Le mouvement
de la vie religieuse en Afrique a été spontané. L'exemple
le plus frappant est ce groupe de jeunes ougandaises qui se présente lors
de l'ouverture du séminaire! (1893) Elles n'avaient jamais vu de religieuses,
et aucune influence extérieure ne les avait poussées. Il leur faudra
attendre l'arrivée des surs pour réaliser leur désir
et devenir le noyau d'origine de la première Congrégation du Centre
de l'Afrique : les Bannabikira.
On rencontre de tels "fioretti" à la naissance de la plupart
des Congrégations, et bien des Évêques ont cherchéà
écarter cette responsabilité. Ils considéraient que le milieu
social n'était pas mûr pour un mode de vie si révolutionnaire.
Après la première expérience d'Ouganda et de Tanzanie, les
fondations se succédèrent entre 1920 et 1960,au
Congo, au Rwanda et au Burundi, en Zambie, au Malawi. Quand les Surs de
l'Immaculée Conception sont fondées à Ouagadougou, au Burkina-Faso,
dans les années 30, les Bannabikira de l'Ouganda élisent leur première
supérieure générale. Les
congrégations se développent, elles essaiment, parfois se divisent
en raison des distances, des différentes langues et de la multiplication
des diocèses. Les charismes s'affinent, se diversifient.
Si,
au début, le but était le service du peuple par les activités
auprès des femmes, la catéchèse, le soin des malades, on
voit ensuite apparaître des spécificités. Telle congrégation
s'oriente vers le milieu rural prépondérant en Afrique et difficile
à atteindre en raison de sa dispersion. Telle autre se consacre aux plus
pauvres: vieillards et handicapés que la société ne peut
plus prendre en charge. Telle autre encore insiste sur le service de la parole.
Si certaines
Congrégations gardent une vocation régionale, la plupart cependant
ont essaimé dans d'autres diocèses, ou s'engagent dans la mission
"ad extra" et passent les frontières: on voit des Tanzaniennes
au Burundi, des Burkinabé au Niger, des Malawiennes en Zambie. Au Tchad,
les Benetereziya du Burundi ont suscité par leur présences des vocations
apostoliques qui pourraient par la suite devenir une Congrégation tchadienne.
Mais tout cela n'est encore que la manifestation extérieure d'un phénomène
plus vital, la présence de ces femmes au sein d'une société
qu'elles animent parce qu'elles ont donné leur vie. Par sa sensibilité,
de par son être même, la femme est ouverte à la vie, aux personnes.
Si elle peut saisir les problèmes intellectuels au même titre que
les hommes, elle les aborde d'une façon différente. Dès les
débuts, Mgr Streicher, en Ouganda, constate avec honnêteté,
mais peut-être avec un certain étonnement, que ces femmes qui se
sont présentées pour communiquer à d'autres leur bonheur,
assimilent la doctrine aussi bien que les hommes! Et, ajoute-t-il," elles
ont plus de tact, plus d'adresse pour persuader et convertir".
Tableau idyllique? Oui,
comme l'idéal vers lequel on tend. Il y a des lacunes, des faiblesses,
mais n'est-ce pas la loi de toute réalité humaine et de l'Église
elle-même où le péché reste présent. C'est le
miracle du salut qu'à travers nos actions humaines, souvent faussées;
Dieu voit la foi de son Église et l'Esprit à l'uvre.
C'est pour nous une joyeuse espérance que ces 4000 Surs vivant dans
22 congrégations africaines, sans oublier toutes les autres Congrégations
du Continent.
C'est un petit rameau fragile, mais plein d'une sève qui fait jaillir de
nombreux bourgeons. N'est-ce pas toujours dans la petitesse et l'humilité
que se construit le Royaume?
Les
religieuses africaines sont, dans cette immense pâte que représente
l'Afrique, comme un levain qui doucement travaille la pâte pour qu'elle
accueille la lumière et la force de l'Esprit Saint.
Sr.
Marie-Josée Dor, MSOLA
Communauté de Versailles (France)

