Aujourd'hui je
peux dire avec fierté que je suis la mère heureuse
de 5 enfants de 16 à 6 ans. La bataille n'est pas gagnée
cependant. Les trois enfants adoptés ne sont pas autorisés
à rejoindre leurs parents adoptifs en Grande Bretagne,
selon une décision des Autorités représentant
le gouvernement britannique en Zambie. Ainsi la lutte doit continuer
et c'est pourquoi je suis revenue en Zambie.
La question
demeure : Que faire des autres enfants qui sont tout aussi importants
? Il y a le petit 'trésor' que ma sur Kumi nous a
laissé et qui n'avait alors que 9 mois. Il est sous traitement
antiretroviral ce qui coûte une fortune à son père.
Puis, il y a notre oncle Wilson, cet oncle au si grand cur.
Il a perdu sa femme il y a trois ans et lui-même n'est pas
bien et pourrait nous quitter assez vite. Que faire de ses garçons
? Comme il a sacrifié toute sa vie pour servir notre famille,
nous avions un devoir envers lui. Si je pouvais assurer l'avenir
de ses enfants pendant qu'il est encore avec nous, il saurait
qu'ils sont heureux et qu'ils peuvent envisager l'avenir. Voilà
comment l'Hospice Funsani est né à Kitwe !
Je voudrais
étendre notre activité à la communauté
locale. Quant au nombre, nous espérons pouvoir héberger
jusqu'à 200 enfants. Cela peut paraître un projet
trop optimiste, mais même cela, c'est tout juste une goutte
d'eau dans l'océan quand on songe à l'immensité
du problème.
Plus nous
y pensons, Jaap et moi, plus nous réalisons que nous avons
reçu un APPEL auquel nous ne pouvons pas nous soustraire.
Vous savez ce qui est arrivé à Jonas et à
la population de Ninive
!
La vraie
lutte ne fait que commencer et nous avons besoin de tout le soutien
possible.
Merci !
Docteur
Apakombwela Chisuse
HNe
me laissez pas mourir seul
Un fait
vécu par Soeur Rosalia
A l'Hôpital
général de Mansa, un prisonnier était sur le
point de mourir. Près de lui se trouvait un officier de la
prison avec son arme. Dans la soirée j'ai voulu donner au
prisonnier une petite croix. Il ne l'a pas acceptée, mais
me dit : " Le Christ sur la croix avait deux meurtriers à
ses côtés. Ils ont parlé et Jésus a murmuré
: 'Aujourd'hui, tu seras avec moi
'Aussi ne me laissez pas
seul. "
Alors j'ai
demandé à deux étudiants infirmiers de passer
la nuit avec lui ou de veiller à ce que les étudiants
se relaient pour assurer une présence. Le matin suivant
on m'a dit : " X
est mort paisiblement. Il murmurait
à voix basse avec nous. Nous chantions. Il est mort dans
la paix. " Il a fallu deux semaines avant de pouvoir l'inhumer,
personne ne réclamait son corps. En définitive,
la Commune l'a pris en charge. Trois mois plus tard, sa mère
est venue de l'autre bout du pays et m'a apporté
un poulet !
Jeter
l'ancre au "Relais Espérance"
Lors du Synode
diocésain de 1990, l'Eglise de Marseille a décidé
d'ouvrir un Centre d'Accueil où pourraient être reçues
les très nombreuses victimes du SIDA. L'année suivante,
en 1991, l'Association " Relais Espérance " ouvrait
ses portes, avec comme logo une ancre marine voulant signifier
que l'endroit est comme " un port où l'on peut faire
escale et se reposer ".
En 1996,
je me suis sentie interpellée par la situation des sidéens,
si souvent exclus de leur famille et de la société.
Alors je me suis jointe au groupe des bénévoles,
car ce service me paraissait être dans la ligne de notre
Charisme. C'est ainsi que j'ai assuré des permanences au
Centre et qu'un malade à domicile m'a été
confié.
A Relais
Espérance, les bénévoles ont un rôle
d'accueil, d'écoute et d'accompagnement, au plan psychologique
ou spirituel, selon les besoins. Ils travaillent en équipes,
orientent les malades vers les services sociaux appropriés
et surtout donnent la possibilité de parler à tous
ceux dont le passé souvent chargé est lourd à
porter : s.d.f., (sans domicile fixe), drogués, homosexuels,
toxicomanes.
Au Centre,
l'atmosphère est habituellement simple et confiante et
devient même familiale à l'occasion des anniversaires
et fêtes quand des repas collectifs sont offerts auxquels
sont invités amis et sympathisants. De temps à autre,
ce sont les " accueillis " eux-mêmes qui préparent
un repas collectif ; l'un d'eux distribue les rôles et l'ambiance
est sympathique, d'autant plus que certains sont d'excellents
cuisiniers et même pâtissiers. Durant la bonne saison,
des sorties organisées sont fort appréciées.
Les nouvelles
thérapies offertes aux malades permettent à certains
de reprendre un travail à mi-temps. Ainsi A
ayant
trouvé une activité selon ses capacités est
tout heureux, car il se sent revalorisé en étant
capable de réintégrer le marché du travail.
Par contre B
qui avait été admis comme agent
téléphoniste, a été forcé de
laisser son emploi à cause de l'évolution de la
maladie. Ce sont alors les bénévoles qui allaient
vers lui et l'accompagnaient sur son chemin douloureux. Sa mère
est venue demeurer chez lui jusqu'à son décès.
Le groupe a été très affecté par ce
départ de même que par celui d'un autre jeune décédé
à la suite d'une overdose de drogue. Les parents sont reconnaissants
de ce que nous faisons pour leurs fils et ils demeurent en relation
avec nous. Un autre exemple de solidarité : F. et S., de
milieu très modeste, ont préparé leur mariage
dans une paroisse tenue par les Jésuites, car F. était
connue des paroissiens. L'équipe paroissiale s'est chargée
de l'organisation de la cérémonie et de la collation
qui a suivi.
Il y a trois
ans, un service à domicile, " Soin Assistance ",
a demandé l'aide de nos bénévoles pour accompagner
régulièrement un de leurs malades. Ce type d'accompagnement
nous semble positif et les malades s'intègrent bien au
groupe " Relais Espérance ", lors des repas collectifs
et des sorties.
Dans plusieurs
cas, il faut bien l'avouer, nous constatons des régressions
et des absences dues à la drogue ou à l'alcool,.
mais un jour ou l'autre, " les accueillis " reviennent
au port parce qu'ils peuvent se dire : " Je ne suis pas seul,
quelqu'un rame à côté de moi. "
Germaine
Feuillat, Marseille (France)
PARTAGE-TRENTAPRILE
EST PUBLIÉ 5 FOIS PAR AN PAR LES SOEURS MISSIONNAIRES DE
NOTRE-DAME D'AFRIQUE
15 VIALE TRENTA APRILE - 00153 ROMA - ITALIE
Editrice: Begoña Iñarra - Traductions:
C. Bélanger, M. Gemme, J. Rondeau
Mise en page à l'ordinateur, impression: Marie-Vincente
Brouca - Expédition: Odile des Roches