" Partage Trentaprile
"
La revue
des SMNDA
Juin 2004
- n° 3
Sujet:
Le dialogue interreligieux et les SMNDA
Editorial:
Nous
dialoguons ! Avec tous ?
Il y a quelques
mois j'ai demandé aux surs de nous communiquer
leurs expériences dans le domaine du dialogue interreligieux.
Leur réponse a été si formidable que deux
numéros de "Partage Trentaprile" ont à
peine réussi à tout retransmettre. Cela prouve
que le dialogue interreligieux est présent non seulement
dans nos activités, mais surtout dans notre cur,
où que nous soyons.
Mgr. Teissier,
archevêque d'Alger, l'avait déjà très
bien exprimé dans un article qu'il écrivait, il
y a quatre ans : « Lavigerie a engagé ses missionnaires
dans des attitudes concrètes qui rendraient possible,
moins d'un siècle plus tard, la théologie du dialogue
interreligieux. ... Lavigerie a engagé ses missionnaires
sur une voie qui permettait une vraie découverte de l'islam.
Il a stimulé l'étude de la langue arabe et donné
la consigne de se faire proche des musulmans. Il a surtout placé
ses missionnaires dans une relation quotidienne de service auprès
des populations musulmanes. Ainsi naissaient les écoles
de langue arabe et se développaient les études
d'islamologie.»
Cet héritage
reçu de notre Fondateur, nous le portons en nous, non
seulement par rapport à l'Islam (ce qui reste pour nous
une priorité), mais aussi par rapport à toute
situation de pluralisme culturel ou religieux.
Le numéro
d'avril de Partage Trentaprile nous a surtout fait découvrir
comment nos surs d'Afrique du Nord comprenaient le dialogue
avec les croyants de l'Islam. Ce numéro de juin voudrait
offrir une perspective plus large en présentant le dialogue
qui s'instaure un peu partout dans le contact avec d'autres
religions. En prenant connaissance des nombreux articles qui
nous sont parvenus, j'ai dû cependant constater une 'absence'
étonnante pour nous, Missionnaires d'Afrique : il n'y
est presque pas fait mention du dialogue avec les religions
traditionnelles africaines. Cette absence n'est sûrement
pas synonyme de non-existence, mais peut-on penser que là
où ce dialogue existe, dialogue de vie surtout, les surs
seraient trop « occupées » pour prendre le
temps de s'asseoir et nous faire part de leur expérience
? Ou que ce dialogue serait tellement évident et comme
allant de soi, qu'on ne songerait même pas à le
mentionner ? (Nous savons, par exemple, que la communauté
d'Espungabera, au Mozambique, a entretenu, depuis ses débuts,
un dialogue suivi avec les représentants de la religion
traditionnelle locale). J'aimerais souhaiter que cette «
absence » dans la présentation nous serve de rappel
pour nous éveiller davantage à la présence
des religions traditionnelles, et nous stimuler à établir
un vrai dialogue de vie avec ceux qui nous entourent et qui
s'appuient encore sur la fidélité à leurs
croyances millénaires.
Pour nous,
surs missionnaires d'Afrique, il ne s'agit pas tant de
viser à l'inculturation du christianisme que de découvrir
quelle vision de Dieu, du monde, de la famille, transmettent
ces religions, quelles sont leurs valeurs et comment elles s'efforcent
de contribuer actuellement au développement de l'Afrique
et à la solidité d'une partie de la société
africaine.
Begoña
Iñarra, éditrice


Le dialogue
interreligieux commence dans le cur
Je prends
la feuille d'information posée sur la table. Ah! Encore
une demande de Begoña. Une autre demande à laquelle
je ne peux pas répondre car mes réalisations en
ce qui concerne le dialogue interreligieux sont très
limitées
Puis, je vais écouter le bulletin
de nouvelles à la télévision On y parle,
entre autres, des souf-frances d'un citoyen Irakien-Canadien,
retenu dans une prison de Syrie. Je pense : « En voilà
un autre qui accuse le Canada de ne pas faire assez pour ses
citoyens à l'étranger »
Encore un
qui demande une enquête sur la façon dont le Ministère
des Affaires Extérieures et les Services Secrets du Canada
interviennent ou non quand des citoyens sont arrêtés
et « oubliés » dans une prison à l'étranger
»
Soudainement,
je prends conscience de mes pensées, de mon attitude
intérieure
et alors je me sens choquée et
honteuse de mes réactions ! Pour moi, je faisais face
à un défi, celui d'examiner mes préjugés
et mes attitudes envers l'autre « différent ».
C'est une chose que de croire dans sa tête, et une autre
de croire avec son cur que toute femme est ma soeur et
que tout homme est mon frère, car nous avons tous le
même Père qui nous aime tous d'un amour inconditionnel.
C'est ainsi
que le dialogue interreligieux commence dans le cur. Depuis
ce temps je constate qu'en plusieurs occasions, je peux être
ouverte à l'autre « différent » et
je regarde comment, dans les faits, je vis cette ouverture :
- Sur la
colline du Parlement, je prie pour la paix avec un groupe de
femmes, dont une Musulmane et deux Chrétiennes non Catholiques.
- Je travaille
dans un Centre pour les pauvres et les réfugiés,
et nous accueillons des Bouddhistes, des Musulmans, des Hindous
et des gens de religions traditionnelles.
-
Dans
la rue et dans les magasins, je rencontre tous ces nouveaux
Canadiens et je les salue avec un sourire.
-
Avec
les Surs de la Charité où je demeure en
communauté, avec ma famille et mes amis, j'apporte
une note positive quand on passe des remarques négatives
au sujet de «l'autre». Plusieurs surs de
ma communauté le font aussi.
Voici une
conversation que j'ai eue récemment :« Les Musulmans,
au Canada, exigent tous leurs droits religieux alors que les
Chrétiens qui vivent dans les pays musulmans n'ont pas
le droit d'exprimer leur croyance religieuse » Mon interlocutrice
était en colère.« Pourquoi leur donne-t-on
tout, ici? »
J'étais
d'accord avec les faits, mais j'ai ajouté que nous essayons
de vivre nos valeurs chrétiennes même dans nos
relations avec les Musulmans. Nous devons faire ce qui est bien,
avec un sens de la justice envers chaque personne, même
si cela ne nous est pas rendu. On rencontre des extrémistes
dans toutes les religions, nous Catholiques avons les nôtres.
Ce sont souvent des réactions dues à la peur,
à l'incompréhension et à l'ignorance.
Cécile
Bisson, Ottawa (Canada)


Femmes
musulmanes et chrétiennes en dialogue
Depuis mon
retour définitif au pays, je suis engagée dans
le dialogue interreligieux à Montréal, surtout
avec les femmes. Les études faites antérieurement
sur le Bouddhisme, l'Hindouisme et l'Islam ont été
pour moi, un solide point de départ pour connaître
"mes nouveaux voisins" et travailler avec eux.
J'ai travaillé
six ans au Département interreligieux du Centre Canadien
d'cuménisme de Montréal, comme membre du
Conseil Interreligieux qui regroupe des représentants
de neuf religions. Croyant qu'une réalité spirituelle
commune transcende nos différences, le Conseil désire
sensibiliser la communauté montréalaise à
la nécessité de respecter et d'apprécier
la diversité de notre société pluraliste.
Par le dialogue, la prière, l'éducation, ensemble
nous avons essayé de trouver des moyens d'amener les
gens à approfondir leur religion et, pour nous, de parfaire
en même temps, nos connaissances, notre compréhension
et appréciation des autres religions.
Femmes
musulmanes et chrétiennes en dialogue
De plus,
au Centre cuménique, huit femmes musulmanes et
huit femmes chrétiennes contactées, ont accepté
de former avec nous le groupe "Femmes musulmanes et chrétiennes
en dialogue". Nous avons étudié et partagé
sur des thèmes : Paix Prière Quelques
personnages du Coran et de la Bible : Moise, Abraham et Marie.
Pour connaître les lieux sacrés de nos communautés
de foi respectives, ensemble, nous sommes allées dans
des mosquées ainsi qu'à l'église Notre-Dame
et au Carmel pour rencontrer les Carmélites et assister
à la prière. Entre nous des liens d'amitié
demeurent.
À
l'Université de Montréal, le collectif "Féminismes
et inter-spiritualités", dont je suis membre, demeure
un espace de dialogue très intéressant. Notre
collectif se compose de femmes de diverses traditions spirituelles
(hindoue, juive, musulmane, baha-i, autochtone, chrétienne
(de trois Églises différentes). Le mandat du groupe
est de créer des liens entre femmes ainsi que de voir
la place de la femme dans les religions. Nous travaillons à
identifier certaines structures injustes, ex: aliénation,
pauvreté, etc.Journée internationale de la Femme
- 8 mars
À
l'occasion de cette Journée Internationale, la communauté
BAHA-I de Montréal m'a demandé de participer à
un panel composé de trois femmes : une de foi Baha-i,
l'autre Musulmane et moi-même. Le thème étant
: Que signifie pour moi cette journée de la femme ? J'ai
beaucoup aimé cette expérience. Les personnes
présentes étaient très réceptives,
joyeuses et fort accueillantes.
En conclusion,
j'aime citer cette affirmation de Eloi Leclerc, auteur de "Dieu
plus grand", adressée au chrétien amené
à côtoyer des personnes d'une autre croyance. «
Deux tentations le guettent : le rejet de "l'autre"
dans un repli frileux sur sa propre foi, ou bien la recherche
d'une communion dans l'effacement des différences. »Face
à cette situation, E. Leclerc interroge les Évangiles.
Il en résulte une percée vers le "Dieu plus
grand" dont parlaient les prophètes.Mathilde Roy,
MontréalDu théologien Bruno Chenu :Le mystère
ineffable de Dieu est présent de différentes manières
aux peuples du monde, même si, pour un chrétien,
la Révélation culmine en Jésus, le Christ.
Les différentes traditions religieuses, avec leurs Écritures
et leurs rites sacrés, peuvent être une aide sur
le chemin du salut. L'Esprit Saint est à l'uvre
en elles. Dès lors, le maître mot, l'impératif
de la mission chrétienne par rapport aux autres religions,
devient le dialogue. (Panorama - juin 2003)
Sr. Mathilde
Roy - Montréal (Canada)


A Solwezi
:au coeur de nos rencontres
Nous avons
été appelées à travailler dans le
diocèse de Solwezi, dans la province Nord Ouest de la
Zambie. C'est un milieu interreligieux avec 6% de Catholiques
et, parmi de nombreuses Églises Chrétiennes, une
prolifération de mouvements religieux, puis une petite
minorité de Musulmans. Les Catholiques de la région
viennent du Nord de la Zambie ou d'autres régions évangélisées
depuis longtemps. Les sectes présentent un défi
aux quelques Catholiques qui ont peu de connaissances théologiques,
catéchétiques et bibliques. Par exemple, il y
a quelques années, des membres des Petites Communautés
Chrétiennes ont été accusés d'être
« les bêtes de l'Apocalypse portant le numéro
666».
Récemment,
une autre Communauté a eu très peur quand la foudre
a brûlé 5 maisons ; les gens étaient certains
qu'ils avaient été ensorcelés et maudits
et qu'ils étaient la proie du diable. Cependant, on peut
dire que les chrétiens sont ouverts à la Parole
de Dieu et qu'ils essaient d'y conformer leur vie quotidienne.
Nous voyons
le dialogue interreligieux comme partie intégrante de
nos rencontres. Nous partageons la vision du diocèse
qui cherche l'intégration de tous les croyants et qui
saisit toutes les occasions pour promouvoir le dialogue. Nous
aidons les chrétiens à se rapprocher des autres
croyants.
Dans notre
diocèse, toutes les activités sociales et celles
qui concernent le développement ont un caractère
interreligieux : Justice et Paix, Éducation, Jeunesse,
Agriculture, Petites Entreprises, Réduction de la pauvreté,
Réinsertion des prostituées, Soin des orphelins
et des enfants en détresse.
Nous sommes
heureuses et reconnaissantes d'être en relations avec
tant de personnes de bonne volonté ; les réflexions
ensemble et la collaboration dans le travail nous enrichissent
mutuellement.
Voici quelques
exemples de nos activités oecuméniques : Céline
Alie : Un de mes instituteurs n'est pas catholique. Comme
je rendais visite à quelques familles catholiques, une
dame protestante m'a demandé de venir aussi chez elle.
En décembre dernier, lors de la célébration
oecuménique de la Lumière, à la Nouvelle
Église Apostolique, il y avait des participants de dix
dénominations différentes. Plusieurs Catholiques
étaient également présents, y compris notre
évêque, Mgr Noël O'Reagan. Comme chaque année,
pour le dimanche des Rameaux, nous préparons un service
interreligieux à la paroisse Saint Daniel. Il y a toujours
une nombreuse assistance pour une telle célébration.
Quand nous
étions à Kalilo, les membres du Programme d'éducation
à la Santé, du Copperbelt, travaillaient à
la prévention du SIDA. Ils avaient demandé à
un jeune Musulman de nous indiquer les « sourates »
du Coran écrites sur leur charte. Il était très
fier de citer le Coran.


Prévention
du SIDA pour tous -
Luzia Wetzel
Je travaille
avec des garçons et filles pour la prévention
du SIDA et je suis ainsi constamment en contact avec des jeunes
de diverses Églises et Mouvements religieux. Nous avons
des échanges très sérieux sur la vie et
sur l'Évangile ; nous prions et réfléchissons
ensemble. Nous essayons d'accueillir un jeune Musulman en lui
donnant sa place dans un milieu chrétien. Les jeunes
me disent facilement ce qui les a touchés dans le sermon
du dimanche.
Pour les
responsables, nous avons eu une session à partir du programme
« Changer de Comportement » et nous nous efforçons
de collaborer avec toutes les Églises chrétiennes
dans la lutte contre le SIDA.Le dialogue interreligieux et cuménique
est au coeur de nos rencontres quotidiennes et nous remercions
Dieu de ce défi dans notre mission ici à Solwezi
!
Céline
Alie et Luzia Wetzel, Solwezi (Zambie)


Une amitié
enrichissante
Après
quelques mois de rencontre, Asha, une amie musulmane, est suffisamment
à l'aise avec moi pour aborder des sujets religieux.
Elle me dit que ses voisins lui demandent le pourquoi des visites
chez elle d'une religieuse catholique. « Voudrait-elle
que tu deviennes chrétienne ? », disent-ils.Asha
leur répond : « Non. Elle est mon amie et nous
parlons de différentes choses. De toute façon,
ajoute-t-elle, j'ai lu la Bible plusieurs fois quand j'étais
jeune. Le Coran dit ceci : 'il pour il et dent pour
dent'. Mais la Bible dit : 'Si on te frappe sur la joue droite,
présente aussi ta joue gauche.' Alors, conclut Asha,
je préfère ce que la Bible dit. Et vous ? »
Ils gardèrent le silence. Pendant le Ramadan et le Carême
nous nous rencontrons et partageons sur la signification profonde
de ces temps privilégiés de nos religions. L'Aïd
et Noël sont aussi des temps de visite et de partage.
Je trouve
cette amitié très enrichissante et je suis certaine
que Asha pense de même.
Sr Vivien-Mary,
Nairobi


Au-delà
de ma peur
Autrefois,
au Malawi, Chrétiens et Musulmans vivaient en harmonie.
Mais récemment, on a constaté plusieurs explosions
de violence entre les deux groupes. Et maintenant la peur s'est
installée dans les deux communautés.
Avec notre
projet SMNDA : « Tikondane Aide aux Enfants de la Rue
», nous cherchons à aider les enfants qui viennent
de partout au Malawi, et cela sans discrimination due à
la religion. Par exemple, en octobre de l'an dernier j'ai rencontré
un garçon de 13 ans, appelé Yusufu. Je lui ai
demandé pourquoi il vivait dans la rue et il m'a donné
une raison que plus tard j'ai reconnue comme étant fausse.
J'ai conduit l'enfant à notre Centre où il a passé
deux jours. Comme il disait avoir un oncle à Salima à
120 km de Lilongwe, je suis partie en voiture avec lui. En arrivant
à Salima il m'a dit que son oncle travaillait au Centre
Islamique. Alors, j'ai eu peur et j'ai demandé à
notre chauffeur de stationner la voiture en dehors des murs
du Centre. Je suis entrée seule à l'intérieur
avec le garçon. J'ai agi ainsi parce que j'avais appris
que des explosions de violence étaient survenues tout
récemment dans ce diocèse de Mangochi. Et, comme
la porte de notre voiture portait l'inscription « Diocèse
de Lilongwe, a/s Surs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique
», ce pouvait être compromettant . A l'intérieur
j'ai rencontré trois Sheiks qui m'ont accueillie amicalement.
Je me suis présentée et j'ai expliqué la
raison de ma visite. Je n'ai pas caché ma religion. Ils
étaient plutôt heureux de m'entendre parler de
« Tikondane », me disant qu'ils ignoraient l'existence
d'un tel Centre au Malawi et ils m'ont questionnée sur
ce projet.
Comme tout
se passait bien j'ai demandé au chauffeur d'entrer la
voiture dans la cour et j'ai continué de parler avec
ces Sheiks. Ils connaissaient bien Yusufu ; je n'ai pas rencontré
le père du garçon mais je l'ai laissé aux
soins de son oncle et je suis retournée à Lilongwe.
Trois jours plus tard, le père de Yusufu est venu à
« Tikondane » ; il était très heureux
et nous a remerciées en disant : « Je ne savais
pas que vous, les Catholiques, pouviez aider mon fils, un Musulman,
et même le ramener à Salima. Yusufu était
perdu et maintenant il est retrouvé, grâce à
vous. Ce que vous avez fait est un bon exemple pour nous, Musulmans
: nous devons aussi aider tous les gens qui sont dans le besoin
et pas seulement « les nôtres ». Et il a ajouté
: « Nous, Musulmans, nous prions plusieurs fois par jour,
mais nous ne sommes pas toujours charitables envers ceux qui
ne sont pas croyants comme nous ». Alors, je l'ai encouragé
à aider les autres, même s'ils ne sont pas Musulmans.
Quant à moi, j'ai découvert que si nous commençons
à dialoguer avec ceux que nous croyons être nos
« ennemis », nous comprendrons qu'eux aussi sont
des être humains et que nous pouvons devenir des amis.
N'est-ce pas cela le « dialogue de la vie », un
aspect important de notre charisme SMNDA.
Rebecca
Chisale, Postulante SMNDA, Malawi


De Kisubi
a NAIROBI
«
Ma sur, me dit un Frère scolastique, je veux participer
à la rencontre sur le dialogue, car deux de mes frères
sont Musulmans et nous ne pouvons pas nous entendre. Je dois
apprendre ». Plus tard il choisit l'Islam comme sujet
de sa dissertation. Roger LaBonté, Miss. d'Afr. et moi
l'avons aidé.
Berna, instituteur,
dit : « J'aime les rencontres traitant du dialogue car
j'apprends à aider mon amie dont le mari est devenu Musulman.
Il l'a menacée de répudiation si elle ne se convertissait
pas et il a pris d'autres épouses. Comme elle a peur
de se retrouver à la rue avec ses enfants, elle fait
croire à son mari, par son habillement, qu'elle s'est
convertie, même si au fond d'elle-même elle refuse
de laisser sa foi catholique. Aussi elle vit un dilemme intérieur
déchirant. »
Ces deux
faits révèlent un peu les objectifs de notre groupe,
« Kisubi Inter-Faith Dialogue » (Dialogue interreligieux
de Kisubi). La plupart des membres sont de jeunes adultes, des
enseignants, des religieux en formation, des étudiants
Musulmans. Le groupe a un aspect à la fois éducatif
et formateur, en termes de connaissances, ouverture d'esprit
et respect des différences.Une fois par année
la rencontre est ouverte au public. En juillet dernier nous
avons invité Richard Nnyombi, Miss.Afr. originaire de
l'Uganda ; il a rassemblé une centaine de personnes.
Anglicans, Musulmans, Bahais et Catholiques ont grandement apprécié
les faits concrets et les histoires tirés de sa vaste
expérience de dialogue, en particulier avec les Musulmans.
Les personnes ressources du groupe sont maintenant des Africains
: une équipe de trois Frères de l'Instruction
Chrétienne. Nous, SMNDA, les soutenons et encourageons.
Une nouvelle
ouverture à Nairobi
En janvier
j'ai été nommée à Nairobi pour travailler
dans le domaine du dialogue interreligieux, cet aspect de notre
charisme que nos surs du Kenya ont choisi comme priorité.
La société
est très pluraliste à Nairobi et il y aura beaucoup
à faire dans ce domaine. Je découvre des groupes
et des activités qui existent déjà et auxquels
je peux me joindre. Avec Margaret Derek j'ai participé
à un Séminaire Interreligieux où des personnes
de différentes traditions avaient été interviewées
pour un programme de radio traitant du dialogue. Nous étions
plus de 50 personnes de 10 traditions religieuses différentes.
Chacune s'est présentée. Une femme Pasteur de
l'Église Évangélique a affirmé :
« Nous avons fait un long bout de chemin ! Nous atteignons
une maturité dans la foi puisque nous sommes capables
de célébrer ensemble tant nos différences
que nos convictions communes. » Tel est l'humble début
de ma nouvelle obédience.
Je suis
consciente des grands besoins de dialogue entre les religions
et je suis prête à offrir « mes cinq pains
et mes deux poissons » avec la confiance que le Seigneur
saura opérer une multiplication, comme il l'a fait à
Kisubi.
Marie Cloutier,
Nairobi, South B


Du ministère
de la Santé,au ministère du Dialogue
Je travaille
en santé communautaire dans quelques paroisses de Dar
es Salaam et avec le TNCHF - Réseau de Fonds en Santé
Communautaire de Tanzanie. J'ai donc l'occasion de collaborer
quotidiennement avec des croyants de l'Islam. Dans notre bureau,
l'Économe et la Secrétaire sont musulmans. Nos
relations sont des plus cordiales dans la poursuite de notre
objectif commun : la diminution de la pauvreté, selon
les constitutions de l'organisation TNCHF. De plus, la secrétaire,
Mme Kidani Mwagila, a étudié à l'École
Secondaire de Kifungilo qui pendant plusieurs années
a été reconnue comme la meilleure école
secondaire de filles dans tout le pays. Elle se souvient avec
émotion de certains rites religieux, mais surtout du
fait que les élèves étaient toujours encouragées
à vivre ensemble en harmonie et loyauté.
Le préambule
des Constitutions du TCHF fait mention de ses racines interreligieuses.
On y lit : Avec le Développement du Dialogue Interreligieux
au niveau mondial, nous reconnaissons que le développement
et la pauvreté peuvent être envisagés sous
différents points de vue. Des liens entre l'aspect économique
du développement et les aspects spirituel, culturel,
politique, social et environnemental peuvent viser à
favoriser le succès des objectifs économiques.
De même la formation académique et technique ne
signifie pas nécessairement que les connaissances seront
utilisées de la meilleure façon possible pour
le bien commun.
Cependant,
le TNCHF est prêt à collaborer pleinement avec
la vision et les objectifs du « Forum Interreligieux de
Tanzanie » TIFF, dans son effort pour réduire la
pauvreté dans le pays, en s'efforçant de :
Hausser le niveau de vie des pauvres,
Susciter une plus étroite coordination entre le
gouvernement et les institutions financières,.
Diminuer les causes de friction et trouver une solution
aux conflits entre les différentes confessions religieuses,
par le dialogue et les échanges d'informations.
Le programme
de l'Église catholique appelé « Atiman Mutual
Health Fund » (en mémoire du premier médecin
venu en Tanzanie avec la 7ème caravane des Missionnaires
d'Afrique arrivée à Karema en 1885), est ouvert
à tous, y compris aux musulmans et aux adeptes des religions
traditionnelles. Les musulmans sont intéressés
à se joindre au projet à titre individuel, bien
qu'il soit difficile de le promouvoir officiellement dans les
mosquées.
De plus
je collabore étroitement avec VIBINDO, (organisme qui
regroupe les petits commerçants) au titre de leur «
expert en santé », afin de les aider dans leurs
négociations avec les services de santé. Le secrétaire
exécutif, M. Gaston Kikuwi, est catholique mais la majorité
des membres sont musulmans. Les vendeurs de noix de coco au
Marché Kariakoo m'interpellent joyeusement par mon nom
« Sur Rita » quand je passe près d'eux.
Le président du groupe, M. Rashid, s'occupe de leur fonds
d'assurance santé et il me fait part de ses soucis et
frustrations.
A l'occasion
ce m'est une grande joie de pouvoir rendre visite à un
cercle d'amis qui réunit quelques familles asiatiques,
hindous et musulmanes, qui me considèrent comme une «
amie de la famille ». Une famille hindu a beaucoup souffert
lorsque le mari est décédé peu de temps
après leur arrivée en Angleterre. Nous restons
en relation par courriel.
Une autre
amie dans ce groupe est Myriam, musulmane, qui souffre de leucémie.
Un jour son frère a téléphoné à
la maison me demandant de lui rendre visite à l'hôpital.
Après mon travail j'ai couru à l'hôpital,
je l'ai trouvée dehors attendant un taxi pour retourner
à la maison après son traitement. Elle a été
reconnaissante de mes efforts et m'a invitée chez elle
en fin de semaine!
Une relation
particulièrement intéressante m'unit à
Gullnar, et à sa fille Sayyeda. Elles m'ont invitée
pour le 19ème anniversaire de Sayyeda. Elles sont membres
d'une communauté islamique plutôt sévère,
les Ithnaasheri. A l'extérieur et en présence
des hommes, les femmes sont vêtues de noir. Cependant,
actuellement, elles sont assez modernes, dynamiques et ouvertes
au monde. Je ne peux les visiter que rarement mais je suis toujours
invitée. J'apprends d'elles ce qu'elles pensent du christianisme,
de Jésus et de Marie. Je les écoute avec grand
respect afin de mieux les connaître.
L'histoire
de la naissance de Jésus, telle que racontée dans
le Coran
Une de leurs
croyances que je trouve particulièrement touchante est
l'histoire de la naissance de Jésus, telle que racontée
dans le Coran et élaborée dans les livres sacrés
Shiites. « Marie a conçu de l'Esprit et s'est retirée
dans un endroit éloigné. Les douleurs de l'enfantement
l'ont ramenée vers le tronc d'un palmier. Elle s'exclama
: 'Pourquoi ne puis-je mourir ici comme rien du tout et être
oubliée.' Quelqu'un a crié en elle : 'Ne t'afflige
pas, le Seigneur a placé un ruisseau au-dessous de toi.
Secoue le tronc du palmier et les dattes mures tomberont vers
toi. Ainsi, mange, bois et sois consolée.' » (Coran,
Marie XIX ,16) Selon d'autres textes shiites, Marie a
été aidée par trois femmes : Ève,
épouse du prophète Adam ; Asia, belle-mère
de Moïse et femme de Pharaon, et Fatima, fille du saint
prophète Mohammed, laquelle, selon les Shiites, représente
tout ce qu'il y a de plus noble chez la femme. Le fait que ces
quatre femmes aient vécu à différentes
époques historiques semble n'avoir aucune importance.
La partie charmante de cette histoire est que ces quatre femmes
se soient trouvées ensemble pour aider Marie et célébrer
cet événement extraordinaire !
Rita Toutant,
Dar-es-Salaam


Du théologien
Bruno Chenu
Le dialogue
est la seule attitude possible pour attester le travail de Dieu
dans les autres espaces religieux.
Dialogue,
c'est-à-dire respect, confiance, ouverture à l'autre
qui n'exclut pas le sens critique, engagement dans sa propre
foi, souci de la vérité à laquelle les
partenaires sont soumis.
Le but n'est
pas la victoire des uns sur les autres mais la conversion plus
profonde de chacun à sa propre foi.
Bruxelles,
ville « multi-plurielle »
A Cureghem,
accueil sans frontières
L'immigration
venant de tous les coins du globe a fait de Bruxelles une ville
« multi-plurielle» (couleur,
culture, langue, religion...). Cureghem, où j'habite
depuis quatre ans, est un quartier d'Anderlecht, une des 19
communes de Bruxelles : il se trouve coincé entre la
ligne supra moderne du TGV et le canal de Bruxelles-Charleroi,
jadis zone industrielle florissante mais actuellement délaissée
et délabrée.
Les 20 000
habitants qui peuplent la localité sont, pour la grande
majorité, des immigrés ou leurs descendants ;
les autochtones, chrétiens par tradition, sont devenus
une petite minorité. Cureghem a connu plusieurs vagues
d'immigration, venant d'Europe, de l'Afrique du Nord, principalement
du Maroc, puis de la Turquie, plus tard de tous les coins du
globe. On y trouve, côte à côte, cinq mosquées,
une synagogue, deux églises catholiques, deux temples
protestants et d'innombrables lieux de culte de mouvements divers
de tendance charismatique et pentecôtiste, d'origine africaine.
Cureghem
est devenu un lieu de transit, et tout comme l'autochtone, dès
que sa situation s'améliore, l'immigrant va s'installer
ailleurs dans la commune ou à la périphérie
de Bruxelles.
Interculturalité
dans la communauté chrétienne
De paroisse,
l'église de Notre Dame Immaculée est devenue pour
diverses communautés chrétiennes « leur
église » de référence. Cinq communautés
s'y succèdent pour célébrer la liturgie
dominicale, en italien, espagnol, français, néerlandais
et anglais.
Des Rwandais,
fervents de « Notre Dame de Kibeho, Mère du Verbe
», s'y rassemblent chaque premier samedi du mois: ils
viennent de tout le pays pour une journée de prière
et de réflexion. Lors des moments importants de l'année
liturgique, trois ou quatre fois l'an, une célébration
multilingue rassemble toutes les communautés : cela demande
un gros effort pour assurer la participation de chacun sans
doubler ou allonger la célébration, mais c'est
un témoignage impressionnant d'universalité, réunissant
dans une même louange et prière des chrétiens
de toutes langues et couleurs.
Tous les
premiers dimanches du mois, un repas fraternel rassemble des
convives de différentes communautés, Pour coordonner
le tout, un comité de représentants de chaque
communauté linguistique, se réunit une fois par
mois. Les bâtiments de la paroisse sont à la disposition
de toutes les communautés selon leurs besoins, un comité
intercommunautaire en assure l'organisation.
Centre
de services divers
En outre,
depuis cinq ans, un « Centre de services divers »
y est installé et accueille toute personne en difficulté,
sans distinction de foi ni de culture : cette initiative relève
de la communauté néerlandophone qui finance le
centre et ses activités : restaurant social, (3,25 euros
pour un repas complet), service de nettoyage à prix réduit.
C'est aussi grâce à ce centre que des actions interculturelles
se réalisent : fêtes de quartier, opérations
propreté.
Le Centre
vise en même temps la réintégration des
chômeurs du quartier : en ce moment, sur les 7 personnes
engagées, on compte trois Marocains, un Algérien,
deux Belges, un métis belgo-congolais marié à
une Portugaise. La paroisse, principalement par le biais de
son curé, entretient des contacts ponctuels avec les
croyants de l'Islam. En bonne relation avec certains responsables
des mosquées, le curé est parfois sollicité
pour prendre la parole à l'occasion de l'un ou l'autre
événement, (dernièrement à propos
du port du voile).
Durant le
ramadan, une délégation des communautés
chrétiennes visite les mosquées et participe à
la fête de la clôture. A la même occasion
il y a échanges de vux ; cette année la
fin du Ramadan et Noël coïncidaient. Le Royaume de
Dieu est bien plus vaste, en largeur, hauteur et profondeur
que l'Église.
Nous ne
connaissons pas les autres religions de l'intérieur,
il nous est donc impossible de juger, ni de leur valeur, ni
de l'impact de l'Esprit de Dieu à travers ces chemins
: le choix de Dieu ne fonctionne pas par exclusion, chaque personne
est l'objet d'un choix unique et comblant, telle est la richesse
de son Être, sans limite ni frontière.Nous devons
respecter cette sagesse de Dieu et la réponse de l'homme
quel qu'il soit et quelle que soit la religion qu'il pratique.
Au fond qui sommes-nous pour juger ?
A mon avis
la difficulté ne se trouve pas tant dans la différence
de la religion que dans la rencontre de l'autre tout court qui,
d'instinct, est regardé comme « étranger
». L'important du côté de l'homme est la
droiture avec laquelle il vit sa foi, selon la lumière
qu'il reçoit et son attitude envers son semblable : le
salut, c'est Dieu qui le donne, à Lui de juger du chemin
par lequel il passe. Je suis souvent frappée par les
visages paisibles et transparents de vieilles personnes musulmanes
que je rencontre sur ma route : de quelle plénitude de
vie elles témoignent !
Henriette
Joosten, Anderlecht, Belgique


A Marseille
« Espace Rencontre »
Voici déjà
plus de 3 ans que je suis à Marseille. Marseille, premier
port des bateaux reliant l'Afrique du Nord (Algérie,
Tunisie) à l'Europe. Marseille, ville cosmopolite, brassage
de couleurs, de langues, de religions, avec une majorité
de musulmans. Dans la richesse de cette diversité, je
me suis jointe à une association appelée Enfants
d'Aujourd'hui, Monde de Demain (EAMD). J'y vais deux fois par
semaine pour les mamans et deux fois pour les enfants.
Chaque trimestre,
nous nous réunissons, directeur et enseignants, pour
mettre en commun nos difficultés et nos réussites.
Ces rencontres nous permettent aussi d'initier des jeunes, filles
et garçons, qui pourraient prendre la relève dans
l'avenir. En communauté, je donne aussi ma part d'aide
à l'accueil de femmes, musulmanes surtout, qui désirent
se rencontrer, tout en faisant de la couture. J'appelle ce groupe
: « Espace Rencontre », car dans ces moments vécus
ensemble un vrai dialogue de vie peut s'instaurer au cours duquel
nous échangeons en toute sincérité et confiance
sur diverses questions concernant la vie de famille, les enfants,
et même la politique et la religion. C'est ainsi que nous
accueillons réciproquement nos différences dans
un climat de sérénité et de joie. Pour
moi, ces rencontres à Marseille sont une continuation
de la mission vécue en Algérie et Tunisie.
Au cours
de 60 ans de présence dans ces pays, j'ai été
moi-même accueillie par les enfants de l'école
où j'enseignais et par leurs parents. Je peux affirmer
que ma foi s'est enrichie à leur contact.
Giuseppina
Cavasino, Marseille


A Carcassonne:
Du quotidien vers le monde à venir
Nous avons
la chance d'habiter dans une cité où vivent de
nombreux migrants venus pour la plupart du Maghreb. D'autres
Surs Blanches nous ont précédées
depuis 25 ans. Le dialogue de vie avec nos proches voisins musulmans
nous est facilité par cette longue présence. Nous
faisons partie du quartier et nous avons bien des occasions
de rencontre :
-
En attendant le bus, simple rencontre amicale où nous
pouvons échanger sur ce qui touche la famille.
-
Rencontre des parents et des enfants revenant de l'école.
L'une de
nous donne des cours d'alphabétisation à quelques
femmes marocaines et algériennes. Elle a ainsi de merveilleux
contacts d'amitié ; elle est accueillie dans les familles
à l'occasion des fêtes et lors de la naissance
d'un enfant.
Une autre
sur anime un groupe d'enfants avec « TAPORI »,
mouvement rassemblant des enfants de nombreux pays. Cela permet
à des jeunes Maghrébins de s'ouvrir à d'autres
enfants dont la religion est différente de la leur et
de lier des liens d'amitié ou de correspondance.
Dans ce
quotidien, nous nous savons différentes, mais nous reconnaissons
que nous avons quelque chose à recevoir de l'autre. Le
but de tout dialogue dans la foi est la conversion des uns et
des autres à Dieu plus grand qui nous conduit par des
chemins divers.
Nous apprenons
à marcher ensemble dans l'harmonie ; nous reconnaissons
en toute personne différente des semences du Verbe. «
Le dialogue de vie nous permet de nous connaître et de
nous estimer, de nous respecter, et également de nous
enrichir les uns les autres. Il nous fait entrer progressivement
dans un monde fraternel et relationnel, un monde vivant à
l'image de Dieu lui-même
Ainsi, modestement, nous
commençons à vivre, dès maintenant, quelque
chose de cette vie qui connaîtra sa plénitude dans
le monde à venir. »
Voici
quelques exemples de nos rencontres :
Il y a
déjà trois ans, une voisine marocaine m'appelle
de son balcon, je ne la connaissais pas. Je monte et elle me
fait part de sa vie de souffrance. Son fils est violent, il
a déjà commis bien des actes graves ; la police
le recherche. J'écoute cette maman et une autre fois
je rencontre le fils. Quelque temps après, j'apprends
qu'il a été arrêté et qu'il est en
prison. Depuis ce jour, je rends souvent visite à cette
femme ; elle porte douloureusement le poids de l'incarcération
de son fils. Les années passent. A ce jour, il a encore
trois ans à rester sous les verrous. Je continue mes
visites d'amitié. Un jour elle m'a suggéré
de demander à la prison une 'autorisation de visite'.
J'ai préféré lui dire de proposer à
son fils la visite de l'aumônier de la prison.
Le Directeur
de l'école nous a demandé, il y a trois ans déjà,
de visiter une famille macédonienne alors nouvellement
arrivée dans le quartier. Les trois enfants aînés
sont scolarisés. C'est une famille orthodoxe. Un long
compagnonnage nous lie alors à cette famille.
Véra
et son mari Jordan sont réfugiés et sans papiers.
Que de chemin parcouru depuis qu'ils ont quitté leur
pays, il y a environ dix ans ! Ils ont vécu misérablement
en Italie et ont été soutenus par un jeune séminariste
français. Leur long chemin se poursuit maintenant en
France. Notons plusieurs étapes : Le baptême du
dernier enfant. Orthodoxes, ils voulaient que Francesco soit
baptisé à l'église orthodoxe ; il y a justement
un monastère de religieuses orthodoxes à quelques
kilomètres de Carcassonne. Mais le jeune prêtre
connu en Italie, et qui continue son soutien, a voulu qu'il
soit baptisé à l'église catholique. Cela
a eu lieu dans notre chapelle. Mais le papa, mécontent,
n'est pas venu à la cérémonie.Pour nous
il n'y avait pas de problème ; l'cuménisme
dans le cur, nous croyons que Dieu est notre Père
commun et que nous sommes tous ses enfants. Tout cela nous a
permis de nouer des liens d'amitié avec les religieuses
orthodoxes que nous voyons souvent et qui ont soutenu la famille
de Véra et Jordan. Depuis, nous allons parfois dans le
monastère pour participer aux offices qui sont si beaux.
Nous invitons souvent cette famille éprouvée à
prier Dieu ; une icône est en évidence dans leur
salle commune.
Un long
combat a commencé pour obtenir le fameux 'permis de séjour'.
Ils vivaient, comme tout réfugié, sans droit au
travail. Beaucoup de liens se sont tissés autour de cette
famille, par nous et par d'autres, au-delà de toute barrière
confessionnelle. Il s'agissait d'oser, de continuer, de contacter
les uns et les autres, d'espérer toujours. Tous les organismes
officiels ou associatifs se sont donné la main : service
des réfugiés, CIMADE, Secours Catholique, services
sociaux, la Croix Rouge, les Surs orthodoxes, le prêtre
ami, la marraine du petit dernier, nous-mêmes. Enfin,
un avocat, fidèle défenseur des opprimés,
a pris en charge le dossier quand la famille venait de recevoir
l'avis d'expulsion du territoire français dans un délai
d'un mois ! Attente, angoisse, secours des uns et des autres,
accueil de notre part, écoute, amitié, prière.
Enfin ! la lettre de la Préfecture est arrivée
donnant droit à une carte de séjour pour une année
renouvelable ainsi qu'au permis de travail.
Marie Thérèse
Grard, Carcassonne


Un groupe
cuménique où je suis très heureuse
!
A Verrières-le-Buisson,
France, un groupe cuménique existe depuis plusieurs
années. Peu après mon arrivée, en 1998,
deux surs en faisaient partie et m'y ont introduite ce
dont je suis très heureuse, en découvrant le travail
de connaissance, d'échange et d'ouverture qui s'y fait.Le
groupe comprend de 20 à 30 personnes, catholiques et
protestantes, dont un pasteur théologien de l'Église
Réformée, un père de famille, théologien
catholique, responsable de l'cuménisme dans le
diocèse d'Evry-Essonne, une théologienne catholique
qui prépare une thèse sur les mouvements charismatiques
existants, etc.
Dans notre
secteur, nous rencontrons des protestants des Églises
Réformée, Luthérienne et Baptiste et quelques
Orthodoxes. Deux fois l'an, une prière cuménique
nous réunit chez les Pères Franciscains. La Semaine
de l'Unité est marquée par des échanges
Prêtres/Pasteurs pour l'homélie, soit au Temple,
soit à l'Église catholique. Actuellement, dans
les Temples des Églises Réformée et Luthérienne,
les textes de la liturgie des dimanches sont les mêmes
que ceux de l'Église catholique, ce qui est déjà
une « communion ».
Pendant
deux ans, dans notre groupe cuménique, nous avons
travaillé avec le livre « Groupe des Dombes »,
sur Marie. Puis nous avons eu comme autres sujets d'étude
: Mort et Résurrection, Les professions de foi, Les sacrements
de Baptême et Eucharistie, La concordance entre Genèse
2 et le Cantique des Cantiques. Enfin, le Responsable du diocèse
nous a fait l'historique de l'cuménisme, en commençant
par le pourquoi des divisions.
On peut
se rendre compte aujourd'hui du chemin parcouru : les pas se
font lentement mais sûrement, ce qui permet une grande
espérance. La signature à Augsbourg de l'accord
« Justification et Foi » nous a rapprochés
des Luthériens. Une prière cuménique
d'action de grâce a eu lieu à cette occasion à
Notre-Dame de Paris, présidée par le Cardinal
Lustiger, l'Evêque luthérien de l'Ile-de-France
et de nombreux prêtres et pasteurs.C'est dans l'action
de grâce que nous continuons la Route ensemble en réponse
à la prière de Jésus : « Père,
qu'ils soient un, comme nous sommes un. »
Sur
Marie-Suzanne, Verrières-le-Buisson


En Suisse
:un chemin d'ouverture
Pendant
les cinq derniers siècles environ, la Suisse a dû
être très attentive à mettre fin à
des guerres cinter-chrétiennes sur son territoire. La
paix confessionnelle était sa condition de sécurité.
Il a fallu Vatican II et le Synode suisse de 72-75 pour répondre
aux défis cuméniques de façon officielle.
La route était préparée mais le chemin
sera encore long
N'ayant
pas eu de colonies, notre pays ne se sentait pas trop concerné
par l'Islam. Mais aujourd'hui, ce sont des musulmans devenus
suisses, des réfugiés, des émigrés,
des sans-papiers, qui exigent que les Suisses s'ouvrent à
cette religion. (environ 330.000 musulmans).
Nous-mêmes,
SMNDA, avons à approfondir nos connaissances et à
nous ouvrir aux nouvelles problématiques. Au niveau de
la Conférence Épiscopale Suisse un grand travail
de formation et d'information se fait. Le Père R. Deillon,
Miss. d'Afr., y est très engagé. Depuis 2 ans,
à Fribourg, il donne aux Surs de service une ouverture
aux religions non-chrétiennes. Deux surs de la
communauté participent à des réunions organisées
par des religieuses pour les « sans-papiers » dont
la plupart sont musulmans (kosovars, turcs, irakiens, etc.).
Les Surs se forment pour mieux comprendre leur mentalité.
Un membre de notre groupe d"animation alémanique
est en relation avec une famille musulmane réfugiée
qui a perdu un enfant en Suisse. Pour aider la maman dépressive,
des personnes ont décidé d'inviter les grands-parents
à venir passer quelques semaines en Suisse. Un couple
leur offre un soutien financier. En famille aussi il y a des
ouvertures. Dans la famille de mon frère paysan, j'ai
admiré le respect mutuel entre ces chrétiens et
leur employé musulman. A table, je vois qu'Ibrahim reçoit
son plat, sans la viande de porc. A une cérémonie
chrétienne funèbre d'un voisin, Ibrahim est là.
Depuis environ 15 ans, à La Marsa, une douzaine d 'Européennes,
épouses de musulmans, sont fidèles à approfondir
leur foi et leur façon de vivre en famille la relation
islamo-chrétienne. Au départ de Sr. Marie-Léonie,
c'est un Père Blanc qui l'a remplacée comme animateur
du groupe. (Voir article dans ce numéro)
Une ancienne
élève tunisienne, mariée à Abu-Dhabi,
envoie depuis quelques années lettres et photos en disant
à Sur Marie-Léonie : « Vous resterez
toujours Ma sur. »
MarieLéonie
Pittet, Fribourg(autrefois de La Marsa, Tunisie)
PARTAGE-TRENTAPRILE
EST PUBLIÉ 5 FOIS PAR AN PAR LES SURS MISSIONNAIRES
DE NOTRE-DAME D'AFRIQUE
15 VIALE TRENTA APRILE - 00153 ROMA - ITALIE
Editrice: Begoña Iñarra
Traductions: Claire Bélanger, Catherine MacDonnell,
Jacqueline Rondeau, Carmen Sammut
Mise en page à l'ordinateur, impression: Marie-Vincente
Brouca -
Expédition: Odile des Roches


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