Soeurs Missionnaires de Notre Dame d'Afrique (SMNDA)

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DIALOGUE INTER-RELIGIEUX
L'engagement des SMNDA

 

 

 

Les communautés des Sœurs Missionnaires d'Afrique en milieu musulman sont un signe qu'un pluralisme est possible dans les sociétés maghrébines, et qu'au-delà d'une simple tolérance, un avenir commun est envisageable.

C'est d'ailleurs ainsi qu'elles sont perçues par beaucoup. Notre simple présence, disent-ils, invite la société à ne pas se refermer sur elle-même.

Les numéros 2 et 3 de 2004 (avril 2003 et Juin) de la feuille des nouvelles des SMNDA "Partage Trentaprile" sont dediés au Dialogue Inter-religieux vécu par les Soeurs .

2004 n. 2 - Avril -Les SMNDA et le dialogue interreligieux
2004 n. 3 - June - Le dialogue interreligieux et les SMNDA

 

Sr. Brigida Gutierrez travaille avec des femmes musulmanes. Ici en Mauritanie, elles préparent la laine pour faire des tapis.

Notre présence dans le Maghreb-Yemen

La province Maghreb-Yemen des SMNDA va de l'Océan Atlantique à la Mer Rouge, Mauritanie, Algérie, Tunisie, Yemen, quatre pays, quatre mondes, une multitude de visages, de cultures locales, de langues nationales, le berbère, le soninke, le poular, le wolof, des dialectes arabes… et internationales : l'arabe littéraire bien sûr, le français et l'anglais.

Montagnes, forêts, océan, mers, étendues désertiques, oasis, concentrations urbaines, population noires, populations blanches, une mosaïque, un puzzle, où l'histoire, à travers les siècles, s'avère riche, tumultueuse et bien souvent violente, avec ses rythmes de grandeur, de décadence ou de progrès, ses heurts avec l'Occident, la peur et la fascination mutuelle.

Avec cela, une Foi au Dieu Unique, où juifs, chrétiens et musulmans ont témoigné jusqu'à verser leur sang, bien souvent les uns contre les autres mais aussi, il ne faut pas l'oublier dans les cas les meilleurs et tout dernièrement encore, les uns pour les autres. Foi profonde, Foi enracinée, Dieu sans cesse présent, qu'on aime, qu'on adore et qu'on sert et qui depuis le 7ème siècle se traduit dans une religion officielle et majoritaire, la religion musulmane. Force d'une religion, avec ses qualités et ses faiblesses, qui imprègne tout le comportement social.

C'est ce monde qui donne à nos activités et à notre style de présence, sa note spéciale.

C'est dans ces pays presque à 100% musulman, que, nous, chrétiennes vivons. Non que nous fassions ici des choses extraordinaires mais nous sommes conscientes que le monde où nous sommes immergées modifie notre façon d'envisager, quoi ? tout : notre manière de concevoir Dieu, le monde, le rapport au temps; aux autres et même à la grande Eglise.

Un monde bouleversé

Le monde du Maghreb où nous sommes insérées est affronté à des situations nouvelles.
Après les indépendances, les années 70, c'était le temps du développement et de tous les espoirs.
Les Eglises s'y étaient engagées avec enthousiasme; enfin tout le monde mangerait à sa faim, enfin tous les enfants pourraient aller à l'école, enfin des hommes et des femmes du pays prendraient leurs destinées en main… Cela, parallèlement avec un renouveau de l'islam. Nos sociétés, en effet, sont restées foncièrement religieuses et se sentent agressées par le " nouvel ordre mondial " lancé lors de la première guerre du Golfe en 1991et par l'attitude internationale face à l'Islam depuis les attaques du 11 Septembre.

Les bouleversements dans l'évolution du monde ne vont pas sans créer des tensions et ravivent les réflexes identitaires.

C'est dans ce monde-là que nous nous situons :

" Dans un environnement marqué par une mondialisation accélérée, des réflexes identitaires très accusés et un pluralisme qui se cherche, nos Églises apparaissent à la fois comme un signe et comme un point de repère. Elles sont un signe qu'un pluralisme est possible dans les sociétés maghrébines, et qu'au-delà
d'un simple tolérance, un avenir commun est envisageable. Beaucoup de nos amis maghrébins nous disent comment notre simple présence invite la société à ne pas se refermer sur elle-même…

Des personnes qui ont besoin d'une oreille attentive à leurs propres questionnements, d'une parole qui soit comme l'écho de leur parole intérieur, viennent nous voir. Nous les accueillons sans préjuger de ce que sera l'aboutissement de leur itinéraire personnel. Nous sommes d'abord au service du travail de l'Esprit dans le cœur des personnes que nous rencontrons "
(Les églises du Maghreb en l'an 2000, Document de la CERNA)

" Une Eglise de la rencontre "

La période de la vie que Jésus a passé en Galilée est un appel pour nous qui sommes au Maghreb. Il marche beaucoup. Il rencontre énormément de monde, au hasard des routes, même de ces personnes qui ne font pas partie " de la tribu ". Il brise bien des tabous. Les rencontres, apparemment, se font sans plan préconçu. " Elles provoquent des attitudes très différentes, allant de l'hostilité déclarée à la reconnaissance ". Beaucoup, après cela, retournent à l'anonymat.

Que s'est-il passé entre Jésus et son interlocuteur ? Qu'est-ce qui a changé en lui, en elle ? L'Évangile ne nous le dit pas, ou si peu. Certains sont devenus ses disciples. D'autres, non, mais tous ont été ébranlés d'une façon ou d'une autre.

La plupart d'entre nous se retrouvent bien dans cette description de la vie de Jésus. Oui, c'est ainsi que cela se passe. Et c'est ainsi que cela se passait au début de l'Eglise. " Les chrétiens d'alors avaient conscience de vivre en étrangers parmi les hommes mais d'être unis entre eux car, malgré leur dispersion, ils étaient appelés par Dieu à être les témoins de la miséricorde du Père, révélée en Jésus-Christ " (idem,p.19).

Témoigner

Certains, dans nos Églises, l'ont fait jusqu'à l'effusion de leur sang. Cela a été une période à la fois sombre et lumineuse de notre histoire. On a beaucoup écrit sur les " martyrs ". Le danger pour nous, maintenant, serait de vivre sur ce passé, de nous glorifier à bon compte ou de nous endormir un peu dans la routine de ce qu'on a toujours fait. C'est légitime, mais nous devons nous rendre compte qu'une page se tourne. Nous sommes invités à la même lucidité et au même courage mais partout, et dans des circonstances autres. Ces frères et sœurs qui nous ont précédés sur la route nous encouragent à regarder vers l'avenir.

Un Royaume en gestation

Le Concile Vatican II a renouvelé la manière dont l'église comprend sa mission, sa relation à la société civile et son regard sur les autres religions. De nouvelles questions se posent, disposant nos esprits et nos cœurs à une nouvelle gratuité de l'amour et à une rencontre toujours plus respectueuse de l'autre, différent de nous.

" Quelque chose naît qui peut être les prémices du Royaume qui vient "

Ce qui fait la chance de nos communautés interculturelles SMNDA au Maghreb et au Yémen, c'est que, leur projet de vie coïncide bien avec celui de l'Eglise. Ici, nous nous sentons à notre place, dans ces communautés ecclésiales petites et précaires, sans grande visibilité, sans pouvoir, et, apparemment, sans avenir local.

Ici nous sommes acculées à la foi.

Mais " dans l'histoire commune de l'Eglise et des pays du Maghreb,
" quelque chose naît qui peut être les prémices du Royaume de Dieu qui vient.
Ce Royaume est la vraie famille de Dieu où seront réunis des " hommes
de toute race, langue, peuple et nation " (Ap 5 ,9) "


Appelée à vivre dans un milieu musulman

Lucie Pruvost (Algérie)

Lucie est née en Algérie et a dédiée sa vie aux femmes africaines. Elle nous partage le sens qu'elle donne à sa mission dans un milieu musulman.

Depuis toujours je me suis sentie appelée à travailler en monde musulman. La rencontre de l'autre différent, avec le désir d'être " sacrement d'une présence ", celle de Jésus, dans un monde qui reconnaît Jésus comme prophète totalement soumis (Islam = soumis) surgit de mon désir profond. Respecter l'autre dans sa différence, y trouver un chemin de connaissance de Dieu lui-même, de conversion par rapport à des certitudes qui ne sont pas nécessairement uniques et universelles c'est un appel profond. Des semences lèvent dans ce sens dans l'Algérie, notre pays ; pourtant déchirée par la violence, une Algérie dont l'islam n'est pas aussi monolithique que voudraient faire croire le média. Au contact avec l'église, des Algériens musulmans se disent interpellés par le respect de la différence et désirent eux aussi vivre cela. C'est tout cela ma façon de vivre le " Tout à tous ", l'être " femme avec les femmes " et " Ad gentes en Afrique ".

Je vis la spiritualité du dialogue, qui est le langage de l'Incarnation. Rencontrer Dieu : découvrir, voir le Royaume à l'œuvre dans des gens qui ne sont pas chrétiens, reconnaître ainsi la présence de l'Esprit dans ce monde, sans aucune exclusive. Quand c'est possible faire émerger cette connaissance de Dieu à l'œuvre dans les cœurs, comme un signe d'espérance. Faire expérimenter que Dieu aime tout le monde et veut sauver toute l'humanité sans distinction de religion…. " Le Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous " Continuer l'incarnation du Christ dans ce peuple des croyants de l'Islam ; voir quel respect le Seigneur Jésus déploie à l'égard des personnes qu'il rencontre. Respect de leur liberté. S'il les guérit, par exemple, il ne les contraint pas à le suive, à devenir ses disciples. Il laisse la suite à la miséricorde du père. Essayer de faire de même, modestement, ne pas " scandaliser ".

Tout cela n'est pas certainement pas facile… Il n'y a qu'à voir comment les choses se passent au quotidien avec les personnes les plus proches !

C'est une mission très " ascétique "… Et pourtant quelle joie de voir la moisson qui mûrit, même si c'est " autrement "… Les foules ne se pressent pas pour être baptisées. Mais tant de gens vivent des valeurs du Royaume, vivent les Béatitudes, s'ouvrent à la reconnaissance de l'autre différent… Nous constatons cela et nous nous en réjouissons, surtout tout au long de la crise et notamment lors des assassinats de nos frères et sœurs entre 1994 et 1996," martyrs de la fidélité à un peuple qui n'est pas chrétien " comme dit notre Archevêque Mgr. Teissier.

Ne faudrait-il pas que se présentent des " ouvrières " pour travailler à cette moisson dont les blés sont mûrs ?

Le désert à El Golea (Algérie)

En terre d'Islam

Sr. Florence Jaud

"Quand je parle de l'artisanat aux autorités,
on dirait que je t'entends, on dirait
que tu es avec moi comme mon ombre"

écrivait une monitrice à Florence Jaud pour le Jour de l'An.
Cette ombre c'est sa présence en Algérie malgré son absence physique.

Dans le témoignage qui suit, Florence nous parle surtout d'une autre présence, celle de Dieu qui l'a invitée et l'invite encore "VA!", ce Dieu qu'elle a aperçu dans le désert, surtout dans le visage des femmes avec qui elle a vécu et travaillé. En dépit de l'éloignement, leur présence reste dans sa vie comme une ombre. Ces femmes, ce peuple, l'Islam, qu'elle a appris à aimer l'ont façonnée.

Elle nous parle de façon joliment poétique de ce qui forme la trame de sa vie.

"VA !" ce petit mot de deux lettres se retrouve souvent dans la Bible: deux lettres mais tout un programme...
"VA !"à 23 ans j'entrais chez les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique.
"VA !"à 26 ans je partais en mission dans le Sud Algérien vers une population citadine et nomade, à cent pour cent musulmane. Et c'est dans cette région désertique que se déroulera la majeure partie de ma vie apostolique.

Mes 40 années, chiffre symbolique, vécues en Algérie, surtout dans le Sud, sont certes les plus belles de ma vie missionnaire. D'abord à Laghouat, dans "nos" ouvroirs de tissage, où formation et production allaient de pair.

Ensuite, à El Goléa, dans un Centre de Production de l'État, ce qui permit de donner une meilleure extension. Ignare dans la technique de la préparation de la laine, autant que dans celle du tissage, j'ai tout appris de la femme bédouine experte en cet art, avant de devenir l'une d'elles, soucieuse à mon tour de transmettre cet art millénaire aux générations suivantes. Une monitrice m'écrivait ce 1er janvier: "Quand je parle de l'artisanat aux autorités, on dirait que je t'entends, on dirait que tu es avec moi comme mon ombre".

Je vais essayer de balbutier ce qui marqua profondément mes 35 années de désert où le silence est si évocateur. Je pense à cette phrase célèbre: "Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, tais-toi!" Mais on me demande ce témoignage, je suis heureuse de le partager avec vous. J'ai tellement reçu de la richesse du pauvre: prière, accueil, partage.

EL GOLEA, oasis du Sud Algérien, fut pour moi un immense monastère où mes 20 dernières années de mission se passèrent.

Gens du désert,
Visage d'ébène et visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens.
Et ta FOI?

Après l'indépendance, la voix du muezzin remplaça celle des cloches, tous les matins à cinq heures du haut du minaret, il appelle les croyants à venir prier:"DIEU est le plus Grand, venez à la prière, La prière, c'est mieux que le sommeil."
Les hommes vêtus de gandouras blanches viennent à la mosquée pour cette première prière. Il y en aura
quatre autres dans le courant de la journée à des heures très ponctuelles. Alors peu importe le lieu: place
publique, rue, etc... C'est toujours la face tournée vers La Mecque que prie le musulman, après avoir fait ses
ablutions.

Que de fois j'ai vu les autobus assurant les différentes liaisons entre les oasis, s'arrêter en plein désert, et les
voyageurs se disperser seuls ou par petits groupes: "ALLAH est le plus GRAND".

La femme prie aussi à la maison ou dans son lieu de travail. Souvent j'ai vu l'enfant se mettre près de sa
maman sur un petit coin de son tapis de prière, faire les mêmes prostrations que sa maman, mimant avec
ses petits doigts les égrènements du chapelet.

Le Vendredi est férié en Algérie. L'après-midi, en de nombreuses mosquées, a lieu le prêche diffusé du haut-
parleur en arabe littéraire. Et une vieille monitrice, notre voisine, me dit un jour: "L'Imam a parlé du Bon Dieu
comme toi".

L'hospitalité tient une grande place dans la vie de tous les jours. "Diaf Rebbi", l'Hôte de Dieu, est toujours bien
reçu. Vite on met par terre tapis ou couverture, il faut s'asseoir, "changer des nouvelles"... Si c'est la première
fois que l'hôte pénètre dans la maison ou entre sous la tente, un petit cadeau lui est offert. J'ai vu une nomade
me donner un oeuf, l'obole du pauvre qu'elle est grande, c'était peut-être son repas de midi !

Puis vient la préparation du fameux thé arabe; c'est toute une liturgie bien rythmée aux gestes millénaires :
pain de sucre, thé à feuilles longues, menthe fraîche de préférence. Et commence la danse des théières: trois
verres successifs se savourent: le premier au goût de thé, le second de menthe et le troisième très sucré,
"Trois et la porte", dit-on en plaisantant. On se salue beaucoup en arrivant : "Salamalek, Salamalek,..." Le
départ, lui, est fugitif, on aime tellement être ensemble.

Gens du désert, visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens;
et toi, Femme africaine saharienne, musulmane,
Femme et mère, Femme aux doigts de fée,
tu partages le meilleur de toi-même
avec ton art de travailler la laine.

Tu me donnas surtout ce qui est impalpable, ta confiance, ton amitié, tu m'ouvris toute grande la porte de ta
maison et celle de ton coeur, tu m'appris ta langue avec quelle patience et des histoires, celles qu'on ne se
raconte qu'entre femmes, les gestes à faire ou à éviter.

Tu me fis surtout partager ta foi, ton abandon à la Providence. "Mektoub" "c'est écrit!", me disais-tu devant un
deuil, une souffrance, une peine. Dieu est notre Maître! Dans ta pauvreté, tu partages les richesses de ton
coeur. Pour tes gestes les plus courants, tu invoques Dieu: avant de commencer un travail "Bismillah !" "Au
Nom de Dieu!"; à la fin de toute action: "El hamdullah!"; au visiteur quittant ta maison: "Que Dieu facilite ta route!"

Alors, dans cet immense monastère où j'étais venue évangéliser, voilà que j'étais humanisée.

J'ai reculé les piquets de ma tente
"EGLISE" pour entrer dans "le ROYAUME"
Au fil des jours, prier le Créateur des mondes.
Au fil des jours recevoir, recevoir et donner.
Au fil des jours, entrer de plus en plus en communion avec vous,


Gens du désert,
visage d'ébène et visage d'ivoire,
ton coeur et ton sang sont les mêmes que les miens,
ta foi, ton accueil, ton partage m'ont donné un nouveau visage de Dieu.
Paroles... Actes... Gestes... sont-ils enlisés dans les vents de sable?
Puisse germer un jour ce qui est semé.
L'Esprit de Dieu plane toujours au-dessus des déserts.


Lucie pruvost with some friends

Appelée depuis toujours
à travailler en milieu musulman

Hussein Dey est un quartier populaire de la ville d'Alger où les jeunes ont de la difficulté à trouver du travail mais ils arrivent à survivre, où les femmes dans la cinquantaine regardent la rue dès leurs fenêtres, et où une communauté des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (SMNDA) vit UNE SPIRITUALITE DU DIALOGUE, à travers des rencontres avec ceux qui sont différents. C'est là qu'elles découvrent Dieu qui agit chez des gens qui ne sont pas de chrétiens.

Sœur Lucie Pruvost (la dernière à droite), est une Sœur Missionnaire de Notre-Dame d'Afrique, née en Algérie.
Avocat de profession, elle se trouve actuellement en Algérie où elle vient de publier un livre sur le statut de la femme d'après le Code Familial Algérien. Elle partage son expérience, sa vision et ce qui fait la force motrice de sa vie.

" Au plus profond de moi-même, j'ai toujours senti l'appel à travailler dans le milieu musulman, par des rencontres avec l'autre différent, nourrissant le désir d'être 'sacrement de présence', celle de Jésus, dans un monde qui reconnaît Jésus comme un prophète totalement soumis. (être musulman c'est se soumettre)

Respecter l'autre dans ses différences, trouver des chemins qui mènent à la connaissance de Dieu lui-même et à une conversion par rapport aux certitudes qui ne sont pas nécessairement uniques et universelles… pour moi, c'est un appel profond.

Je vis une spiritualité de dialogue qui est le langage de l'Incarnation. Cela veut dire de rencontrer Dieu, Le découvrir, voir le Royaume à l'œuvre dans des gens qui ne sont pas chrétiens et reconnaître de cette façon la présence de l'Esprit dans ce monde, n'excluant personne. Cela veut dire aussi mettre en relief, si possible, cette connaissance de Dieu à l'œuvre dans les cœurs, comme un signe d'espérance.

Notre communauté vit à Hussein Dey, un quartier populaire d'Alger depuis quelque trente ans, dans un petit immeuble partagé avec quatre familles algériennes. Nous avons des rencontres chaque jour. C'est un milieu idéal pour développer des amitiés.

La jeunesse connaît beaucoup de chômage et chacun cherche des moyens si petits soient-ils pour survivre. Nous rencontrons quelques uns de ces jeunes gens qui, malgré le chômage et souvent sans aucune qualification, arrivent à faire leur vie de façon honnête :
Il y a un nombre croissant de petites entreprises ; certains apprennent la mécanique chez leurs copains et peuvent réparer la voiture du voisin. D'autres s'emploient comme gardiens.

Notre jeune voisine, une femme non mariée de 26 ans, fait de la broderie sur sa machine à coudre ou crochète afin de gagner un peu d'argent ; cela l'aide à embellir sa maison et à préparer son trousseau.
Plus que les besoins matériels, nous percevons un besoin implicite d'amitié et de solidarité. Nous partageons avec les femmes de l'immeuble le manque d'eau, le bruit du voisinage, mais nous partageons également leurs joies et leurs peines. Comme femmes et voisines nous nous rendons souvent visite mutuellement.

Au Centre d'Etudes Diocésain

Depuis près de 20 ans, ensemble avec d'autres SMNDA, je travaille au Centre d'Etudes Diocésain dont le rôle est d'établir des ponts entre les cultures, entre celle de l'Algérie et celle des expatriés que nous représentons. Nous le faisons par des activités variées : enseigner la langue arabe ; nous tenons une bibliothèque pour des gens qui font des recherches et d'autres étudiants universitaires. Quatre SMNDA sont impliquées dans cet apostolat ensemble avec d'autres religieuses, prêtres ainsi que hommes et femmes laïques.

Je suis aussi membre d'un groupe de réflexion avec des femmes professeurs d'université et avec des étudiantes qui font un travail sur la situation des femmes. Je suis également responsable de la formation continue des Chrétiens qui étudient l'Islamologie, soit en Algérie soit à l'Institut Pontifical des Etudes Arabes (PISAI) à Rome, où j'enseigne depuis 1982.

Je viens de terminer un livre intitulé " La situation de la femme d'après le Code de la Famille Algérienne ".

Le fait d'être née et avoir vécu en Algérie, en plein monde rural, musulman, pauvre, d'en parler la langue, d'appartenir à une famille proche de ce milieu, d'avoir fait toutes mes études dans l'enseignement public laïc (non confessionnal) avec des personnes de toutes
confessions, tout cela m'a aidé et m'aide encore considérablement. La détresse de beaucoup de personnes me touche. Je sais qu'il me faut absolument travailler avec les algériennes qui cherchent une libération des divers jougs qui pèsent sur leurs épaules (coutumes, loi, injustice masculine…) Je travaille à cela avec ce que je suis et ce que j'ai reçu pour le faire.

C'est une mission très sobre, " ascétique ". Pourtant, quelle joie pour moi de voir la moisson mûrir, même si c'est d'une façon autre de ce que j'attendrais.
Il n'y a pas des foules qui se présentent au Baptême. Mais beaucoup de personnes vivent les valeurs du Royaume, des Béatitudes, et s'ouvrent à la reconnaissance de l'autre différent.

Nous le voyons et nous nous réjouissons. C'était tellement évident, surtout pendant le temps de crise et au moment des assassinats de nos frères et sœurs entre 1994 et 1996 ; et plus particulièrement encore à l'assassinat de nos quatre frères Pères Blancs de Tizi-Ouzou. " Martyrs de fidélité à un peuple de non chrétiens ", comme le disait d'eux notre Archevêque.

N'est-il pas important que des femmes se présentent comme des " travailleuses " à la moisson pour récolter le blé qui est prêt dans les champs ?

Sister Lucie Pruvost, MSOLA

 

 

Webmaster: Gisela Schreyer
website.gis@smnda.org

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