Sr. Lucie
nous parle de son travail avec les femmes algériennes:
Le premier appel que
je perçois comme femme et comme SMNDA c'est l'appel à l'amitié
que les femmes del'immeuble
expriment de diverses façons, passer une soirée ensemble, aller
prendre un café chez l'une ou l'autre et parler. Ces femmes, les mères
de famille au moins, celles qui ont une cinquantaine d'années ne sortent
pas de chez elles, ou très peu : elles regardent la vie de la rue par leur
fenêtre. Alors elles sont heureuses de pouvoir parler " avec nous et
pas seulement avec les voisines (avec lesquelles elles ne s'entendent pas nécessairement).
A un niveau plus
large, il y a les appels des femmes à la paix sociale, et au retour à
une situation plus normale.
Les mamans s'inquiètent pour leurs filles (scolarité, trouver un
travail, se marier, etc
)
L'appel à un véritable respect de la personnalité, de la
dignité de la femme. C'est un appel qui peut être assez agressif,
lancé sur la place publique par des " battantes ", qu'elles soient
" laïques " ou "islamistes ". Les femmes "islamistes
" puisent leurs arguments dans la loi musulmane, tandis que les " laïques
" les puisent dans la doctrine moderne des droits de la personne.
A
la demande de Mgr. Teissier j'ai écrit un livre sur " la situation
de la femme dans le code de la famille algérienne ". J'essaie de répondre
à trois questions D'où vient-il ? Que contient-il ? Vers quoi va-t-on
or devrait-on aller? Où je présente différentes propositions
Avec
ce livre, je réalise mon désir ancien et toujours actuel de participer
à l'effort de nombreuses Algériennes depuis 1962, date de l'Indépendance,
jusqu'à ce jour, pour obtenir le changement de ce statut archaïque
et transformer le statut juridique des femmes dans la famille.
Je voulais démontrer l'archaïsme intolérable du statut réservé
aux femmes par le Code algérien de la famille et offrir de la sorte aux
militantes algériennes un argumentaire pertinent pour soutenir leur lutte
dans un pays écartelé entre la modernité et la tradition.
Modernité ? Les femmes ont envahi la presque totalité de la vie
publique, politique, professionnelle, culturelle, sociale, et à de très
hauts niveaux. Tradition ? Pour se marier, quel que soit son âge, une femme
a besoin d'un " tuteur " ; elle peut être purement et simplement
répudiée, sans pouvoir se défendre, et même se voir
adjoindre une co-épouse, pour ne citer que les situations les plus flagrantes,
tout cela au nom d'une certaine interprétation de ce que l'on appelle la
" loi divine ".
Il me fallait donc commencer par démontrer que, en réalité,
ce n'est pas à la loi divine, cette sharîa dont on ne cesse de parler
pour brandir des interprétations d'un autre âge, qu'il faut imputer
la survie d'un statut qui ne correspond plus à la réalité
sociale actuelle, mais bien plutôt à la tradition patriarcale si
puissante dans les régions méditerranéennes.
Bien
des facteurs m'aident à être très proche des femmes algériennes.
Le fait d'être née et avoir vécu en Algérie, en plein
monde rural, musulman, pauvre, d'en parler la langue, d'appartenir à une
famille proche de ce milieu, d'avoir fait toutes mes études dans l'enseignement
public laïc (non confessionnal) avec des personnes de toutes confessions,
tout cela m'a aidé et m'aide encore considérablement. La détresse
de beaucoup de personnes me touche. Je sais qu'il me faut absolument travailler
avec les algériennes qui cherchent une libération des divers jougs
qui pèsent sur leurs épaules (coutumes, loi, injustice masculine
)
Je travaille à cela avec ce que je suis et ce que j'ai reçu pour
le faire.