Soeurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique (SMNDA)

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" Partage Trentaprile "

La revue des SMNDA

Juin 2004 - n° 3

Sujet: Le dialogue interreligieux et les SMNDA

Dans ce Numéro 3/2004 de Partage Trentaprile :

Editorial: Dialogue interreligieux - Begoña Iñarra (editrice)
Le dialogue interreligieux commence dans le coeur - Cécile Bisson
Femmes musulmanes et chrétiennes en dialogue - Mathilde Roy
A Solwezi (Zambia): au cours de nos rencontres - Céline Alie et Luzia Wetzel
Une amitié enrichissante ! - Sr Vivien-Mary
Au-delà de ma peur - Rebecca Chisale, postulante
De Kisubi à Nairobi - Marie Cloutier
Du ministère de la santé au ministère du dialogue - Rita Toutant
Du théologien Bruno Chenu
Bruxelles (Belgique), ville "Multi-plurielle" - Henriette Joosten
A Marseille (France) : "Espace Rencontre" - Giuseppina Cavasino
A Carcassonne (France) : du quotidien vers le monde à venir - Marie-Thérèse Grard
Un groupe
œcuménique où je suis très heureuse ! - Sr Marie-Suzanne
En Suisse : un chemin d'ouverture - Marie-Léonie Pittet
La vie se partage70 Des responsables religieux(ses) en grande réflexion - (Mater Christi)

 

Editorial: Nous dialoguons ! Avec tous ?

Il y a quelques mois j'ai demandé aux sœurs de nous communiquer leurs expériences dans le domaine du dialogue interreligieux. Leur réponse a été si formidable que deux numéros de "Partage Trentaprile" ont à peine réussi à tout retransmettre. Cela prouve que le dialogue interreligieux est présent non seulement dans nos activités, mais surtout dans notre cœur, où que nous soyons.

Mgr. Teissier, archevêque d'Alger, l'avait déjà très bien exprimé dans un article qu'il écrivait, il y a quatre ans : « Lavigerie a engagé ses missionnaires dans des attitudes concrètes qui rendraient possible, moins d'un siècle plus tard, la théologie du dialogue interreligieux. ... Lavigerie a engagé ses missionnaires sur une voie qui permettait une vraie découverte de l'islam. Il a stimulé l'étude de la langue arabe et donné la consigne de se faire proche des musulmans. Il a surtout placé ses missionnaires dans une relation quotidienne de service auprès des populations musulmanes. Ainsi naissaient les écoles de langue arabe et se développaient les études d'islamologie.»

Cet héritage reçu de notre Fondateur, nous le portons en nous, non seulement par rapport à l'Islam (ce qui reste pour nous une priorité), mais aussi par rapport à toute situation de pluralisme culturel ou religieux.

Le numéro d'avril de Partage Trentaprile nous a surtout fait découvrir comment nos sœurs d'Afrique du Nord comprenaient le dialogue avec les croyants de l'Islam. Ce numéro de juin voudrait offrir une perspective plus large en présentant le dialogue qui s'instaure un peu partout dans le contact avec d'autres religions. En prenant connaissance des nombreux articles qui nous sont parvenus, j'ai dû cependant constater une 'absence' étonnante pour nous, Missionnaires d'Afrique : il n'y est presque pas fait mention du dialogue avec les religions traditionnelles africaines. Cette absence n'est sûrement pas synonyme de non-existence, mais peut-on penser que là où ce dialogue existe, dialogue de vie surtout, les sœurs seraient trop « occupées » pour prendre le temps de s'asseoir et nous faire part de leur expérience ? Ou que ce dialogue serait tellement évident et comme allant de soi, qu'on ne songerait même pas à le mentionner ? (Nous savons, par exemple, que la communauté d'Espungabera, au Mozambique, a entretenu, depuis ses débuts, un dialogue suivi avec les représentants de la religion traditionnelle locale). J'aimerais souhaiter que cette « absence » dans la présentation nous serve de rappel pour nous éveiller davantage à la présence des religions traditionnelles, et nous stimuler à établir un vrai dialogue de vie avec ceux qui nous entourent et qui s'appuient encore sur la fidélité à leurs croyances millénaires.

Pour nous, sœurs missionnaires d'Afrique, il ne s'agit pas tant de viser à l'inculturation du christianisme que de découvrir quelle vision de Dieu, du monde, de la famille, transmettent ces religions, quelles sont leurs valeurs et comment elles s'efforcent de contribuer actuellement au développement de l'Afrique et à la solidité d'une partie de la société africaine.

Begoña Iñarra, éditrice

Le dialogue interreligieux commence dans le cœur

Je prends la feuille d'information posée sur la table. Ah! Encore une demande de Begoña. Une autre demande à laquelle je ne peux pas répondre car mes réalisations en ce qui concerne le dialogue interreligieux sont très limitées…Puis, je vais écouter le bulletin de nouvelles à la télévision On y parle, entre autres, des souf-frances d'un citoyen Irakien-Canadien, retenu dans une prison de Syrie. Je pense : « En voilà un autre qui accuse le Canada de ne pas faire assez pour ses citoyens à l'étranger » … Encore un qui demande une enquête sur la façon dont le Ministère des Affaires Extérieures et les Services Secrets du Canada interviennent ou non quand des citoyens sont arrêtés et « oubliés » dans une prison à l'étranger »…

Soudainement, je prends conscience de mes pensées, de mon attitude intérieure… et alors je me sens choquée et honteuse de mes réactions ! Pour moi, je faisais face à un défi, celui d'examiner mes préjugés et mes attitudes envers l'autre « différent ». C'est une chose que de croire dans sa tête, et une autre de croire avec son cœur que toute femme est ma soeur et que tout homme est mon frère, car nous avons tous le même Père qui nous aime tous d'un amour inconditionnel.

C'est ainsi que le dialogue interreligieux commence dans le cœur. Depuis ce temps je constate qu'en plusieurs occasions, je peux être ouverte à l'autre « différent » et je regarde comment, dans les faits, je vis cette ouverture :

  • Sur la colline du Parlement, je prie pour la paix avec un groupe de femmes, dont une Musulmane et deux Chrétiennes non Catholiques.
  • Je travaille dans un Centre pour les pauvres et les réfugiés, et nous accueillons des Bouddhistes, des Musulmans, des Hindous et des gens de religions traditionnelles.
  • Dans la rue et dans les magasins, je rencontre tous ces nouveaux Canadiens et je les salue avec un sourire.
  • Avec les Sœurs de la Charité où je demeure en communauté, avec ma famille et mes amis, j'apporte une note positive quand on passe des remarques négatives au sujet de «l'autre». Plusieurs sœurs de ma communauté le font aussi.

Voici une conversation que j'ai eue récemment :« Les Musulmans, au Canada, exigent tous leurs droits religieux alors que les Chrétiens qui vivent dans les pays musulmans n'ont pas le droit d'exprimer leur croyance religieuse » Mon interlocutrice était en colère.« Pourquoi leur donne-t-on tout, ici? »

J'étais d'accord avec les faits, mais j'ai ajouté que nous essayons de vivre nos valeurs chrétiennes même dans nos relations avec les Musulmans. Nous devons faire ce qui est bien, avec un sens de la justice envers chaque personne, même si cela ne nous est pas rendu. On rencontre des extrémistes dans toutes les religions, nous Catholiques avons les nôtres. Ce sont souvent des réactions dues à la peur, à l'incompréhension et à l'ignorance.

Cécile Bisson, Ottawa (Canada)

Femmes musulmanes et chrétiennes en dialogue

Depuis mon retour définitif au pays, je suis engagée dans le dialogue interreligieux à Montréal, surtout avec les femmes. Les études faites antérieurement sur le Bouddhisme, l'Hindouisme et l'Islam ont été pour moi, un solide point de départ pour connaître "mes nouveaux voisins" et travailler avec eux.

J'ai travaillé six ans au Département interreligieux du Centre Canadien d'œcuménisme de Montréal, comme membre du Conseil Interreligieux qui regroupe des représentants de neuf religions. Croyant qu'une réalité spirituelle commune transcende nos différences, le Conseil désire sensibiliser la communauté montréalaise à la nécessité de respecter et d'apprécier la diversité de notre société pluraliste. Par le dialogue, la prière, l'éducation, ensemble nous avons essayé de trouver des moyens d'amener les gens à approfondir leur religion et, pour nous, de parfaire en même temps, nos connaissances, notre compréhension et appréciation des autres religions.

Femmes musulmanes et chrétiennes en dialogue

De plus, au Centre Œcuménique, huit femmes musulmanes et huit femmes chrétiennes contactées, ont accepté de former avec nous le groupe "Femmes musulmanes et chrétiennes en dialogue". Nous avons étudié et partagé sur des thèmes : Paix – Prière – Quelques personnages du Coran et de la Bible : Moise, Abraham et Marie. Pour connaître les lieux sacrés de nos communautés de foi respectives, ensemble, nous sommes allées dans des mosquées ainsi qu'à l'église Notre-Dame et au Carmel pour rencontrer les Carmélites et assister à la prière. Entre nous des liens d'amitié demeurent.

À l'Université de Montréal, le collectif "Féminismes et inter-spiritualités", dont je suis membre, demeure un espace de dialogue très intéressant. Notre collectif se compose de femmes de diverses traditions spirituelles (hindoue, juive, musulmane, baha-i, autochtone, chrétienne (de trois Églises différentes). Le mandat du groupe est de créer des liens entre femmes ainsi que de voir la place de la femme dans les religions. Nous travaillons à identifier certaines structures injustes, ex: aliénation, pauvreté, etc.Journée internationale de la Femme - 8 mars

À l'occasion de cette Journée Internationale, la communauté BAHA-I de Montréal m'a demandé de participer à un panel composé de trois femmes : une de foi Baha-i, l'autre Musulmane et moi-même. Le thème étant : Que signifie pour moi cette journée de la femme ? J'ai beaucoup aimé cette expérience. Les personnes présentes étaient très réceptives, joyeuses et fort accueillantes.

En conclusion, j'aime citer cette affirmation de Eloi Leclerc, auteur de "Dieu plus grand", adressée au chrétien amené à côtoyer des personnes d'une autre croyance. « Deux tentations le guettent : le rejet de "l'autre" dans un repli frileux sur sa propre foi, ou bien la recherche d'une communion dans l'effacement des différences. »Face à cette situation, E. Leclerc interroge les Évangiles. Il en résulte une percée vers le "Dieu plus grand" dont parlaient les prophètes.Mathilde Roy, MontréalDu théologien Bruno Chenu :Le mystère ineffable de Dieu est présent de différentes manières aux peuples du monde, même si, pour un chrétien, la Révélation culmine en Jésus, le Christ. Les différentes traditions religieuses, avec leurs Écritures et leurs rites sacrés, peuvent être une aide sur le chemin du salut. L'Esprit Saint est à l'œuvre en elles. Dès lors, le maître mot, l'impératif de la mission chrétienne par rapport aux autres religions, devient le dialogue. (Panorama - juin 2003)

Sr. Mathilde Roy - Montréal (Canada)

A Solwezi :au coeur de nos rencontres

Nous avons été appelées à travailler dans le diocèse de Solwezi, dans la province Nord Ouest de la Zambie. C'est un milieu interreligieux avec 6% de Catholiques et, parmi de nombreuses Églises Chrétiennes, une prolifération de mouvements religieux, puis une petite minorité de Musulmans. Les Catholiques de la région viennent du Nord de la Zambie ou d'autres régions évangélisées depuis longtemps. Les sectes présentent un défi aux quelques Catholiques qui ont peu de connaissances théologiques, catéchétiques et bibliques. Par exemple, il y a quelques années, des membres des Petites Communautés Chrétiennes ont été accusés d'être « les bêtes de l'Apocalypse portant le numéro 666».

Récemment, une autre Communauté a eu très peur quand la foudre a brûlé 5 maisons ; les gens étaient certains qu'ils avaient été ensorcelés et maudits et qu'ils étaient la proie du diable. Cependant, on peut dire que les chrétiens sont ouverts à la Parole de Dieu et qu'ils essaient d'y conformer leur vie quotidienne.

Nous voyons le dialogue interreligieux comme partie intégrante de nos rencontres. Nous partageons la vision du diocèse qui cherche l'intégration de tous les croyants et qui saisit toutes les occasions pour promouvoir le dialogue. Nous aidons les chrétiens à se rapprocher des autres croyants.

Dans notre diocèse, toutes les activités sociales et celles qui concernent le développement ont un caractère interreligieux : Justice et Paix, Éducation, Jeunesse, Agriculture, Petites Entreprises, Réduction de la pauvreté, Réinsertion des prostituées, Soin des orphelins et des enfants en détresse.

Nous sommes heureuses et reconnaissantes d'être en relations avec tant de personnes de bonne volonté ; les réflexions ensemble et la collaboration dans le travail nous enrichissent mutuellement.

Voici quelques exemples de nos activités oecuméniques : Céline Alie : Un de mes instituteurs n'est pas catholique. Comme je rendais visite à quelques familles catholiques, une dame protestante m'a demandé de venir aussi chez elle. En décembre dernier, lors de la célébration oecuménique de la Lumière, à la Nouvelle Église Apostolique, il y avait des participants de dix dénominations différentes. Plusieurs Catholiques étaient également présents, y compris notre évêque, Mgr Noël O'Reagan. Comme chaque année, pour le dimanche des Rameaux, nous préparons un service interreligieux à la paroisse Saint Daniel. Il y a toujours une nombreuse assistance pour une telle célébration.

Quand nous étions à Kalilo, les membres du Programme d'éducation à la Santé, du Copperbelt, travaillaient à la prévention du SIDA. Ils avaient demandé à un jeune Musulman de nous indiquer les « sourates » du Coran écrites sur leur charte. Il était très fier de citer le Coran.

Prévention du SIDA pour tous - Luzia Wetzel

Je travaille avec des garçons et filles pour la prévention du SIDA et je suis ainsi constamment en contact avec des jeunes de diverses Églises et Mouvements religieux. Nous avons des échanges très sérieux sur la vie et sur l'Évangile ; nous prions et réfléchissons ensemble. Nous essayons d'accueillir un jeune Musulman en lui donnant sa place dans un milieu chrétien. Les jeunes me disent facilement ce qui les a touchés dans le sermon du dimanche.

Pour les responsables, nous avons eu une session à partir du programme « Changer de Comportement » et nous nous efforçons de collaborer avec toutes les Églises chrétiennes dans la lutte contre le SIDA.Le dialogue interreligieux et œcuménique est au coeur de nos rencontres quotidiennes et nous remercions Dieu de ce défi dans notre mission ici à Solwezi !

Céline Alie et Luzia Wetzel, Solwezi (Zambie)

Une amitié enrichissante

Après quelques mois de rencontre, Asha, une amie musulmane, est suffisamment à l'aise avec moi pour aborder des sujets religieux. Elle me dit que ses voisins lui demandent le pourquoi des visites chez elle d'une religieuse catholique. « Voudrait-elle que tu deviennes chrétienne ? », disent-ils.Asha leur répond : « Non. Elle est mon amie et nous parlons de différentes choses. De toute façon, ajoute-t-elle, j'ai lu la Bible plusieurs fois quand j'étais jeune. Le Coran dit ceci : 'Œil pour œil et dent pour dent'. Mais la Bible dit : 'Si on te frappe sur la joue droite, présente aussi ta joue gauche.' Alors, conclut Asha, je préfère ce que la Bible dit. Et vous ? » Ils gardèrent le silence. Pendant le Ramadan et le Carême nous nous rencontrons et partageons sur la signification profonde de ces temps privilégiés de nos religions. L'Aïd et Noël sont aussi des temps de visite et de partage.

Je trouve cette amitié très enrichissante et je suis certaine que Asha pense de même.

Sr Vivien-Mary, Nairobi

Au-delà de ma peur

Autrefois, au Malawi, Chrétiens et Musulmans vivaient en harmonie. Mais récemment, on a constaté plusieurs explosions de violence entre les deux groupes. Et maintenant la peur s'est installée dans les deux communautés.

Avec notre projet SMNDA : « Tikondane Aide aux Enfants de la Rue », nous cherchons à aider les enfants qui viennent de partout au Malawi, et cela sans discrimination due à la religion. Par exemple, en octobre de l'an dernier j'ai rencontré un garçon de 13 ans, appelé Yusufu. Je lui ai demandé pourquoi il vivait dans la rue et il m'a donné une raison que plus tard j'ai reconnue comme étant fausse. J'ai conduit l'enfant à notre Centre où il a passé deux jours. Comme il disait avoir un oncle à Salima à 120 km de Lilongwe, je suis partie en voiture avec lui. En arrivant à Salima il m'a dit que son oncle travaillait au Centre Islamique. Alors, j'ai eu peur et j'ai demandé à notre chauffeur de stationner la voiture en dehors des murs du Centre. Je suis entrée seule à l'intérieur avec le garçon. J'ai agi ainsi parce que j'avais appris que des explosions de violence étaient survenues tout récemment dans ce diocèse de Mangochi. Et, comme la porte de notre voiture portait l'inscription « Diocèse de Lilongwe, a/s Sœurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique », ce pouvait être compromettant . A l'intérieur j'ai rencontré trois Sheiks qui m'ont accueillie amicalement. Je me suis présentée et j'ai expliqué la raison de ma visite. Je n'ai pas caché ma religion. Ils étaient plutôt heureux de m'entendre parler de « Tikondane », me disant qu'ils ignoraient l'existence d'un tel Centre au Malawi et ils m'ont questionnée sur ce projet.

Comme tout se passait bien j'ai demandé au chauffeur d'entrer la voiture dans la cour et j'ai continué de parler avec ces Sheiks. Ils connaissaient bien Yusufu ; je n'ai pas rencontré le père du garçon mais je l'ai laissé aux soins de son oncle et je suis retournée à Lilongwe. Trois jours plus tard, le père de Yusufu est venu à « Tikondane » ; il était très heureux et nous a remerciées en disant : « Je ne savais pas que vous, les Catholiques, pouviez aider mon fils, un Musulman, et même le ramener à Salima. Yusufu était perdu et maintenant il est retrouvé, grâce à vous. Ce que vous avez fait est un bon exemple pour nous, Musulmans : nous devons aussi aider tous les gens qui sont dans le besoin et pas seulement « les nôtres ». Et il a ajouté : « Nous, Musulmans, nous prions plusieurs fois par jour, mais nous ne sommes pas toujours charitables envers ceux qui ne sont pas croyants comme nous ». Alors, je l'ai encouragé à aider les autres, même s'ils ne sont pas Musulmans. Quant à moi, j'ai découvert que si nous commençons à dialoguer avec ceux que nous croyons être nos « ennemis », nous comprendrons qu'eux aussi sont des être humains et que nous pouvons devenir des amis. N'est-ce pas cela le « dialogue de la vie », un aspect important de notre charisme SMNDA.

Rebecca Chisale, Postulante SMNDA, Malawi

De Kisubi a NAIROBI

« Ma sœur, me dit un Frère scolastique, je veux participer à la rencontre sur le dialogue, car deux de mes frères sont Musulmans et nous ne pouvons pas nous entendre. Je dois apprendre ». Plus tard il choisit l'Islam comme sujet de sa dissertation. Roger LaBonté, Miss. d'Afr. et moi l'avons aidé.

Berna, instituteur, dit : « J'aime les rencontres traitant du dialogue car j'apprends à aider mon amie dont le mari est devenu Musulman. Il l'a menacée de répudiation si elle ne se convertissait pas et il a pris d'autres épouses. Comme elle a peur de se retrouver à la rue avec ses enfants, elle fait croire à son mari, par son habillement, qu'elle s'est convertie, même si au fond d'elle-même elle refuse de laisser sa foi catholique. Aussi elle vit un dilemme intérieur déchirant. »

Ces deux faits révèlent un peu les objectifs de notre groupe, « Kisubi Inter-Faith Dialogue » (Dialogue interreligieux de Kisubi). La plupart des membres sont de jeunes adultes, des enseignants, des religieux en formation, des étudiants Musulmans. Le groupe a un aspect à la fois éducatif et formateur, en termes de connaissances, ouverture d'esprit et respect des différences.Une fois par année la rencontre est ouverte au public. En juillet dernier nous avons invité Richard Nnyombi, Miss.Afr. originaire de l'Uganda ; il a rassemblé une centaine de personnes. Anglicans, Musulmans, Bahais et Catholiques ont grandement apprécié les faits concrets et les histoires tirés de sa vaste expérience de dialogue, en particulier avec les Musulmans. Les personnes ressources du groupe sont maintenant des Africains : une équipe de trois Frères de l'Instruction Chrétienne. Nous, SMNDA, les soutenons et encourageons.

Une nouvelle ouverture à Nairobi

En janvier j'ai été nommée à Nairobi pour travailler dans le domaine du dialogue interreligieux, cet aspect de notre charisme que nos sœurs du Kenya ont choisi comme priorité.

La société est très pluraliste à Nairobi et il y aura beaucoup à faire dans ce domaine. Je découvre des groupes et des activités qui existent déjà et auxquels je peux me joindre. Avec Margaret Derek j'ai participé à un Séminaire Interreligieux où des personnes de différentes traditions avaient été interviewées pour un programme de radio traitant du dialogue. Nous étions plus de 50 personnes de 10 traditions religieuses différentes. Chacune s'est présentée. Une femme Pasteur de l'Église Évangélique a affirmé : « Nous avons fait un long bout de chemin ! Nous atteignons une maturité dans la foi puisque nous sommes capables de célébrer ensemble tant nos différences que nos convictions communes. » Tel est l'humble début de ma nouvelle obédience.

Je suis consciente des grands besoins de dialogue entre les religions et je suis prête à offrir « mes cinq pains et mes deux poissons » avec la confiance que le Seigneur saura opérer une multiplication, comme il l'a fait à Kisubi.

Marie Cloutier, Nairobi, South B

Du ministère de la Santé,au ministère du Dialogue

Je travaille en santé communautaire dans quelques paroisses de Dar es Salaam et avec le TNCHF - Réseau de Fonds en Santé Communautaire de Tanzanie. J'ai donc l'occasion de collaborer quotidiennement avec des croyants de l'Islam. Dans notre bureau, l'Économe et la Secrétaire sont musulmans. Nos relations sont des plus cordiales dans la poursuite de notre objectif commun : la diminution de la pauvreté, selon les constitutions de l'organisation TNCHF. De plus, la secrétaire, Mme Kidani Mwagila, a étudié à l'École Secondaire de Kifungilo qui pendant plusieurs années a été reconnue comme la meilleure école secondaire de filles dans tout le pays. Elle se souvient avec émotion de certains rites religieux, mais surtout du fait que les élèves étaient toujours encouragées à vivre ensemble en harmonie et loyauté.

Le préambule des Constitutions du TCHF fait mention de ses racines interreligieuses. On y lit : Avec le Développement du Dialogue Interreligieux au niveau mondial, nous reconnaissons que le développement et la pauvreté peuvent être envisagés sous différents points de vue. Des liens entre l'aspect économique du développement et les aspects spirituel, culturel, politique, social et environnemental peuvent viser à favoriser le succès des objectifs économiques. De même la formation académique et technique ne signifie pas nécessairement que les connaissances seront utilisées de la meilleure façon possible pour le bien commun.

Cependant, le TNCHF est prêt à collaborer pleinement avec la vision et les objectifs du « Forum Interreligieux de Tanzanie » TIFF, dans son effort pour réduire la pauvreté dans le pays, en s'efforçant de :

• Hausser le niveau de vie des pauvres,
• Susciter une plus étroite coordination entre le gouvernement et les institutions financières,.
• Diminuer les causes de friction et trouver une solution aux conflits entre les différentes confessions religieuses, par le dialogue et les échanges d'informations.

Le programme de l'Église catholique appelé « Atiman Mutual Health Fund » (en mémoire du premier médecin venu en Tanzanie avec la 7ème caravane des Missionnaires d'Afrique arrivée à Karema en 1885), est ouvert à tous, y compris aux musulmans et aux adeptes des religions traditionnelles. Les musulmans sont intéressés à se joindre au projet à titre individuel, bien qu'il soit difficile de le promouvoir officiellement dans les mosquées.

De plus je collabore étroitement avec VIBINDO, (organisme qui regroupe les petits commerçants) au titre de leur « expert en santé », afin de les aider dans leurs négociations avec les services de santé. Le secrétaire exécutif, M. Gaston Kikuwi, est catholique mais la majorité des membres sont musulmans. Les vendeurs de noix de coco au Marché Kariakoo m'interpellent joyeusement par mon nom « Sœur Rita » quand je passe près d'eux. Le président du groupe, M. Rashid, s'occupe de leur fonds d'assurance santé et il me fait part de ses soucis et frustrations.

A l'occasion ce m'est une grande joie de pouvoir rendre visite à un cercle d'amis qui réunit quelques familles asiatiques, hindous et musulmanes, qui me considèrent comme une « amie de la famille ». Une famille hindu a beaucoup souffert lorsque le mari est décédé peu de temps après leur arrivée en Angleterre. Nous restons en relation par courriel.

Une autre amie dans ce groupe est Myriam, musulmane, qui souffre de leucémie. Un jour son frère a téléphoné à la maison me demandant de lui rendre visite à l'hôpital. Après mon travail j'ai couru à l'hôpital, je l'ai trouvée dehors attendant un taxi pour retourner à la maison après son traitement. Elle a été reconnaissante de mes efforts et m'a invitée chez elle en fin de semaine!

Une relation particulièrement intéressante m'unit à Gullnar, et à sa fille Sayyeda. Elles m'ont invitée pour le 19ème anniversaire de Sayyeda. Elles sont membres d'une communauté islamique plutôt sévère, les Ithnaasheri. A l'extérieur et en présence des hommes, les femmes sont vêtues de noir. Cependant, actuellement, elles sont assez modernes, dynamiques et ouvertes au monde. Je ne peux les visiter que rarement mais je suis toujours invitée. J'apprends d'elles ce qu'elles pensent du christianisme, de Jésus et de Marie. Je les écoute avec grand respect afin de mieux les connaître.

L'histoire de la naissance de Jésus, telle que racontée dans le Coran

Une de leurs croyances que je trouve particulièrement touchante est l'histoire de la naissance de Jésus, telle que racontée dans le Coran et élaborée dans les livres sacrés Shiites. « Marie a conçu de l'Esprit et s'est retirée dans un endroit éloigné. Les douleurs de l'enfantement l'ont ramenée vers le tronc d'un palmier. Elle s'exclama : 'Pourquoi ne puis-je mourir ici comme rien du tout et être oubliée.' Quelqu'un a crié en elle : 'Ne t'afflige pas, le Seigneur a placé un ruisseau au-dessous de toi. Secoue le tronc du palmier et les dattes mures tomberont vers toi. Ainsi, mange, bois et sois consolée.' » (Coran, Marie – XIX ,16) Selon d'autres textes shiites, Marie a été aidée par trois femmes : Ève, épouse du prophète Adam ; Asia, belle-mère de Moïse et femme de Pharaon, et Fatima, fille du saint prophète Mohammed, laquelle, selon les Shiites, représente tout ce qu'il y a de plus noble chez la femme. Le fait que ces quatre femmes aient vécu à différentes époques historiques semble n'avoir aucune importance. La partie charmante de cette histoire est que ces quatre femmes se soient trouvées ensemble pour aider Marie et célébrer cet événement extraordinaire !

Rita Toutant, Dar-es-Salaam

Du théologien Bruno Chenu

Le dialogue est la seule attitude possible pour attester le travail de Dieu dans les autres espaces religieux.

Dialogue, c'est-à-dire respect, confiance, ouverture à l'autre qui n'exclut pas le sens critique, engagement dans sa propre foi, souci de la vérité à laquelle les partenaires sont soumis.

Le but n'est pas la victoire des uns sur les autres mais la conversion plus profonde de chacun à sa propre foi.

Bruxelles, ville « multi-plurielle »

A Cureghem, accueil sans frontières

L'immigration venant de tous les coins du globe a fait de Bruxelles une ville « multi-plurielle» (couleur,
culture, langue, religion...). Cureghem, où j'habite depuis quatre ans, est un quartier d'Anderlecht, une des 19 communes de Bruxelles : il se trouve coincé entre la ligne supra moderne du TGV et le canal de Bruxelles-Charleroi, jadis zone industrielle florissante mais actuellement délaissée et délabrée.

Les 20 000 habitants qui peuplent la localité sont, pour la grande majorité, des immigrés ou leurs descendants ; les autochtones, chrétiens par tradition, sont devenus une petite minorité. Cureghem a connu plusieurs vagues d'immigration, venant d'Europe, de l'Afrique du Nord, principalement du Maroc, puis de la Turquie, plus tard de tous les coins du globe. On y trouve, côte à côte, cinq mosquées, une synagogue, deux églises catholiques, deux temples protestants et d'innombrables lieux de culte de mouvements divers de tendance charismatique et pentecôtiste, d'origine africaine.

Cureghem est devenu un lieu de transit, et tout comme l'autochtone, dès que sa situation s'améliore, l'immigrant va s'installer ailleurs dans la commune ou à la périphérie de Bruxelles.

Interculturalité dans la communauté chrétienne

De paroisse, l'église de Notre Dame Immaculée est devenue pour diverses communautés chrétiennes « leur église » de référence. Cinq communautés s'y succèdent pour célébrer la liturgie dominicale, en italien, espagnol, français, néerlandais et anglais.

Des Rwandais, fervents de « Notre Dame de Kibeho, Mère du Verbe », s'y rassemblent chaque premier samedi du mois: ils viennent de tout le pays pour une journée de prière et de réflexion. Lors des moments importants de l'année liturgique, trois ou quatre fois l'an, une célébration multilingue rassemble toutes les communautés : cela demande un gros effort pour assurer la participation de chacun sans doubler ou allonger la célébration, mais c'est un témoignage impressionnant d'universalité, réunissant dans une même louange et prière des chrétiens de toutes langues et couleurs.

Tous les premiers dimanches du mois, un repas fraternel rassemble des convives de différentes communautés, Pour coordonner le tout, un comité de représentants de chaque communauté linguistique, se réunit une fois par mois. Les bâtiments de la paroisse sont à la disposition de toutes les communautés selon leurs besoins, un comité intercommunautaire en assure l'organisation.

Centre de services divers

En outre, depuis cinq ans, un « Centre de services divers » y est installé et accueille toute personne en difficulté, sans distinction de foi ni de culture : cette initiative relève de la communauté néerlandophone qui finance le centre et ses activités : restaurant social, (3,25 euros pour un repas complet), service de nettoyage à prix réduit. C'est aussi grâce à ce centre que des actions interculturelles se réalisent : fêtes de quartier, opérations propreté.

Le Centre vise en même temps la réintégration des chômeurs du quartier : en ce moment, sur les 7 personnes engagées, on compte trois Marocains, un Algérien, deux Belges, un métis belgo-congolais marié à une Portugaise. La paroisse, principalement par le biais de son curé, entretient des contacts ponctuels avec les croyants de l'Islam. En bonne relation avec certains responsables des mosquées, le curé est parfois sollicité pour prendre la parole à l'occasion de l'un ou l'autre événement, (dernièrement à propos du port du voile).

Durant le ramadan, une délégation des communautés chrétiennes visite les mosquées et participe à la fête de la clôture. A la même occasion il y a échanges de vœux ; cette année la fin du Ramadan et Noël coïncidaient. Le Royaume de Dieu est bien plus vaste, en largeur, hauteur et profondeur que l'Église.

Nous ne connaissons pas les autres religions de l'intérieur, il nous est donc impossible de juger, ni de leur valeur, ni de l'impact de l'Esprit de Dieu à travers ces chemins : le choix de Dieu ne fonctionne pas par exclusion, chaque personne est l'objet d'un choix unique et comblant, telle est la richesse de son Être, sans limite ni frontière.Nous devons respecter cette sagesse de Dieu et la réponse de l'homme quel qu'il soit et quelle que soit la religion qu'il pratique. Au fond qui sommes-nous pour juger ?

A mon avis la difficulté ne se trouve pas tant dans la différence de la religion que dans la rencontre de l'autre tout court qui, d'instinct, est regardé comme « étranger ». L'important du côté de l'homme est la droiture avec laquelle il vit sa foi, selon la lumière qu'il reçoit et son attitude envers son semblable : le salut, c'est Dieu qui le donne, à Lui de juger du chemin par lequel il passe. Je suis souvent frappée par les visages paisibles et transparents de vieilles personnes musulmanes que je rencontre sur ma route : de quelle plénitude de vie elles témoignent !

Henriette Joosten, Anderlecht, Belgique

A Marseille « Espace Rencontre »

Voici déjà plus de 3 ans que je suis à Marseille. Marseille, premier port des bateaux reliant l'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie) à l'Europe. Marseille, ville cosmopolite, brassage de couleurs, de langues, de religions, avec une majorité de musulmans. Dans la richesse de cette diversité, je me suis jointe à une association appelée Enfants d'Aujourd'hui, Monde de Demain (EAMD). J'y vais deux fois par semaine pour les mamans et deux fois pour les enfants.

Chaque trimestre, nous nous réunissons, directeur et enseignants, pour mettre en commun nos difficultés et nos réussites. Ces rencontres nous permettent aussi d'initier des jeunes, filles et garçons, qui pourraient prendre la relève dans l'avenir. En communauté, je donne aussi ma part d'aide à l'accueil de femmes, musulmanes surtout, qui désirent se rencontrer, tout en faisant de la couture. J'appelle ce groupe : « Espace Rencontre », car dans ces moments vécus ensemble un vrai dialogue de vie peut s'instaurer au cours duquel nous échangeons en toute sincérité et confiance sur diverses questions concernant la vie de famille, les enfants, et même la politique et la religion. C'est ainsi que nous accueillons réciproquement nos différences dans un climat de sérénité et de joie. Pour moi, ces rencontres à Marseille sont une continuation de la mission vécue en Algérie et Tunisie.

Au cours de 60 ans de présence dans ces pays, j'ai été moi-même accueillie par les enfants de l'école où j'enseignais et par leurs parents. Je peux affirmer que ma foi s'est enrichie à leur contact.

Giuseppina Cavasino, Marseille

A Carcassonne: Du quotidien vers le monde à venir

Nous avons la chance d'habiter dans une cité où vivent de nombreux migrants venus pour la plupart du Maghreb. D'autres Sœurs Blanches nous ont précédées depuis 25 ans. Le dialogue de vie avec nos proches voisins musulmans nous est facilité par cette longue présence. Nous faisons partie du quartier et nous avons bien des occasions de rencontre :

- En attendant le bus, simple rencontre amicale où nous pouvons échanger sur ce qui touche la famille.
- Rencontre des parents et des enfants revenant de l'école.

L'une de nous donne des cours d'alphabétisation à quelques femmes marocaines et algériennes. Elle a ainsi de merveilleux contacts d'amitié ; elle est accueillie dans les familles à l'occasion des fêtes et lors de la naissance d'un enfant.

Une autre sœur anime un groupe d'enfants avec « TAPORI », mouvement rassemblant des enfants de nombreux pays. Cela permet à des jeunes Maghrébins de s'ouvrir à d'autres enfants dont la religion est différente de la leur et de lier des liens d'amitié ou de correspondance.

Dans ce quotidien, nous nous savons différentes, mais nous reconnaissons que nous avons quelque chose à recevoir de l'autre. Le but de tout dialogue dans la foi est la conversion des uns et des autres à Dieu plus grand qui nous conduit par des chemins divers.

Nous apprenons à marcher ensemble dans l'harmonie ; nous reconnaissons en toute personne différente des semences du Verbe. « Le dialogue de vie nous permet de nous connaître et de nous estimer, de nous respecter, et également de nous enrichir les uns les autres. Il nous fait entrer progressivement dans un monde fraternel et relationnel, un monde vivant à l'image de Dieu lui-même… Ainsi, modestement, nous commençons à vivre, dès maintenant, quelque chose de cette vie qui connaîtra sa plénitude dans le monde à venir. »

Voici quelques exemples de nos rencontres :

Il y a déjà trois ans, une voisine marocaine m'appelle de son balcon, je ne la connaissais pas. Je monte et elle me fait part de sa vie de souffrance. Son fils est violent, il a déjà commis bien des actes graves ; la police le recherche. J'écoute cette maman et une autre fois je rencontre le fils. Quelque temps après, j'apprends qu'il a été arrêté et qu'il est en prison. Depuis ce jour, je rends souvent visite à cette femme ; elle porte douloureusement le poids de l'incarcération de son fils. Les années passent. A ce jour, il a encore trois ans à rester sous les verrous. Je continue mes visites d'amitié. Un jour elle m'a suggéré de demander à la prison une 'autorisation de visite'. J'ai préféré lui dire de proposer à son fils la visite de l'aumônier de la prison.

Le Directeur de l'école nous a demandé, il y a trois ans déjà, de visiter une famille macédonienne alors nouvellement arrivée dans le quartier. Les trois enfants aînés sont scolarisés. C'est une famille orthodoxe. Un long compagnonnage nous lie alors à cette famille.

Véra et son mari Jordan sont réfugiés et sans papiers. Que de chemin parcouru depuis qu'ils ont quitté leur pays, il y a environ dix ans ! Ils ont vécu misérablement en Italie et ont été soutenus par un jeune séminariste français. Leur long chemin se poursuit maintenant en France. Notons plusieurs étapes : Le baptême du dernier enfant. Orthodoxes, ils voulaient que Francesco soit baptisé à l'église orthodoxe ; il y a justement un monastère de religieuses orthodoxes à quelques kilomètres de Carcassonne. Mais le jeune prêtre connu en Italie, et qui continue son soutien, a voulu qu'il soit baptisé à l'église catholique. Cela a eu lieu dans notre chapelle. Mais le papa, mécontent, n'est pas venu à la cérémonie.Pour nous il n'y avait pas de problème ; l'œcuménisme dans le cœur, nous croyons que Dieu est notre Père commun et que nous sommes tous ses enfants. Tout cela nous a permis de nouer des liens d'amitié avec les religieuses orthodoxes que nous voyons souvent et qui ont soutenu la famille de Véra et Jordan. Depuis, nous allons parfois dans le monastère pour participer aux offices qui sont si beaux. Nous invitons souvent cette famille éprouvée à prier Dieu ; une icône est en évidence dans leur salle commune.

Un long combat a commencé pour obtenir le fameux 'permis de séjour'. Ils vivaient, comme tout réfugié, sans droit au travail. Beaucoup de liens se sont tissés autour de cette famille, par nous et par d'autres, au-delà de toute barrière confessionnelle. Il s'agissait d'oser, de continuer, de contacter les uns et les autres, d'espérer toujours. Tous les organismes officiels ou associatifs se sont donné la main : service des réfugiés, CIMADE, Secours Catholique, services sociaux, la Croix Rouge, les Sœurs orthodoxes, le prêtre ami, la marraine du petit dernier, nous-mêmes. Enfin, un avocat, fidèle défenseur des opprimés, a pris en charge le dossier quand la famille venait de recevoir l'avis d'expulsion du territoire français dans un délai d'un mois ! Attente, angoisse, secours des uns et des autres, accueil de notre part, écoute, amitié, prière. Enfin ! la lettre de la Préfecture est arrivée donnant droit à une carte de séjour pour une année renouvelable ainsi qu'au permis de travail.

Marie Thérèse Grard, Carcassonne

Un groupe œcuménique où je suis très heureuse !

A Verrières-le-Buisson, France, un groupe œcuménique existe depuis plusieurs années. Peu après mon arrivée, en 1998, deux sœurs en faisaient partie et m'y ont introduite ce dont je suis très heureuse, en découvrant le travail de connaissance, d'échange et d'ouverture qui s'y fait.Le groupe comprend de 20 à 30 personnes, catholiques et protestantes, dont un pasteur théologien de l'Église Réformée, un père de famille, théologien catholique, responsable de l'œcuménisme dans le diocèse d'Evry-Essonne, une théologienne catholique qui prépare une thèse sur les mouvements charismatiques existants, etc.

Dans notre secteur, nous rencontrons des protestants des Églises Réformée, Luthérienne et Baptiste et quelques Orthodoxes. Deux fois l'an, une prière œcuménique nous réunit chez les Pères Franciscains. La Semaine de l'Unité est marquée par des échanges Prêtres/Pasteurs pour l'homélie, soit au Temple, soit à l'Église catholique. Actuellement, dans les Temples des Églises Réformée et Luthérienne, les textes de la liturgie des dimanches sont les mêmes que ceux de l'Église catholique, ce qui est déjà une « communion ».

Pendant deux ans, dans notre groupe œcuménique, nous avons travaillé avec le livre « Groupe des Dombes », sur Marie. Puis nous avons eu comme autres sujets d'étude : Mort et Résurrection, Les professions de foi, Les sacrements de Baptême et Eucharistie, La concordance entre Genèse 2 et le Cantique des Cantiques. Enfin, le Responsable du diocèse nous a fait l'historique de l'œcuménisme, en commençant par le pourquoi des divisions.

On peut se rendre compte aujourd'hui du chemin parcouru : les pas se font lentement mais sûrement, ce qui permet une grande espérance. La signature à Augsbourg de l'accord « Justification et Foi » nous a rapprochés des Luthériens. Une prière œcuménique d'action de grâce a eu lieu à cette occasion à Notre-Dame de Paris, présidée par le Cardinal Lustiger, l'Evêque luthérien de l'Ile-de-France et de nombreux prêtres et pasteurs.C'est dans l'action de grâce que nous continuons la Route ensemble en réponse à la prière de Jésus : « Père, qu'ils soient un, comme nous sommes un. »

Sœur Marie-Suzanne, Verrières-le-Buisson

En Suisse :un chemin d'ouverture

Pendant les cinq derniers siècles environ, la Suisse a dû être très attentive à mettre fin à des guerres cinter-chrétiennes sur son territoire. La paix confessionnelle était sa condition de sécurité. Il a fallu Vatican II et le Synode suisse de 72-75 pour répondre aux défis œcuméniques de façon officielle. La route était préparée mais le chemin sera encore long…

N'ayant pas eu de colonies, notre pays ne se sentait pas trop concerné par l'Islam. Mais aujourd'hui, ce sont des musulmans devenus suisses, des réfugiés, des émigrés, des sans-papiers, qui exigent que les Suisses s'ouvrent à cette religion. (environ 330.000 musulmans).

Nous-mêmes, SMNDA, avons à approfondir nos connaissances et à nous ouvrir aux nouvelles problématiques. Au niveau de la Conférence Épiscopale Suisse un grand travail de formation et d'information se fait. Le Père R. Deillon, Miss. d'Afr., y est très engagé. Depuis 2 ans, à Fribourg, il donne aux Sœurs de service une ouverture aux religions non-chrétiennes. Deux sœurs de la communauté participent à des réunions organisées par des religieuses pour les « sans-papiers » dont la plupart sont musulmans (kosovars, turcs, irakiens, etc.). Les Sœurs se forment pour mieux comprendre leur mentalité. Un membre de notre groupe d"animation alémanique est en relation avec une famille musulmane réfugiée qui a perdu un enfant en Suisse. Pour aider la maman dépressive, des personnes ont décidé d'inviter les grands-parents à venir passer quelques semaines en Suisse. Un couple leur offre un soutien financier. En famille aussi il y a des ouvertures. Dans la famille de mon frère paysan, j'ai admiré le respect mutuel entre ces chrétiens et leur employé musulman. A table, je vois qu'Ibrahim reçoit son plat, sans la viande de porc. A une cérémonie chrétienne funèbre d'un voisin, Ibrahim est là. Depuis environ 15 ans, à La Marsa, une douzaine d 'Européennes, épouses de musulmans, sont fidèles à approfondir leur foi et leur façon de vivre en famille la relation islamo-chrétienne. Au départ de Sr. Marie-Léonie, c'est un Père Blanc qui l'a remplacée comme animateur du groupe. (Voir article dans ce numéro)

Une ancienne élève tunisienne, mariée à Abu-Dhabi, envoie depuis quelques années lettres et photos en disant à Sœur Marie-Léonie : « Vous resterez toujours Ma sœur. »

Marie–Léonie Pittet, Fribourg(autrefois de La Marsa, Tunisie)

PARTAGE-TRENTAPRILE EST PUBLIÉ 5 FOIS PAR AN PAR LES SŒURS MISSIONNAIRES DE NOTRE-DAME D'AFRIQUE
15 VIALE TRENTA APRILE - 00153 ROMA - ITALIE
Editrice: Begoña Iñarra
Traductions: Claire Bélanger, Catherine MacDonnell, Jacqueline Rondeau, Carmen Sammut
Mise en page à l'ordinateur, impression: Marie-Vincente Brouca -
Expédition: Odile des Roches

 

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