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V

Partage Trenta Aprile

N° 4/2007

Septembre 2007

Etre ouverte à la différence

 

Sommaire

Editorial: Lucie Pruvost  
  
" OUVERTURE A LA DIFFERENCE "

A Marseille, Afrique et Europe cohabitent : La communauté de Marseille
Migrants de diverses religions et cultures au Canada : Pierrette Pelletier
Interculturalité et rencontre interreligieuse en maison de repos : Les sœurs d'Evere
Pluralisme religieux en milieu carcéral : Jeanne Gillerot
Rencontres en milieu migrant : La communauté de Málaga

La vie se partage

Au revoir à Claire, notre aînée ! Madeleine Bédard
La Mauritanie, nouvelle route pour les flux migratoires : Mia Dombrecht
" Comme je vous ai aimés" : Emérite Kiloba
Le troisième an plante sa tente au Villino : Kordula, Agathe, Annemie et Cécile

Promenade à travers les archives

Evolution de nos structures de gouvernement : Lucie Pruvost

Savez-vous que ?

Présence musulmane en Italie (L. P.)
Le centenaire de l'arrivée des SMNDA au Kenya (L. P.)     
L'esprit d'Assise (La Croix -Internet)

Rappel d'un événement historique
Mise en route du programme Lavigerie

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Editorial

      Etre ouvertes à la différence, cela ne fait-il pas partie de notre identité même, du charisme de la congrégation aujourd'hui si largement " intercontinentale " ? C'est en communautés inter-nationales que nous sommes envoyées en Afrique et à ses diverses cultures et religions. Mais du fait des changements du monde, cet aspect de nos envois se vit aussi en Euramérique, du fait de ce que les spécialistes nomment " flux migratoires ". Ils appliquent ainsi aux grands déplacements de populations en recherche d'une vie meilleure, un vocabulaire autrefois réservé aux oiseaux " migrateurs " s'envolant de façon saisonnière vers d'autres climats. Ce numéro de Partage  s'efforce de voir la question sous l'angle de femmes, d'hommes, de familles entières " migrant " du Sud vers le Nord.

      Comment, en Euramérique, les SMNDA s'efforcent-elles de prendre en compte les identités culturelles et religieuses de toutes ces personnes à l'accueil desquelles elles participent ? Et puis ces personnes en recherche d'un ailleurs, généralement plus imaginaire que réel, ne font-elles pas souvent partie des pauvres et des démunis auxquelles les Objectifs de la campagne du millénaire nous appellent à être attentives ? Au début de cette année, le Conseil général nous appelait à adhérer à ces objectifs si importants pour l'Afrique et qui, pour l'essentiel, correspondent bien aux orientations apostoliques précisées par le chapitre de 2005 (A.C. 2005, p. 53). Il faut préciser aussi que ces apports complètent bien ceux des sœurs et des communautés d'Afrique, objet du n° 2 d'avril, " A la rencontre des religions ".

      C'est ainsi que vous pourrez retrouver ici les témoignages de plusieurs de nos communautés ou sœurs d'Europe (France, Espagne et Belgique) et de la CUM (Canada). Ce qui se vit dans une optique analogue en Mauritanie, nouveau chemin de ces passages, est bien expliqué dans la contribution d'une sœur de Nouakchott qui, dans " La vie se partage " rend compte d'une conférence donnée par un " migrant ", qui, lui, a bien réussi son insertion en Europe.

      Les autres contributions ne sont pas directement centrées sur ce thème. Mais elles sont aussi intéressantes. Dans " La vie se partage ", nous disons au revoir à Claire Bélanger, solide pilier de la Maison généralice. Nous pouvons aussi découvrir une jolie aventure vécue, en Mauritanie, avec des enfants musulmans. Ou encore découvrir comment le troisième an francophone, réuni au Villino, du 1er avril au 28 juin dernier, itinérant lui aussi, comme vous pourrez le constater.

      Une diversité analogue apparaît dans les " Savez-vous que ? " où le thème global du numéro se retrouve avec un rappel de ce l'on a pu appeler " L'esprit d'Assise " et quelques données sur la " Présence musulmane en Italie ". Mais n'oublions pas pour autant la célébration du " Centenaire de l'arrivée des SMNDA au Kenya ", traité rapidement avant de l'être d'une manière plus développée dans le n° 5 à venir. Quant à la " Promenade à travers les archives ", elle nous permet en un tableau aussi clair que possible, de faire un petit tour dans l'évolution de nos structures de gouvernement depuis 1882.

      Diverses Communications vous permettront de faire le point sur ce qui se prévoit pour les mois à venir. Sans oublier bien sûr, l'évocation de nos sœurs et des MAfr. " Entrés dans la vie " depuis le Partage de juin dernier.

      Vous recevrez ce numéro de notre bulletin de congrégation au moment des diverses rentrées, après peut-être des vacances brèves ou prolongées, qui redonnent du tonus aussi bien physiquement que spirituellement... Et bonne lecture !

Lucie Pruvost

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A Marseille, Afrique et Europe cohabitent

Diversité religieuse

     D’après un récent sondage IFOP, la population française compterait 64 % de catholiques, 2,1 % de protestants, 0, 6 % de juifs, 3 % de musulmans et 27 % sans religion. En fait, selon d’autres statistiques, le pourcentage de catholiques serait moindre et celui des musulmans plus élevé. Partout cependant, l’incroyance est le problème majeur d’une société en perte de repères. Quant à la ville de Marseille, avec ses 800.000 habitants, elle se situe dans les proportions les plus fortes pour les personnes sans religion et pour les musulmans dont la visibilité ne cesse d’aug­menter à travers le port du voile par les femmes, la célébration des fêtes et les affiches. C’est à Marseille que l’on trouve le plus grand mélange de populations : on y dénombre environ 54.000 étrangers dont 60 % sont originaires du Maghreb. C’est ici aussi que l’on rencontre la plus grande pauvreté. En effet, 25 % de la population vit dans la précarité, une précarité qui est en augmentation.

Lieu d’échanges

     Le fait pour Marseille d’être un grand port ouvert sur la Méditerranée en a fait un lieu d’échanges, avec toute cette partie du monde située sur les deux rives de cette mer. Ainsi pour les échanges avec le Maghreb, on compte environ 1 million et demi de personnes qui, chaque année, se rendent au Maghreb par bateau ou par avion. Mais ce n’est pas tout. On retrouve à Marseille un échantillon de tous les pays du pourtour de la Méditerranée, Albanie, ex-Yougoslavie, Arménie, Italie, Espagne, Grèce, Malte, Crête, Chypre, Egypte, Libye, Turquie, Syrie, Liban, Israël. S’y ajoutent des Comoriens et de plus en plus d’Africains d’Afrique sub­saharienne. Ce sont souvent des « clan­destins » arrivés par l’Espagne ou l’Italie. Du fait de la configuration géographique de la ville, les grands ensembles se sont construits à la lisière des villages nichés dans les collines et qui font aussi partie de la ville. Ce sont les quartiers Nord qui abritent la plus grande proportion d’im­migrés.

     Ce contexte d’immigration, spécialement l’immigration maghrébine et subsaharienne, représente un grand défi pour l’Eglise de Marseille. Notre communauté Smnda im­plantée à Marseille depuis 1898, et depuis 1922 dans notre maison actuelle, s’y trouve tout à fait impliquée. Dès 1914, des sœurs visitaient les hôpitaux. Mais il faut mentionner la présence ardente de Sr Georgina (Suzanne Kouri, 1895-1986) célèbre dans tout Marseille pour son wagon-accueil et ses « Minous de la Belle de Mai ». C’est avec elle que la communauté s’est alors orientée vers l’accueil des immigrés, avec alphabétisation, couture, démarches… Il y a eu ensuite l’engagement dans la Cité des Olives où des Smnda ont vécu pendant 30 ans à partir de 1975, y établissant des liens avec les familles maghrébines et la communauté chrétienne en difficulté. Puis, il y eut l’engagement de Marguerite-Marie Luc, responsable de la pas­torale des migrants pour la région Provence-Côte d’Azur, de 1993 à 2004, qui lui permit de mesurer la précarité croissante des migrants de toutes origines. Certains d’entre eux, contraints de retourner dans leur pays, n’hésitent pas à se jeter des bateaux qui les y remmènent. Des Kurdes vont même jusqu’à occuper une église en menaçant de se faire mourir par le feu.

Clandestins et « sans papiers »

     En 2006-2007, la question des « clandestins » est à l’ordre du jour. En effet, avec leurs familles, certains enfants scolarisés se voient menacés d’ex­pulsion et de renvoi vers leur pays d’origine. Un suicide survenu au Centre de rétention du Canet dit bien la tension causée par ces renvois « musclés » au pays d’origine. Au cours de l’an­née, une centaine d’immigrants clandestins ont occupé le Centre diocésain du Mistral… Plu­sieurs rencontres ont été organisées pour trouver des solutions et encourager. Les catho­liques se sont joints aux protestants et orthodoxes pour une action commune dans le cadre de la Cimade, du CCFD, du Réseau « Education sans frontières » et du Secours Catholique. Des manifestations de soutien, des parrainages ont eu lieu pour l’obtention de régularisations en début d’année scolaire. Des comités de réflexion ont été mis en place sur l’ouverture des frontières, l’ouverture des paroisses à l’accueil des étrangers. Sept d’entre nous y ont participé.

     A tout cela s’ajoute un nouveau défi, celui des « sans-papiers », face aux options récentes du pays. La campagne pour l’élection du Président de la République a été aussi un lieu d’engagement pour plusieurs d’entre nous. Il fallait en effet sensibiliser les candidats en préparant un dossier sur l’immigration et leur demander, entre autres, une politique d’immigration respectueuse du droit des migrants.

Une dizaine d’organisations chrétiennes s’y sont impliquées, avec un slogan : « Etat d’urgence planétaire : votons pour une France solidaire ». On peut citer entre autres le Comité catholique contre la faim et pour le déve­loppement (CCFD), où Marie-Claude Berrod est engagée, la Cimade, le Secours catholique.

Engagements, action concertée

     Dans notre communauté, plusieurs autres sont également engagées dans ce type de démarches et de rencontres aussi bien avec des musulmans qu’avec d’autres types d’immigrés en difficulté. Ainsi Lucette Guy accompagne une femme heureusement en voie de régularisation… mais que de démarches ! De son côté, Paulette Marionneau accueille plusieurs femmes le jeudi pour de la couture, rencontres qui sont surtout lieu de parole et de partage des difficultés. Le fanatisme semble parfois ressurgir, alors qu’ailleurs naît un esprit de dialogue. Paulette est aussi en lien avec une famille kurde immigrée clandestine. A la « Belle de Mai », quartier de Marseille, Adèle Deloute assure le soutien scolaire, et Danielle Follain a un groupe d’alphabétisation pour femmes. Danielle a préparé à la confirmation une jeune femme camerounaise. Germaine Feuillat et Adèle assurent des permanences pour les sidéens, parmi lesquels se trouvent des « gens d’ailleurs ».

     Du côté de l’Eglise, nous sommes invitées à la réflexion théologique et à une action con­certée par le Centre diocésain du Mistral, en lien étroit avec l’Institut supérieur de théologie des religions et l’Institut catholique de la Méditerranée. Il y a aussi le groupe « Tibhirine ». La municipalité n’est pas en reste. En 1990, et avec l’appui des religions, le maire de la ville a lancé « Marseille Espérance » qui se veut porteuse de paix et de fraternité et dont le but est de favoriser un climat de dialogue. Mentionnons encore « Radio-Dialogue », radio œcuménique dont un Missionnaire d’Afrique est l’un des responsables.

     Ainsi, nous sentons bien que la Mission est aussi à Marseille, une mission dans laquelle chacune s’engage à la mesure de ses forces et que nous portons avec force dans la prière.
Nous recevons de ces contacts une sensibilisation au drame de beaucoup de migrants et nous découvrons leur courage dans une vie difficile, en même temps que beaucoup de gestes d’amitié. C’est pour nous une ouverture, une solidarité. Nos liens privilégiés avec les musulmans, surtout les femmes, qui s’expliquent par le fait que plus de la moitié d’entre nous ont longtemps vécu au Maghreb, nous aident à mettre l’accent sur la vie-avec, l’accueil, toujours communautaire.

Contacts porteurs d’appels

     Ces contacts sont aussi porteurs d’appels divers. Déjà avec les musulmans rencontrés, nous sommes appelées à les aider à trouver des repères personnalisés dans une société où l’islam a perdu sa dimension sociologique. Ces appels s’adressent aussi à notre propre foi qu’il s’agit de creuser, d’oser exprimer pour aider nos concitoyens, nos frères et sœurs dans la foi, à avoir une attitude d’ouverture. Appel aussi à relativiser nos petites difficultés, à admirer le courage, la foi de nos frères et sœurs étrangers, à lutter avec eux à la mesure de nos petits moyens. Nous-mêmes avons un grand travail de compréhension à faire pour nous situer comme chrétiennes dans cet univers marseillais, avec sa population marquée par la non-foi, la crainte de l’autre différent, qui engendre fanatisme et agressivité en ceux qui se sentent en minorité, une peur dont nous aussi nous avons à nous libérer. Mais toutes nos rencontres en Eglise et en associations non-confessionnelles nous font expérimenter une autre manière de vivre comme frères et sœurs, une nouvelle expérience d’Eglise déjà goûtée en Afrique. Il nous faut dépasser le stade de la compassion, comprendre les enjeux d’aujourd’hui et reconnaître l’Esprit à l’œuvre en eux, en nous et dans l’Histoire. Disons pour conclure que notre participation à la lutte au quotidien pour soutenir les exclus de la vie française nous fait rencontrer Jésus souffrant, Jésus vainqueur, Jésus solidaire.

La communauté de Marseille

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Migrants de diverses religions et cultures au Canada

« Le clair de lune pénètre dans la pièce à la mesure de l’ouverture,
même si sa lumière se répand partout de l’Orient à l’Occident ».
(Rumi, poète, mystique persan, 13ème s.)

Paysage religieux

     Congrégation née en Algérie musulmane, alors colonie française, comment ne serions-nous pas sensibles aux peuples musulmans arrivés dans notre pays pour y chercher la paix et une vie meilleure ? Ici, au Canada, plusieurs Smnda entretiennent des amitiés avec des familles musulmanes depuis des années. D’autres ont entrepris systématiquement des formes de dialogue entre croyants et croyantes.

     Au Québec, quel paysage religieux ? Sur une population de 8 millions d’habitants se trouvent 5,9 millions catholiques, 400 000 sans religion, 300 000 protestants, 108 000 musul­mans, 90 000 juifs, 90 000 orthodoxes, 41 000 bouddhistes, 24 000 hindous, 29 000 témoins de Jéhovah. Dans l’ensemble du Canada, la popu­lation musulmane est jeune et n’a pas de racines historiques comme les catholiques, les protestants ou les juifs. L’immigration de ressor­tissants de pays musulmans connaît, depuis une vingtaine d’an­nées, une progression remar­qua­ble. On évalue son taux de croissance à 158%. Les villes de con­cen­tration sont Toronto (Ontario), Vancouver (BC) et Montréal (Québec). « Un des grands problèmes des dirigeants musulmans, écrit un musulman, Baha Abu-Laban, c’est de fondre en un tout cohérent les diverses nationalités et groupes lin­guis­tiques qui composent la communauté musul­mane du Canada. »

Intégrisme politico-religieux et réactions
     La découverte de l’intégrisme politico-reli­gieux étonne Mme Fatima Houda-Pépin, ve­nue du Maroc il y a 35 ans et maintenant députée à l’Assemblée Nationale du Québec. Elle découvre « des cercles d’endoctrinement où les femmes sont voilées même entre elles et à l’intérieur de leurs propres maisons. Des imams formés à une école de pensée rigoriste propagent un islamisme radical visant à isoler les musulmans de leur société d’accueil… messages appelant au jihâd, à la haine des infidèles… et des démocrates occidentaux ». Elle se dit choquée de « l’indifférence des pouvoirs publics, due à un déficit de connaissance de l’islam pendant que les islamistes imposent leur vision. »

     D’ailleurs, nous constatons depuis peu une montée de la peur face à des minorités qui, au nom de la Charte canadienne des droits et libertés, réclament des exemptions à propos du voile, des lieux de prière à l’école et même à la cabane à sucre ! Ils ont obtenu des « accom­modements raisonnables », qui effraient le simple citoyen et exacerbent la patience d’une société québécoise récemment laïcisée. Fort à propos, l’Assemblée des évêques catholiques du Qué­bec a publié une brochure : Le dialogue inter­religieux dans un Québec pluraliste.

Identité musulmane au Canada

     À Ottawa, capitale fédérale et ville des ambassades, Cécile Bisson, a été invitée par une camarade des Artisanes de la Paix, Kadija Haffajee, pour suivre en mai une importante Con­vention annuelle dont l’Islamic Society of North America a pris l’initiative. Plus de 2000 musulmans s’y retrouvent pour réfléchir sur l’identité musulmane au sein du Canada, une identité à la fois pleinement musulmane et pleinement canadienne. On y retrouve de pres­tigieux conférenciers, comme Tariq Rama­dan, Muneer Farid, Ingrid Mattson, Salah Basalamah et trente autres venus de divers pays. A la demande de la Conférence Reli­gieuse Cana­dienne (CRC) et en lien avec le JPIC franco-ontarien, Cécile prépare pour l’automne, une rencontre-information sur l’islam.

Nos sœurs sensibilisées et engagées

Dans la ville de Québec, travaillant dans un centre d’accueil d’immigrés, Edith Potvin, de Charlesbourg, visite plusieurs familles musul­manes. Nos sœurs de Québec sont sensibilisées à la présence des musulmans. Elles constatent qu’Amina, dame marocaine, embauchée comme préposée à Sillery, est toujours dé­vouée envers nos sœurs de Beauport. A la ba­silique, une conférence de carême « Jésus nous a-t-il demandé d'évangéliser aussi les musulmans ? » a déclenché plusieurs réactions de la com­munauté musul­mane, qui fait du pro­sélytisme dans les écoles jusque dans le Bas-Saint-Laurent. Pour sa part, Léonie Goulet, donne son témoignage aux groupes qui le lui demandent; il lui arrive aussi de participer à des émissions radiophoniques. Jeannine Gro­leau assure des cours de français à des émigrés musulmans depuis des années.

Temples et traditions

     A Montréal, si la première mosquée est apparue en 1965, on peut aujourd’hui en dé­nombrer une cinquantaine de diverses im­portances. Les temples sikhs aux ma­gnifiques dômes dorés ne peuvent plus se cacher, pas plus que les temples bouddhistes et hindous ; cependant, les bibliothèques bahaïes restent dis­crètes Les traditions des Premières Nations (Amérindiens) ne sont plus rejetées comme superstitions mais recherchées au nom d’une spiritualité écohumaniste. On appelle les Amé­rindiens, les Gardiens de la Terre.

Témoignages
     Cécilia Bergeron raconte : « Thérèse  St-Jean et moi, nous nous sentons liées avec les Algériens
qui sont de plus en plus nombreux à Montréal. Nous disons avec Mgr Claverie : ‘Nous avons noué avec les Algériens des relations que rien ne pourra détruire, pas même la mort. Nous sommes en cela lesdisciples de Jésus-Christ.’

 Je continue le dialogue du cœur et de la vie comme je le faisais en Algérie. Le fait que j’y sois restée 46 ans et que je connaisse la langue, facilite nos relations. Avec certains, les liens sont plus intimes, et nous nous retrouvons autour d’une tasse de café ou d’un couscous où l’amitié se resserre. Nous partageons les mêmes craintes pour celles et ceux que nous avons laissés dans la tourmente. Les premiers temps sont difficiles. Je suis souvent un lien entre les familles, un soutien et une aide pour ceux et celles qui arrivent ou qui sont dans la peine, une confidente. En général, ils s’adaptent bien. Ils sont courageux et ne craignent pas de se remettre aux études, s’ils ne trouvent pas de travail. Je connais plusieurs femmes médecins qui ont fini par faire des études d’in­firmières. Parmi les nouveaux arrivés, je remarque qu’il y a davantage de couples avec de jeunes enfants. Il y a aussi ceux et celles qui ont connu les Smnda en Algérie. La communauté algérienne est dynamique et active. Des associations organisent des fêtes communautaires, des con­férences. Ils parti­cipent aux événements du pays d’accueil… »

     Au lendemain d’une soirée sur la culture algérienne, Cécilia a reçu ce message du conférencier :
Chère Nana Cécilia,
Sachez que c’est moi qui vous remercie de m’avoir honoré de votre présence. J’ai été heureux et ému de trouver en vous autant de douceur et d’amour pour ma Kabylie natale et son peuple auprès desquels vous avez vécu si longtemps, pour en mériter en retour la gratitude et l’affection. Et, bien que l’amour que prodigue Notre Seigneur n’attende pas de contrepartie, mes pensées, celles de mes amis et certainement de toute la communauté kabyle recon­naissante, vont souvent vers vous comme à une sœur ou à une grand’mère, gardienne de cette âme berbère, si longtemps incomprise.

Groupes de dialogue

     Mathilde Roy a débuté au Centre canadien d’œcuménisme en 1992. Elle est toujours au YWCA (Association des Jeunes Femmes Cana­diennes). En 1995, elle a commencé avec huit musulmanes et huit chrétiennes, un groupe de dialogue islamo-chrétien, qui s’est réuni sept ans et a vécu une belle expérience humaine et spirituelle ; l’amitié dure toujours malgré la dispersion des membres. Mathilde a été deux fois la répondante chrétienne, pour donner son témoignage à côté de la mu­sulmane, lors de panels, radiodiffusés à propos de Féminismes et Inter-spiritualités, tenus aux Universités de Montréal et McGill, à Radio-Ville-Marie, puis lors de congrès.

     Thérèse Gravel et moi, Pierrette Pelletier, nous nous sommes engagées, il y a trois ans, dans des rencontres mensuelles chez les MAfr, où se retrouvent chrétiens et musulmans, et nous y avons vécu de grandes joies. Puis, avec Jacqueline David, j’ai créé InterFoi qui se réunit dans Cartierville. Le sché­ma est le même : deux heures de rencontre cou­pées par une pause-rafraîchissement. Le thème prévu est exposé par le côté chrétien et le côté musulman puis, au tour de table, chaque parti­cipant et participante peut prendre la pa­role. Prière, recueillement, silence. Le relevé de chaque rencontre constitue un précieux témoi­gnage. Les musulmans sont de diverses allégeances.

     Les soufis attirent les Québécois à cause de leur douceur et de leur joie. Ali m’écrivait : Le partage est la chose la plus importante. Si le monde suivait l’exemple de notre groupe, je pense que le Bon Dieu serait content des êtres humains !

Pierrette Pelletier, Montréal – Cartierville
(consulter site : www.interreligion.com
)

 

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Interculturalité et rencontre interreligieuse en maison de repos

     Une communauté insérée dans une maison de repos et de soins peut-elle prétendre encore participer au témoignage Smnda dans le domaine de l’interculturalité, de l’interreligieux ? Pour­quoi pas ? N’était-ce pas justement le thème de notre rapport annuel 2005-2006 : « Bâtir et célébrer notre communion pour la Mission ici à Evere, dans le contexte multiculturel qui est le nôtre » ?

Contexte multiculturel
     En effet, Evere, petite commune au nord-est de la Région Bruxelles-Capitale, compte 32.718 habitants dont 60,7 % ont entre 20 et 64 ans. Le territoire compte une vingtaine de nationalités, soit 16% de la population d’Evere. Les personnes d’origine belge représentent 83% de la population totale. Puis viennent les Italiens, Marocains, Français, Congolais, Espagnols, Portugais, Turcs, Polonais, Grecs etc.

Personnel et résidents

     Dans notre maison de
repos et de soins, bi­lingue (français et néer­landais), alors que les membres de la direction sont d’origine belge, il n’en va pas de même du personnel proche de nous (soins, cuisine, entretien de la maison). Près de 40% d’entre eux sont d’origine étran­gère. Ils viennent d’Afrique du Nord, de la ré­gion sub-saharienne, d’Italie, d’Espagne, d’E­gypte, d’ex-Yougoslavie. Nous apprécions ce plu­ralisme culturel dans lequel nous bai­gnons.

     Avec le personnel et les résidents, nous formons une grande famille. Nous nous re­trouvons aux repas, participons aux fêtes interculturelles, aux détentes, aux sorties, en nous entraidant. Sur le plan religieux, nous partageons l’Eucharistie avec certains. En fait, si les ressortissants d’Europe ont en majorité des racines chrétiennes, il leur arrive de pratiquer leur foi de façon bien originale. Il y a les catho­liques pratiquants, ceux qui sont indifférents, des orthodoxes, des témoins de Jéhovah... Les personnes originaires d’Afrique Centrale vivent en général un christianisme fervent. Les ressortissants d’Afrique du Nord pratiquent la foi musulmane.

Rencontre au quotidien

     En tant que SMNDA, nous avons des relations cordiales. Souvent, nous connaissons les coutumes des pays d’origine de ceux qui nous entourent. L’année est ponctuée par les fêtes chrétiennes, mais nous tâchons de montrer notre intérêt pour les fêtes musulmanes; une naissance est l'occasion d’un petit cadeau, les anniversaires sont fêtés par tous. Nous vivons donc la rencontre avec d’autres religions au quotidien. Il n'est pas rare, à l’occasion d'une émission de télé ou d’un film, que l’un ou l’autre explique sa façon de pratiquer sa foi, (prière musulmane, ramadan, carême, messe...) Il y a un intérêt et un respect mutuel. Ce n’est pas par des paroles, mais par la vie toute simple de chaque jour que nous pouvons être ouvertes à d’autres façons de rencontrer Dieu, que nous pouvons respecter des cheminements différents, tout en vivant dans la joie la foi qui est la nôtre.

Joie de… soif de…
     Que recevons-nous de ces contacts ? La joie de se connaître mieux, de vivre certaines amitiés, d'apprécier les services reçus et, à l’occasion, donnés, de découvrir tant de personnalités différentes, de constater le sérieux de la foi musulmane chez certains, de voir de près le dévouement des mères de familles, travaillant pour leur foyer, l’ardeur au travail de certaines, toujours dans la bonne humeur.

     Pour nous, Smnda, il reste la soif de pouvoir se rencontrer à un niveau plus profond. Dans notre maison, le temps est mesuré pour le personnel, le travail est primordial. Mais nous constatons que notre présence en communauté missionnaire, aussi bien la communauté des Missionnaires d’Afrique que la nôtre, a un impact non-négligeable dans notre maison.

Les sœurs d’Evere, Belgique

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Pluralisme religieux en milieu carcéral

     C’est à Bruxelles que je vis le pluralisme religieux à travers ma présence dans les prisons d’hommes et de femmes. Actuellement, je suis membre-visiteur de la Commission de réinsertion sociale.

Microcosme politique et religieux
     Parmi les hommes, il y a de plus en plus d’Africains venant en priorité soit d’Afrique Centrale, soit du Maroc. Ces derniers appar­tiennent en général à la génération qui a répon­du à l’appel de travailleurs, lancé par l’Etat belge il y a trente ans. Les Africains d’Afrique Centrale viennent surtout du Congo, du Rwanda et du Burundi, à moins qu’ils ne soient nés en Belgique. Ils s’inscrivent, soit comme chrétiens, soit comme musulmans pour la plupart. La prison dans son ensemble est un microcosme politique et religieux. On y rencontre des juifs, des bouddhistes, plus rarement des orthodoxes, des protestants, des catholiques, des gens de partout. Très peu se disent sans religion ou non-croyants. Chaque semaine, il y a culte catholique, protestant ou musulman. Les aumôneries, catholique et pro­tes­tante, visitent régulièrement les détenus. Selon leurs origines, leurs croyances, certains vivent discrètement leur foi : animisme, vaudou, sectes… Les excès ne sont pas acceptés.

Mes contacts
Personnellement, j’ai des contacts avec des membres d’autres cultes et aussi avec la « laïcité ». Ecoute, service, accompagnement, appel à des responsables d’autres religions n’ayant pas d’aumônerie à la prison (orthodoxes, bouddhistes, juifs), mais aussi relations avec les familles, avec par­fois un accompagnement des personnes après leur libération.

     Tout un réseau de services, de fraternité, d’entraide se tisse entre les membres de la Com­mission de défense sociale, tous volontaires, hommes et fem­mes de tous âges. A travers ren­contres et visites, je vois aussi le personnel des pri­sons, de justice, ainsi que les familles, sans tenir compte de leur foi.

La force de sa grâce
     Dans ce milieu, je vis la présence de Dieu, la foi en son œuvre. Je sens cette présence dans ma vie, dans celle des détenus et des personnes qui viennent vers eux… « Ta Main me conduit. » J’ai foi en la force de sa grâce. Il arrive, surtout chez les femmes détenues, qu’elles demandent d’elles-mêmes que l’on prie avec elles ou qu’on leur réapprenne à prier. Au point de vue relationnel, ce qui est important, c’est l’estime réciproque, le soutien mutuel et l’entraide.

     Dans ce milieu carcéral, j’espère apporter à tout autre une relation cordiale, un témoignage de vie, un service. Et aux détenus hommes et femmes, un soutien moral et spirituel, parfois une aide dans la recherche d’un chemin de vie, une relecture personnelle de leur vie, un réveil de la foi… Sentir que revivre est possible, que chacun est aimé de Dieu. Et encore un soutien aux familles.

Ce que je découvre
     Cet apostolat m’ouvre au respect pour toute culture que j’apprends à connaître en fréquentant ces différents milieux et états de vie. Je découvre aussi l’esprit de service, d’entraide parmi les visiteurs et visiteuses ; tout un monde qui se dévoue au service de ceux qui, trop souvent, sont rejetés, méprisés. Voilà qui me remplit d’émerveillement devant l’œuvre de Dieu dans le cœur de tous, hommes et femmes quels qu’ils soient, devant la confiance réciproque, le besoin et le désir de Dieu.

Jeanne Gillerot, Uccle-Accueil (Belgique)

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Rencontres en milieu migrant

     L`objectif de notre communauté de Málaga a toujours été d’être présente à l`immigration. Aujourd’hui, le phénomène s’accentue, comme le rapporte Pilar Hernández qui, depuis 9 ans, travaille dans la commission d’immigration de la Caritas. De plus, les personnes que nous rencontrons, aussi bien dans la vie quotidienne que dans nos lieux de travail, arrivent de partout. Elles sont donc de toutes origines nationales et se réclament de diverses religions.

Nos rencontres
     Sur le plan religieux, nous participons à diverses rencontres interreligieuses dont certaines sont ponctuelles ; ainsi, pendant la Semaine de l’Unité, avec des protestants, l’Eglise Evangélique, des an­gli­cans et des orthodoxes. A l’occasion, nous allons dans un Centre interreligieux, le « Centre Malaïka ». C’est là que nous pouvons entrer en contact avec des bouddhistes, des juifs, des bahaïs et des orthodoxes. Nous avons aussi participé au 2ème Congrès interreligieux pour la Paix, qui a eu lieu ici à Málaga et où un très grand nombre de confessions religieuses était représentées.

Communauté est ouverte à tous
Dans aucun cas, nous n’a­vons senti des malentendus ou des préjugés de part ou d’autre dans ces rencontres ou relations. Il faut dire que notre communauté est ouverte à tous. Souvent, nous avons des visites de musulmans qui se trouvent très à l’aise. Nous sentons qu’ils trouvent chez nous grande sécurité, compréhension et affection inconditionnelle, en tout cas grande confiance. A notre tour, nous allons chez eux. A aucun moment, ils pensent que nous voulons les attirer à notre religion.

Chacune dans son service
     Il y a aussi les rencontres de chacune dans son service particulier. Ainsi, dans son école, Adoración Bolivar rencontre de plus en plus d’élèves appartenant à des familles venant de tous les pays. On peut y compter vingt nationalités différentes. Adoración a de bonnes relations avec les élèves musulmans. A l’oc­casion des fêtes, elle est invitée à partager le repas avec des familles du Maroc et d’Algérie. Elle a aussi lié amitié avec le professeur d’islam attitré de l’école.

     Quant à Matilde Fernández, depuis son arrivée en 1998, c’est dans ce but qu’elle arrive à mieux s’intégrer dans notre société ; elle leur donne des cours d’espagnol. Teresa Pascual, elle aussi, a donné des cours de langue.
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Plus tard, elle est allée à « Pozos Dulces », maison d`accueil où l’on trouve des étrangers. Actuellement, c`est Dolores Cuadrado (Lola) qui s’y est engagée.

A la Caritas
     Pilar Hernández nous explique son travail à la Caritas. Dans son service s’est établie « une offre et une demande », une sorte de bourse du travail. D’un côté, les familles ou les personnes qui ont besoin d`aide, - femmes de maison, etc. - et de l’autre les migrants qui, à leur tour, ont besoin de travailler pour avoir un salaire leur permettant de vivre. Au début, la plupart ve­naient d`Europe de l’Est : Ukrainiennes, Russes, Roumaines. Puis, il y a eu des Marocaines, des Sud-Américaines et des Africaines. Actuel­lement, le plus grand nombre vient du Para­guay et de la Bolivie.

     Le travail est très organisé. Chaque membre de l’équipe a son rôle ; ainsi tout marche bien. On commence par l’accueil. Puis on essaie d’établir un rendez-vous entre les deux parties intéressées, soit directement, soit par téléphone. L`interview directe est plus positive ; la famille ou l’un de ses membres, vient au Centre, et là se fait la rencontre avec la personne qui convient le mieux pour tel ou tel travail. En général, cela fonctionne à merveille, surtout quand les deux parties arrivent à se mettre d’accord. Grâce à Dieu, jusque là, nous n’avons eu de problème à
aucun ni­veau, ni avec la police, ni avec la  jus­tice, etc. Les immigrants sont satisfaits du service, et la popu­lation nous en est très re-
con­nais­sante. Nous avons fait des cen­taines de placements. Une question demeure, celle d’obtenir un juste salaire... Il faut encore travailler là-dessus. Aujourd’hui, ce qui avait com­mencé à notre petit niveau, est en train de devenir un très im­portant centre d’in­formation pour le diocèse, une sorte d’autorité, une source de renseignements pour tous.

     Une autre source importante de l’im­migration nous vient par le biais de la vocation religieuse, surtout contemplative... En effet, dans le cas où ces religieuses quittent leur Congrégation, il faut arriver à leur trouver du travail et les aider à cheminer.

     En communauté, le dialogue et l’accueil fraternel et chaleureux sur lesquels nous sommes toutes d’accord, facilitent la con­naissance des uns et des autres. Cela nous permet aussi de nous sentir toutes con­cernées.

La communauté de Málaga, Spain

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La vie se partage

Au revoir à Claire, notre aînée !

     L’aînée de notre communauté, Claire Bélanger, nous quittera le 12 septembre prochain. Elle continuera sa mission au Canada, son pays d’origine. Un départ qui nous touche ! Son dernier terme à la Maison généralice a duré 18 ans : 4 ans à Frascati (sans compter ses années antérieures, comme secrétaire générale) et 14 ans à Rome. Quel enracinement ! La mission du Christ au cœur même de notre Congrégation !

     Parler de Claire, c’est parler d’une présence attentive et discrète et d’un dévouement ex­ceptionnel. Claire : jamais fatiguée, toujours empressée pour donner un coup de main et assurer sa large part d’accueil dans la maison. Ses nombreux petits et grands services : une qualité d’être en elle, un vrai sacrement de la présence de Dieu parmi nous !

     Rappelons quelques-unes de ses responsabilités assumées ici. Ses capacités éprouvées et sa longue expérience de secrétaire générale, puis de secrétaire particulière de la supérieure générale (Marie McDonald) sont des atouts qui ont fait d’elle une aide précieuse et une conseillère avisée au niveau du secrétariat. Connaissant les archives comme le fond de sa poche, Claire a bien initié notre sœur archiviste, Hildegunde Schmidt, et collaboré avec elle. Avec diligence et efficacité, elle a répondu aux besoins du Conseil général en ce domaine. Elle s’est engagée dans la traduction et a assuré le lien avec d’autres personnes pour ce service. Elle a aussi collaboré dans la rédaction des nécrologes.

     Gardienne de notre histoire, Claire a su retenir tous les événements de notre quotidien et rédiger le diaire de la communauté de manière très intéressante. Elle nous a transmis son appréciation profonde de notre patrimoine historique : un trésor qui nous est confié. Aussi, que de fois ne nous a-t-elle pas mises en contact avec le vécu de notre Con­grégation, avec nos racines !

     Le départ de Claire est l’occasion pour nous de recueillir le message que le Seigneur nous dit par elle. Nous pouvons nous enrichir aussi du témoignage de don de soi qu’elle nous laisse. Un message d’espérance pour nous qui restons ici et pour les plus jeunes d’ailleurs !

     Il nous reste à lui rendre un vibrant hommage et à rendre grâce au Seigneur pour sa foi devant le détachement qui lui a permis de préparer son départ avec sérénité.

Madeleine Bédard

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La Mauritanie, une route pour les flux migratoires

      Courant mai 2007, les sœurs de Nouakchott ont assisté à une conférence donnée au Centre culturel français de la ville par un géographe, professeur à l'université d'Aix-en-Provence, M. Ben Ali Saad, sur les flux migratoires transsahariens vers le Maghreb et l'Europe. Mia Dombrecht en propose un résumé.

      Alors que jusqu'à présent les migrations du Sud vers le Nord passaient par la Libye et l'Algérie, voilà que, brusquement, une route s'est ouverte en Mauritanie, avec Nouadhibou comme nouvelle porte vers l'Europe. L'étonnant, c'est que ces chemins de migration qui passent par le Sahara sont aussi empruntés par des gens de l'Inde ou d'Amérique Latine. Il faut replacer ce processus dans le cadre des transformations à échelle mondiale. En effet, cette nouvelle forme de migration, commencée vers 1990 avec un apogée en 2000, augmente et s'installe dans la durée.

Mais il existe un hiatus entre la réalité même de cette migration trans-saharienne vers l'Europe et sa perception. En effet, en dépit de sa médiatisation, ce flux migratoire ne représente que 3 à 4 % des migrations dans le monde. En Espagne, 3/4 des migrants viennent d'Amérique Latine et d'Europe de l'Est, 1/4 seulement d'Afrique. Chaque année, 2 millions de Mexicains traversent la frontière des Etats-Unis. Pourquoi une telle fixation sur les migrants subsahariens, alors que ce flux par le Maghreb et l'Europe est relativement peu important ? En fait, le phénomène est porteur d'une charge émotionnelle et psychosociale très forte, car la confrontation à l'autre, différent, n'est pas évidente. C'est comme si un continent s'avançait vers un autre, comme cela se passe physiquement entre les deux rives de la Méditerranée, à raison d'un centimètre par an ! Nulle part ailleurs, le monde en voie de développement n'est aussi proche du monde industrialisé.

      L'Europe vit une certaine peur face à ce flux migratoire auquel le Maghreb sert de tremplin et à cause duquel le Sahara subit des transformations profondes accompagnées d'urbanisation. De grandes villes naissent en plein désert : Nouakchott, Tamanrasset. C'est la population africaine qui fournit la main d'œuvre pour la construction de ces métropoles. Des itinéraires s'inventent, et le Sahara devient traversable. Incarnation de la périphérie, il devient lieu de relations. La mondialisation se fait à partir des marges et périphéries du monde. Or le Maghreb qui se développe, veut aussi maîtriser son désert...

      Pourquoi les Subsahariens se déplacent-ils ? On pensait autrefois que la cause en était la misère. On constate maintenant que 1/3 des migrants sont des universitaires, et 1/3 des femmes. La migration prend donc un sens nouveau. Ce sont les mieux instruits, les plus entreprenants qui partent. Seraient-ils les héros modernes, poussés par quelque chose d'impérieux qui leur fait consciemment braver la mort ? Cette mort affrontée devient le signe d'une conscience suprême - risquer sa vie jusqu'à la mort - qui se nourrit d'un imaginaire migratoire.

      En tout cela, c'est le Maghreb qui est le plus concerné, et bien plus que l'Europe. Dans certaines villes du Sud de l'Algérie, on peut rencontrer jusqu'à 40 nationalités. Alger, Oran, et Rabat ont leur quartier africain. Or les pays du Maghreb refusent de reconnaître cette migration et d'en donner des chiffres. Alors que l'Europe peut exagérer les chiffres, le Maghreb les nie. De zone d'émigration vers le Nord, il devient zone d'immigration du Sud. Déjà, certaines activités sont majoritairement assurées par des Subsahariens : agriculture au Sahara, travaux publics et bâtiment, domestiques dans les familles... Le Maghreb se voit confronté à un énorme défi : de monolithique - musulman sunnite - il devient cosmopolite et doit accueillir d'autres langues, cultures, religions...

Mia Dombrecht, Nouakchott

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" Comme je vous ai aimés "

      C'était vendredi, le 8 juin ; nous tendions vers la fin de l'année, prévue pour le 15 juin. " Les enfants,  nous allons préparer des chants, des lectures mimées et une conversation ? " " Oui, Madame ". Ils finissaient d'abord d'écrire un texte qui était au tableau. La classe était silencieuse.

      Voilà Savia qui se glisse à côté de moi et me demande : " Madame, tu pries, toi ? " J'ai répondu : " Oui, Savia, je prie à la maison. " Savia repose sa question : " Hag (c'est vrai), Madame, tu pries ? " Insatisfaite, elle se met devant moi, et, s'inclinant, elle fait les gestes de la prière musulmane. " Regarde, Madame, tu fais comme ça ? " Je lui ai répondu que je prie, mais sans faire ces gestes. " Haiwa (bon), montre-nous ta prière, Madame, pardon ! " Tous les autres enfants se sont mis debout en train de me supplier :  " Oui, Madame, s'il te plait, montre-nous ta prière ! "

      Dans mon cœur, je me disais : " Dans quelle situation délicate je me retrouve ! C'est la première fois que ces enfants abordent ce sujet ! Qu'est ce que je vais leur dire ? Leur montrer ma prière ? Impossible ! " Je les ai calmés, mais leurs yeux étaient fixés sur moi, attendant quelque chose.

" Voulez-vous que je vous montre ma prière ? Il y a deux choses que je vous ai toujours montrées ! " J'ai commencé par l'élève qui a suscité tout cela.
Savia, est ce que je t'aime ?
-     Hatte (beaucoup), Madame.
Ici, qui j'aime encore ?
- Moi, Madame, tu m'aimes.

Chacun d'eux répond. Ce jour-là, l'un d'eux était absent. Alors, j'entends une voix au fond de la classe : " Madame, tu aimes aussi Adama, il n'est pas venu ."

C'est la première des choses que je vous ai montrées et vous l'avez compris... Lorsque Aïdé ou Camara n'ont pas de crayon ou de  stylo, qu'est ce que je fais ?
- Tu demandes :  " Qui a deux bics ? " Et on donne ce bic à Aïdé.

Et lorsque tu donnes ton bic à Aïdé, cela montre quoi ?
- Cela montre que Aïdé est content, répond l'un d'eux... Cela montre qu'on aime Aïdé, répond un autre.

Alors, les enfants, je pense que vous comprenez bien des choses. Je vous ai aimés et je vous ai aussi appris à vous aimer les uns les autres. C'est bien cela ? Et vous êtes contents ?
- Oui ! 

Donc, c'est cela que je peux vous montrer. Quant à ma prière, je ne peux pas vous la montrer.

      Après tout cela, nous avons commencé à préparer nos chants, une lecture mimée et une conversation, pour le dernier jour de classe. A midi, ils me disent :

-     Au revoir, Madame !
Au revoir, les enfants, à lundi ! Et que celui qui a un rôle à jouer le répète, durant ce week-end ! "

      Ce week-end-là, j'avais ma récollection du mois, et j'ai prié pour chacun des ces enfants. Le lundi, j'arrive toute prête pour enseigner et répéter avec les enfants. Je vois quelques jeunes debout devant l'école. Ils me disent : " Madame, nous commençons les vacances ; il n'y a plus de cours ; les élèves viendront prendre leurs bulletins et leurs cahiers. "

      Je me suis rappelé ma journée de vendredi dernier. C'était sans que je le sache notre dernier moment ensemble. Quelle parole cet Homme, Jésus, m'avait-il alors inspirée ? Celle que lui-même a prononcée à ses disciples, à la dernière Cène.  " Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns, les autres " C'est cela que j'ai dit aux enfants ! J'en ai eu la chair de poule.

      Je me suis rappelé aussi le premier jour de mon arrivée à l'Ecole du Progrès. Mon directeur me disait de ne rien montrer comme signe religieux. Et le dernier jour, ce sont les enfants qui me demandent de leur montrer ma prière. Et j'ai dit : " Merci, Seigneur ! Donne à ces enfants de garder ces paroles ; et pardon pour toutes les fois où j'ai ignoré que c'était toi-même qui agissais dans toutes mes actions. "

Emérite Kiloba, Nouakchott

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Le troisième an plante sa tente au Villino

      Notre troisième an a planté sa tente à Rome où nous avons été accueillies au Villino, près de la maison généralice.

      Comme Abraham, nous avons été heureuses de recevoir des visiteurs, signes de la présence de Dieu dans le monde et dans nos vies, à travers nos échanges et les thèmes abordés :

* " L'être disciple " avec le P. Georges Jacques, MAfr.

* " La communication non-violente " par le P Guy Theunis, MAfr lui aussi.

* " La crise du milieu de la vie " animée par Sr Marie-Luce Baillet, Marianiste.

      Suzy Hadermann pour les Constitutions et Daphné Alphonso pour la Gestion financière ont donné une saveur familiale aux traditionnelles cérémonies de thé qui ponctuent la vie des nomades sous la tente ! Nous avons particulièrement apprécié le temps passé avec elles pour boire et déguster les Constitutions et les finances. Ce qui nous tient à cœur n'est-il pas aussi brûlant qu'un bon thé fumant ?

      Mais nos cordages étaient tellement grands qu'ils nous ont permis d'aller nous reposer en France - " Mon cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi " - jusqu'au bord de l'Yonne, à l'ombre des vignes de Bourgogne pour notre grande retraite. La tente du rendez-vous avec le Seigneur avait de belles couleurs printanières. C'est une chance de faire une grande retraite à la saison de l'ouverture et de la renaissance de la nature. C'est comme un paradigme de nos trente jours !

      " Bâtir notre communion pour la mission " en passant par Verrières-le-Buisson, Sceaux et Paris Gay-Lussac, au retour de la grande retraite ; deux jours de retrouvailles émouvantes pour nous toutes, Kordula Weber, Agathe Mukamuligo, Annemie Hens, Cécile Dilé et Bijundi Bashige, notre accompagnatrice du 3ème an.

      Nous remercions le Conseil général, Bijundi et les sœurs de la maison généralice qui ont alimenté notre tente, au sens propre et au sens figuré ! Nous repartons avec des victuailles dans notre sac, prêtes pour quitter notre pays, notre parenté... comme Abraham. Et sûres d'entendre avec lui Yahvé nous dire : "  Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom. Sois une bénédiction ! "

      Nous avons terminé notre troisième an en célébrant le jubilé de 25 ans de vie religieuse de Kordula, avec nos sœurs de la maison généralice.

Kordula Weber, Agathe Mukamuligo, Annemie Hens, Cécile Dilé

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Promenade à travers les Archives

Evolution de nos structures de gouvernement de 1882 à 2007

I. Vers une timide " décentralisation "

1869

" Les diverses maisons de la congrégation ne forment qu'une seule et même famille, extérieurement dispersée pour le service de Dieu, mais étroitement unie par les liens de la charité fraternelle, dans un travail, une prière, une action commune. "

1882

" Lorsque la Société se sera répandue dans des contrées éloignées, elle sera partagée en provinces distinctes, et une provinciale sera placée à la tête de chaque province. "
" Les sœurs sont unies entre elles et à l'œuvre commune par les vœux de religion."


II. Provinces ou régions?

1901
6 prov.

Maison-Mère (Algérie du Nord, Tunisie, Europe) ; Kabylie ; Sahara ; Soudan ; Nyanza ; Tanganyika

1905 to 1910

Province Sahara/Sudan

1910

Les provinces deviennent régions
Région de Tunisie (La Marsa, Carthage, Tunis, Thibar) avec Biskra et Arris (Algérie)

1928

Vice-région d'Allemagne relevant de la Maison-Mère
Afrique du Nord : 4 régions - Maison-Mère, Kabylie, Cheliff/Sahara, Tunisie
Afrique Occidentale : 1 région
Afrique Equatoriale : 4 régions - Uganda (Nyanza, Lac Albert) ; Tanganyika (Bangweolo, Nyassa) ; Congo  ; Rwanda/Burundi


III. En route vers des provinces : le chapitre de 1931

1934

Région Europe et Amérique. L'Allemagne conserve son statut de vice-région.
Région Maison-Mère conserve : St-Charles, Birkadem, les maisons d'Alger, Maison-Carrée, La Redoute


IV. Un " Statut des provinces " : le chapitre de 1937

1937

Province de Belgique + Vice-province (Congo, Rwanda et Urundi)
Province d'Allemagne + Vice-province (Tanganyika Sud, Nord de la Rhodésie du Nord)

1938

Région Europe
Région Amérique (Canada, USA)

1939

Région France
Région Angleterre/Holland
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V. Du chapitre de 1947 à celui de 1959 : provinces et vice-provinces

1947

Province de France + 3 vice-provinces : Afrique du Nord (Algérie et Tunisie) ; Sahara ; Afrique Occidentale Française (Soudan, Guinée, Haute Volta)
Ouverture de la Suisse qui relève de la Maison-Mère

1948

Province du Canada + 1 vice-province (Nyassaland et Rhodésie du Nord) + Ghana directement rattaché au Conseil provincial
Région USA qui relève de la Maison-Mère
Province de Hollande + 1 vice-province (Tanganyika)
Pro-province d'Angleterre

1953

Vice-province de Belgique subdivisée en 2 vice-provinces : Congo, Rwanda-Urundi

1954

Vice-province d'Afrique du Nord subdivisée en 2 vice-provinces : Kabylie, Algérie-Tunisie
Uganda-Kenya devient 2nde vice-province du Canada

1957

Vice-province d'Allemagne, comtés diocèses de Karema [Tanganyika Sud] + Abercorn [Rhodésie du Nord]


VI. Des provinces en Afrique : le chapitre de 1959 et ses suites

1960

Transfert du Conseil général à Rome

1961

Pro-province des USA
Province de France subdivisée en 3 provinces : Province de France ; Province d'Afrique du Nord (Algérie et vice-province de Tunisie) ; Province d'Afrique Occidentale (Guinée, Ghana, Haute Volta et Mali)
Vice-province d'Allemagne modifiée comporte Tanganyika-Sud
Vice-province de Hollande modifiée comporte Tanganyika-Nord
Vice-province du Canada modifiée comporte Nyassa et Rhodésie du Nord

1964

Le Conseil général s'installe à Frascati

1965

Province de Malawi-Zambia

1966

Province de Tanzania (Tanganyika Nord et Sud).
Province d'Afrique Centrale (P.A.C. : Congo, Rwanda et Burundi)
Province d'Algérie
Province de Tunisie

1967

Pro-province d'Uganda-Kenya
La Suisse est rattachée à la province d'Allemagne


VII. Les grands regroupements : Vers trois provinces continentales

1970

Province UKEN (Uganda, Kenya)
Province d'Angleterre
Province des USA
Pro-province de l'Espagne

1971

La Suisse dépend de la Maison Généralice

1972

Ouverture du Yémen, dépend de la Maison Généralice

1974

Ouverture de l'Ethiopie, dépend de la Maison Généralice

1976

Province d'Espagne
Ouverture de la Mauritanie, rattachée à la province d'Algérie
Région Italie-Suisse dépendant du Conseil général

1979

Ouverture du Tchad rattaché à la province d'Afrique Occidentale

1982