l'Union
Nationale des Femmes Maliennes (UNFM) avait un champ collectif,
à la saison des pluies. J'ai proposé d'y faire
la culture du soja pour améliorer la nutrition.
Le médecin
chef duCentre de Santé où je travaillais fut
heureux de cette idée. Alors s'imposait de former
une équipe dynamique et soudée, pour établir
un plan d'action et mener ce projet à la réussite.
L'animateur
du Centre de Développement et Lalla Fofana, présidente
de l'UNFM et épouse du chef de village furent de
très précieux collaborateurs, car ils connaissaient
parfaitement le milieu.
Nous
avons fait un travail de préparation. Nous avons
obtenu du soja qui fut testé au centre nutritionnel.
La bouillie préparée serait-elle acceptée
par ces enfants malnutris ? Les animatrices mélangèrent
deux parts de farine de mil (aliment de base du pays) et
une de soja ; procédèrent à la cuisson,
tout ceci devant les mamans. Les enfants acceptèrent
cette préparation, dès la première
démonstration. Grand soulagement pour nous !
Deux
cassettes en langue du pays, le bambara, furent élaborées:
" Le soja, comment le cultiver " et "Comment
utiliser le soja " Les nombreux duplicata demandés
montraient leur importance.
Quand
arriva la saison des pluies, les femmes vinrent sur le champ
de deux hectares qui avait été préparé
par le Centre d'animation rurale (CAR). Les jeunes gens
du CAR en stage, préparèrent le champ, et
ce fut l'occasion de sensibiliser tous ces jeunes, venus
en volontaires de différents villages, pour améliorer
leur connaissance de la culture qui, traditionnellement,
se fait à la main avec la houe. Puis
ce furent les semailles, dès la première pluie.
La pluie arriva, les femmes firent le sarclage pendant que
la griotte était là avec son tambour, elle
chante et les femmes dansent au rythme des battements. La
joie est là! Vint le moment de la récolte.
Toutes les femmes furent convoquées.
Le soja
coupé, les femmes l'apportèrent par brassées
et en firent une belle meule. L'aide du directeur de la
prison nous fut précieuse : il nous envoya des prisonniers
pour battre, au fléau, la récolte. Ils furent
heureux d'en recevoir une part, ce qui améliora leur
" ordinaire ". Et l'année suivante, ils
cultivèrent du soja !
Notre
récolte, était de près de 2 tonnes,
fruit du travail de tous et de toutes, de la solidarité
et de l'espérance qui nous ont soutenus. Nous faisons
la répartition du soja, selon les prévisions
faites avant la culture. Bonheur des femmes, bonheur des
familles.
Nous
avons fait des tournées en brousse pour faire connaître
le soja, et informer les femmes dans les villages. Sensibilisation
avec démonstration nutritionnelle. De même
à travers les différentes sessions à
la mission catholique : catéchistes, épouses
de catéchistes, JAC (Jeunesse agricole catholique),
préparation au baptême, au mariage et aussi
avec le centre de santé et ses diverses formations
: accoucheuses traditionnelles, matrones rurales, hygiénistes,
secouristes, etc
Chaque fois : information, démonstration,
et remise à chaque participant, d'un petit sac de
soja.
Les
bons résultats au centre nutritionnel, avec le sourire
qui réapparaît sur les visages de ces enfants
qui reprennent des joues et perdent leurs oedèmes.
Des orphelins et des jumeaux sauvés par le lait de
soja. Les jeunes filles du collège qui, lors de leur
exposition de fin d'année, m'invitent à goûter
tous les plats préparés à base de soja.
Les femmes vendent leur " sumbala " (condiment),
améliorant leur budget, sans compter que la cuisine
familiale en bénéficie.
En
1990, le Directeur national de l'agriculture, m'appelle
à Bamako, pour m'informer que : " vu le résultat
des femmes de Kolokani, dans la culture du soja, celle-ci
passe au rang des cultures nationales ". Pour nous,
cela marque la reconnaissance de la réalisation de
notre projet. Et c'est la joie de notre équipe scellée
dans le travail persévérant et dans l'amitié.
Sur
Marie-Madeleine MERIOT