Après
l'indépendance, la voix du muezzin remplaça celle
des cloches, tous les matins à 5 heures du haut du minaret,
il appelle les croyants à venir prier:
"DIEU est le plus Grand,
venez à la prière,
La prière, c'est mieux que le sommeil."
Les hommes
vêtus de gandouras blanches viennent à la mosquée
pour cette première prière. Il y en aura quatre
autres dans le courant de la journée à des heures
très ponctuelles. Alors peu importe le lieu: place publique,
rue, etc...
C'est toujours
la face tournée vers La Mecque que prie le musulman, après
avoir fait ses ablutions. Que de fois j'ai vu les autobus assurant
les différentes liaisons entre les oasis, s'arrêter
en plein désert, et les voyageurs se disperser seuls ou
par petits groupes: "ALLAH est le plus GRAND".
La femme prie
aussi à la maison ou dans son lieu de travail. Souvent
j'ai vu l'enfant se mettre près de sa maman sur un petit
coin de son tapis de prière, faire les mêmes prostrations
que sa maman, mimant avec ses petits doigts les égrènements
du chapelet.
Le Vendredi
est férié en Algérie. L'après-midi,
en de nombreuses mosquées, a lieu le prêche diffusé
du haut-parleur en arabe littéraire. Et une vieille monitrice,
notre voisine, me dit un jour: "L'Imam a parlé du
Bon Dieu comme toi".
L'hospitalité
tient une grande place dans la vie de tous les jours "Diaf
Rebbi", l'Hôte de Dieu, est toujours bien reçu.
Vite on met par terre tapis ou couverture, il faut s'asseoir,
"changer des nouvelles"... Si c'est la première
fois que l'hôte pénètre dans la maison ou
entre sous la tente, un petit cadeau lui est offert. J'ai vu une
nomade me donner un oeuf, l'obole du pauvre qu'elle est grande,
c'était peut-être son repas de midi !
Puis vient
la préparation du fameux thé arabe; c'est toute
une liturgie bien rythmée aux gestes millénaires
: pain de sucre, thé à feuilles longues, menthe
fraîche de préférence. Et commence la danse
des théières: trois verres successifs se savourent:
le premier au goût de thé, le second de menthe et
le troisième très sucré, "Trois et la
porte", dit-on en plaisantant. On se salue beaucoup en arrivant
: "Salamalek, Salamalek,..." Le départ, lui,
est fugitif, on aime tellement être ensemble.
Gens
du désert, visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens;
et toi, Femme africaine saharienne, musulmane,
Femme et mère, Femme aux doigts de fée,
tu partages le meilleur de toi-même
avec ton art de travailler la laine.
Tu me donnas
surtout ce qui est impalpable, ta confiance, ton amitié,
tu m'ouvris toute grande la porte de ta maison et celle de ton
coeur, tu m'appris ta langue avec quelle patience et des histoires,
celles qu'on ne se raconte qu'entre femmes, les gestes à
faire ou à éviter.
Tu me fis
surtout partager ta foi, ton abandon à la Providence. "Mektoub"
"c'est écrit!", me disais-tu devant un deuil,
une souffrance, une peine. Dieu est notre Maître! Dans ta
pauvreté, tu partages les richesses de ton coeur. Pour
tes gestes les plus courants, tu invoques Dieu: avant de commencer
un travail "Bismillah !" "Au Nom de Dieu!";
à la fin de toute action: "El hamdullah!"; au
visiteur quittant ta maison: "Que Dieu facilite ta route!"
Alors, dans
cet immense monastère où j'étais venue évangéliser,
voilà que j'étais humanisée.
J'ai reculé
les piquets de ma tente "EGLISE" pour entrer dans "le
ROYAUME"
Au fil des jours, prier le Créateur des mondes.
Au fil des jours recevoir, recevoir et donner.
Au fil des jours, entrer de plus en plus en communion avec vous,
Gens
du désert,
visage d'ébène et visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens,
ta foi, ton accueil, ton partage m'ont donné un nouveau
visage de Dieu.
Paroles... Actes... Gestes... sont-ils enlisés dans les
vents de sable?
Puisse germer un jour ce qui est semé.
L'Esprit de Dieu plane toujours au-dessus des déserts.
En 1990, "on
me tranche la chaîne" (Is. 38,12), et non la trame,
Dieu merci! Je dois quitter l'Afrique, mais l'Afrique ne me quitte
pas. Elle est là où je vis, à Bayonne dans
une communauté de soeurs aînées.
Mon service se veut tout simplement un MERCI à mes soeurs
aînées, pionnières des premières heures.
Elles m'ont précédée en mission et m'ont
laissé un capital inestimable fait, non de "main de
femme", mais avec le coeur.
Oui, ma présence ici à Bayonne se veut "service-merci",
peu importe ce que je fais: intendance, accompagnement pour diverses
consultations, animation..
Missionnaire
en terre d'Islam quelle gageure!...
Alors me reviennent à l'esprit les paroles du Prophète
Jérémie:
"Seigneur, tu as abusé de ma naïveté,
oui j'ai été naïf;
avec moi tu as eu recours à la force et tu es arrivé
à tes fins.
Tu m'as eu et me voilà dans de beaux draps, mais résister
n'est plus possible,
car ta parole est en moi une force explosive." (Jr 20,7,9)
Florence
Jaud,
Paris (Gay Lussca)
