A la
mission, il y avait un embryon de dispensaire. Sr. Gisèle,
infirmière a commencé à soigner et
à découvrir les pathologies du milieu et l'urgente
nécessité d'une éducation sanitaire
et d'une médecine préventive. Le Centre médical
étaient à construire. Les gens furent invités
à collaborer en faisant des briques, en apportant
le bois et en les transportant au lieu des constructions.
Cela devenait ainsi "leur" dispensaire et "leur"
maternité !
Très
vite, Sr Gisèle s'est rendu compte de l'engouement
des mamans pour la consultation prénatale. Marcher
30 ou 50 km n'était rien pour elles ! C'était
même une détente, un repos des travaux des
champs et une occasion incroyable de rencontrer d'autres
femmes et d'avoir de nouvelles. Certaines venaient même
de 100-150 km.
Nous
avons essayé de profiter de la présence des
femmes pour leur donner une formation : huit cours différents
traitant des problèmes de santé les plus importants
ont été organisé: grossesse, malaria,
vers intestinaux, soins des plaies, nutrition, tétanos
du nouveau-né, tuberculose, lavements et rougeole.
La consultation prénatale permettait ainsi de rejoindre
un très grand nombre de femmes et leur rendait possible
un apprentissage, dans de bonnes conditions, à trois,
quatre, cinq enseignements ou plus, durant leur grossesse.
Nous avions l'espoir qu'elles finiraient par couvrir le
cycle complet après 2 ou 3 grossesses, avec même
le luxe de quelques répétitions... Un système
de fiches par village permettait d'évaluer l'impact
que pouvait avoir le nombre de femmes de tel village sur
un changement de mentalité ou de pratiques nocives.
Après une année, même si les femmes
d'un village n'avaient pas toutes reçu les mêmes
leçons, tous les enseignements avaientété
reçus par les unes et les autres. Elles pouvaient
s'aider et s'épauler dans la lutte contre certaines
croyances de fatalité. Les notes sur les fiches étaient
précieuses pour les grossesses subséquentes
et le nombre de visites prénatales était autant
d'enseignements reçus !
Pour
atteindre davantage de femmes éloignées, nous
avons organisé une consultation mensuelle avec vaccinations
et éducation dans trois grands villages environnants,
à une trentaine de km de Wamaza. Après quelques
années, nous avions la joie de constater qu'il n'y
avait plus de malaria cérébrale chez les enfants,
et progressivement diminuait le nombre de cas de tétanos
ombilical et de mortalité due à la rougeole.
Parallèlement
à cette médecine préventive et éducative,
Sr. Nelly sensibilisait hommes et femmes et les engageait
dans des actions d'amélioration des sources dans
une lutte contre les eaux stagnantes, de débroussage
contre les tsé-tsé et une amélioration
de l'habitat. L'action sanitaire et l'action de développement
marchaient main dans la main. Le Centre de Santé
et la maternité découvraient les causes des
affections et le "Centre de promotion féminine"
et le "Comité de développement"
travaillaient à les corriger pour améliorer
la santé et les conditions de vie.
Pour
élargir l'influence il nous fallait des collaborateurs.
Nous avons commencé à donner des cours de
formation médicale aux travailleurs du dispensaire
et de la maternité. Deux infirmières Adventistes
d'un petit dispensaire furent aussi invité. C'était
l'cuménisme dans la vie !
Une
école secondaire, des soins de santé, c'est
tout ce qu'il faut pour qu'un village devienne une localité
importante! D'autres services ont été organisés
pour répondre aux besoins urgents : dépistage
et soins aux tuberculeux, maison d'accueil pour les cas
graves, consultation des nourrissons pour un suivi des vaccinations,
etc. Le grain de sénevé devient une grande
plante potagère !!!
Après
un sursaut de progrès à la fin de la rébellion,
la région a connu une lente dégradation des
routes. La population s'est appauvrie insensiblement, malgré
une terre fertile et un labeur constant. Elle arrivait difficilement
à écouler ses produits agricoles : manioc,
riz, huile de palme, arachides, coton.... Depuis 1997, elle
connaît à nouveau les ravages de la guerre,
les fuites dans la brousse, la perte de récoltes,
la souffrance et ses misères... Dans ce climat, après
le départ des surs, ceux et celles avec qui
elles travaillaient, continuent l'uvre commencée.
Que
reste-t-il de plus de 25 ans de présence au milieu
de cette population ? Certainement le témoignage
de beaucoup d'amour et de don de soi, d'accueil et de fraternité
aussi bien pour les musulmans que pour les chrétiens.
Le reste appartient à Dieu ! Les "fruits qui
demeurent" ne seront perceptibles que dans la Vie qui
ne finit pas. C'est le mystère pascal, le mystère
de la mort pour la Vie !
Gisèle
Bellemare,
Communauté de Kinshasa (R.D. Congo)

