Soeurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique (SMNDA)

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Le désert algérien


Sr. Florence Jaud (France)

En terre d'Islam
Sr. Florence a passé la plupart de sa vie dans le désert algérien. Là elle a découvert la présence de Dieu surtout dans le visage des femmes avec qui elle a vécu et travaillé. En dépit de l'éloignement, leur présence reste dans sa vie comme une ombre. Ces femmes, ce peuple, l'Islam, qu'elle a appris à aimer l'ont façonnée.

"Quand je parle de l'artisanat aux autorités, on dirait que je t'entends, on dirait que tu es avec moi comme mon ombre" écrivait Amina, une monitrice d'artisanat à Florence Jaud pour le Nouvel An.

Cette ombre c'est sa présence en Algérie malgré son absence physique. Dans son témoignage, Florence nous parle surtout d'une autre présence, celle de Dieu qui l'a invitée et l'invite encore "VA!", ce Dieu qu'elle a aperçu dans le désert,
Elle nous parle de ce qui forme la trame de sa vie de façon joliment poétique.

Sr. Florence (au fond) avec un groupe de jeunes femmes algériennes.

"VA !" ce petit mot de deux lettres se retrouve souvent dans la Bible: deux lettres mais tout un programme...
"VA !" à 23 ans j'entrais chez les Soeurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique.
"VA !" à 26 ans je partais en mission dans le Sud Algérien vers une population citadine et nomade, à cent pour cent musulmane. Et c'est dans cette région désertique que se déroulera la majeure partie de ma vie apostolique.

Mes 40 années, chiffre symbolique, vécues en Algérie, surtout dans le Sud, sont certes les plus belles de ma vie missionnaire. D'abord à Laghouat, dans "nos" ouvroirs de tissage, où formation et production allaient de pair. Ensuite, à El Goléa, dans un Centre de Production de l'Etat, ce qui permit de donner une meilleure extension.

Ignare dans la technique de la préparation de la laine, autant que dans celle du tissage, j'ai tout appris de la femme bédouine experte en cet art, avant de devenir l'une d'elles, soucieuse à mon tour de transmettre cet art millénaire aux générations suivantes. Une monitrice m'écrivait ce 1er janvier: "Quand je parle de l'artisanat aux autorités, on dirait que je t'entends, on dirait que tu es avec moi comme mon ombre".

Je vais essayer de balbutier ce qui marqua profondément mes 35 années de désert où le silence est si évocateur. Je pense à cette phrase célèbre: "Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, tais-toi!" Mais on me demande ce témoignage, je suis heureuse de le partager avec vous. J'ai tellement reçu de la richesse du pauvre: prière, accueil, partage.

EL GOLEA, oasis du Sud Algérien, fut pour moi un immense monastère où mes 20 dernières années de mission se passèrent.

Tentes des nomades dans le désert.

Gens du désert,

Visage d'ébène et visage d'ivoire,

ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens.

Et ta FOI?

Après l'indépendance, la voix du muezzin remplaça celle des cloches, tous les matins à 5 heures du haut du minaret, il appelle les croyants à venir prier:
"DIEU est le plus Grand,
venez à la prière,
La prière, c'est mieux que le sommeil."

Les hommes vêtus de gandouras blanches viennent à la mosquée pour cette première prière. Il y en aura quatre autres dans le courant de la journée à des heures très ponctuelles. Alors peu importe le lieu: place publique, rue, etc...

C'est toujours la face tournée vers La Mecque que prie le musulman, après avoir fait ses ablutions. Que de fois j'ai vu les autobus assurant les différentes liaisons entre les oasis, s'arrêter en plein désert, et les voyageurs se disperser seuls ou par petits groupes: "ALLAH est le plus GRAND".

La femme prie aussi à la maison ou dans son lieu de travail. Souvent j'ai vu l'enfant se mettre près de sa maman sur un petit coin de son tapis de prière, faire les mêmes prostrations que sa maman, mimant avec ses petits doigts les égrènements du chapelet.

Le Vendredi est férié en Algérie. L'après-midi, en de nombreuses mosquées, a lieu le prêche diffusé du haut-parleur en arabe littéraire. Et une vieille monitrice, notre voisine, me dit un jour: "L'Imam a parlé du Bon Dieu comme toi".

L'hospitalité tient une grande place dans la vie de tous les jours "Diaf Rebbi", l'Hôte de Dieu, est toujours bien reçu. Vite on met par terre tapis ou couverture, il faut s'asseoir, "changer des nouvelles"... Si c'est la première fois que l'hôte pénètre dans la maison ou entre sous la tente, un petit cadeau lui est offert. J'ai vu une nomade me donner un oeuf, l'obole du pauvre qu'elle est grande, c'était peut-être son repas de midi !

Puis vient la préparation du fameux thé arabe; c'est toute une liturgie bien rythmée aux gestes millénaires : pain de sucre, thé à feuilles longues, menthe fraîche de préférence. Et commence la danse des théières: trois verres successifs se savourent: le premier au goût de thé, le second de menthe et le troisième très sucré, "Trois et la porte", dit-on en plaisantant. On se salue beaucoup en arrivant : "Salamalek, Salamalek,..." Le départ, lui, est fugitif, on aime tellement être ensemble.

Gens du désert, visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens;
et toi, Femme africaine saharienne, musulmane,
Femme et mère, Femme aux doigts de fée,
tu partages le meilleur de toi-même
avec ton art de travailler la laine.

Tu me donnas surtout ce qui est impalpable, ta confiance, ton amitié, tu m'ouvris toute grande la porte de ta maison et celle de ton coeur, tu m'appris ta langue avec quelle patience et des histoires, celles qu'on ne se raconte qu'entre femmes, les gestes à faire ou à éviter.

Tu me fis surtout partager ta foi, ton abandon à la Providence. "Mektoub" "c'est écrit!", me disais-tu devant un deuil, une souffrance, une peine. Dieu est notre Maître! Dans ta pauvreté, tu partages les richesses de ton coeur. Pour tes gestes les plus courants, tu invoques Dieu: avant de commencer un travail "Bismillah !" "Au Nom de Dieu!"; à la fin de toute action: "El hamdullah!"; au visiteur quittant ta maison: "Que Dieu facilite ta route!"

Alors, dans cet immense monastère où j'étais venue évangéliser, voilà que j'étais humanisée.

J'ai reculé les piquets de ma tente "EGLISE" pour entrer dans "le ROYAUME"
Au fil des jours, prier le Créateur des mondes.
Au fil des jours recevoir, recevoir et donner.
Au fil des jours, entrer de plus en plus en communion avec vous,

Gens du désert,
visage d'ébène et visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens,
ta foi, ton accueil, ton partage m'ont donné un nouveau visage de Dieu.
Paroles... Actes... Gestes... sont-ils enlisés dans les vents de sable?
Puisse germer un jour ce qui est semé.
L'Esprit de Dieu plane toujours au-dessus des déserts.

En 1990, "on me tranche la chaîne" (Is. 38,12), et non la trame, Dieu merci! Je dois quitter l'Afrique, mais l'Afrique ne me quitte pas. Elle est là où je vis, à Bayonne dans une communauté de soeurs aînées.
Mon service se veut tout simplement un MERCI à mes soeurs aînées, pionnières des premières heures. Elles m'ont précédée en mission et m'ont laissé un capital inestimable fait, non de "main de femme", mais avec le coeur.
Oui, ma présence ici à Bayonne se veut "service-merci", peu importe ce que je fais: intendance, accompagnement pour diverses consultations, animation..

Missionnaire en terre d'Islam quelle gageure!...
Alors me reviennent à l'esprit les paroles du Prophète Jérémie:
"Seigneur, tu as abusé de ma naïveté, oui j'ai été naïf;
avec moi tu as eu recours à la force et tu es arrivé à tes fins.
Tu m'as eu et me voilà dans de beaux draps, mais résister n'est plus possible,
car ta parole est en moi une force explosive." (Jr 20,7,9)

Florence Jaud,
Paris (Gay Lussca)

 

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