J'ai reçu la
permission officielle de visiter une fois par semaine, les femmes et les enfants,
à la prison centrale de Kigali. Je peux me rendre à l'intérieur
dans leur cour. Il s'agit avant tout d'une PRESENCE auprès d'elles. Être
à l'écoute, laisser raconter, communier à leur souffrance,
partager leur impuissance à faire avancer les dossiers
, à
supporter l'incertitude de l'avenir
" A quand la libération
? " est leur question. Très souvent je reçois beaucoup plus
que je ne puis donner.
Grand est leur désir de VIVRE, exprimé par des danses, des saynètes,
des chants et surtout par la prière. Grâce à la présence
de sur Bernadette, détenue également, la prison ressemble
presque à un grand couvent, où tout le monde prie avec ferveur.
Trois fois par jour, Bernadette rassemble les mamans et les jeunes filles et anime
inlassablement la prière.
La dévotion à la Vierge y est très grande, ainsi que l'adoration
faite dehors dans une grande tente confectionnée de vieilles couvertures
et pagnes. Ayant assisté parfois à cette adoration, j'étais
saisie par le recueillement profond. A l'intérieur de la prison, les musulmanes
ont leur coin de prière, garni de tapis, et le nécessaire pour les
ablutions ; la ferveur n'y est pas moins grande !Nous avons pu fournir une modeste
bibliothèque. Dans tous les coins de la prison, il y a des cours qui se
donnent : kinyarwanda, kiswahili, français, anglais et alphabétisation.
Pour celui-ci un certificat a été attribué à ceux
et à celles qui avaient suivi le cours durant 3 années.
De plus, il y a mille et un petits services que nous essayons de rendre : chercher
des médicaments que l'on ne trouve pas dans la prison, du lait et quelques
suppléments de nourriture pour les malades et les petits enfants, du fil
à tricoter, des sacs vides pour tresser des corbeilles, quelques sheetings
(de grandes feuilles de plastique) pour s'abriter contre le soleil, etc.
Ce qui me frappe chez les femmes, c'est leur fermeté à vouloir RESTER
DEBOUT.
Grande
est leur créativité, leur originalité même pour confectionner
leur costume rose de prisonnière, se draper de fichus (elles sont rasées),
se maquiller
et garnir leur tout petit coin personnel; elles inventent des
détentes communautaires où l'on se croit ailleurs !
Souvent, elles me disent : " Il nous faut rester debout ! "
Bien
sûr, il y en a d'autres qui restent prostrées, supportant difficilement
la détention. Elles attendent beaucoup de " l'heure de la visite ".
J'essaie de les écouter et de les encourager, afin qu'elles se prennent
en charge et se fassent aider par d'autres. Certaines montrent beaucoup de solidarité.
Oui, c'est dans ces milieux que nous expérimentons aujourd'hui, ce que
c'est " être femmes avec les femmes " et de cheminer avec elles
dans ces espaces limités.