Le
travail des enfants au Burkina Faso
Le
problème du travail précoce des enfants n'est pas nouveau au Burkina.
Traditionnellement, le travail des enfants avait une dimension d'éducation
en vue de les préparer à des responsabilités futures.
Parfois,
des familles pauvres confiaient des fillettes à des parents plus riches
pour qu'elles aident dans
la maison, en échange de nourriture et la possibilité de préparer
le trousseau de mariage. Dans certains cas, ces petites bonnes étaient
considérées comme des enfants de la maison, mais la plupart étaient
surchargées de travail, premières à se lever et dernières
à se coucher. Même dans ces cas, la situation n'était pas
perçue comme injuste. On considérait que leur situation était
meilleure que si elles étaient restées au village. Les cas d'abus
sexuels n'étaient pas rares.
L'exode
rural, la grande pauvreté des familles, le manque de conscience des droits
des enfants et le désir d'un avenir meilleur pour leurs fils et filles
d'une part, et la convoitise de personnes qui ont vu dans le trafic d'enfants,
un moyen de gagner de l'argent, contribuent à aggraver le problème.
Encouragés par les parents ou à leur insu, des enfants de huit à
20 ans, partent en ville pour chercher un mieux-être. Les filles sont employées
dans des familles pour le travail de la maison, les garçons en général
pour le petit commerce ambulant pour améliorer les revenus des familles
qui les emploient. Ils doivent faire beaucoup de kilomètres, mal nourris,
peu ou pas payés.
Depuis
quelques années, avec l'apparition des intermédiaires dans le placement
des enfants, le travail est devenu une vraie exploitation. Certains enfants sont
attirés par les fausses promesses des traitants qui les conduisent dans
les plantations des pays voisins ou dans les sites d'orpaillage où le travail
est très dur. Les accidents et les maladies sont fréquents, comme
le montrent les enquêtes faites par le BIT et le Programme international
pour l'abolition du travail des enfants, en 1996.
Le
Burkina Faso a souscrit à la convention sur l'élimination des pires
formes de travail des enfants, de l'OIT de 2000 et les programmes régionaux
de lutte contre l'exploitation des enfants. Des comités de lutte contre
le trafic des enfants ont été mis en place et le Ministère
de l'action sociale et de la Solidarité Nationale en collaboration avec
l'UNICEF sont en train d'élaborer un Projet pilote de lutte contre le trafic
des enfants. Chaque arrondissement de la ville de Bobo travaille à ce projet.
La première phase a commencé en 2002 : analyse de situations de
zones pourvoyeuses de main d'uvre enfantine et d'identification des voies
d'insertion privilégiée. C'est dans ce travail que j'ai été
invitée à participer au travail fait à la mairie de notre
arrondissement de Dafra (Bobo Dioulasso).
J'espère
que ce travail aboutira à des réalisations concrètes. La
ratification de conventions, les études, les rencontres, les séminaires
sont nécessaires, mais il faut passer aux actes faire un travail de sensibilisation
sur les droits des enfants, mettre en place des structures pour prévenir
le travail précoce et l'exploitation des enfants. Celles qui existent sont
insuffisantes. La bataille est engagée mais elle est loin d'être
gagnée, elle passe par la diminution de la pauvreté, le changement
des mentalités et l'accès des enfants à l'éducation.
Paquita Reche
Reche, SMNDA
